LA HOYAll TÉ
solu et monarchique, absorption de tous, par t’Btat, niveau royal passé sur toutes les tètes r qui était l’image de la souveraineté impériale des Césars.
Déjà, sous le règne de Louis IX, cette classe, —pour qui bientôt rien ne devait être légitime et légal, hors trois choses : la royauté, la bourgeoisie et l’argent, — travaillait, en se faisant l'instrument des aspirations de l’indépendauce royale, à reprendre dans la société nouvelle la place influente qu’elle avait occupée dans l’ancienne.
De son côté, comprenant, par les services qu’elle tirait des communes, tous ceux que lui pourraient rendre les légistes, qui, tenant tout du trône, se montraient fort disposés à tout rapporter au trône, la royauté, au treizième siècle, se reprit à l’œuvre contre laquelle elle avait échoué du cinquième au septième. Elle refit, entre la classe noble et la classe bourgeoise , ce partage d’attributions qui , entre les Francs et les Gallo-Romains, avait été impuissant sous les Mérovingiens. Elle poussa les légistes dans son Parloir au roi rendu sédentaire, iis y furent d’abord sans voix délibérative , à titre de simples conseillersrapporteurs des affaires , dont, par ignorance ou dédain, les conseillera-jugeûrs , gens d’épée, refusaient de s’occuper. Mais, en haine et protestation des jugements par enquête , les barons s’étant retirés peu à peu, les gens de robe complétèrent leur invasion dans la justice : après en avoir partagé les droits , ils les gardèrent tout entiers.
ET LA MttBRTÉ POLITIQUE. 155
Ceux qui u’ ouïraient point dans les hauts degrés de. la juridiction furent poussés par la couronne dans les bailliages, les prévôtés, les sénéchaussées. Tous ces offices, mi-partie de justice et d’administration dans l’ordre civil , furent pour la royauté et pour la bourgeoisie le plus puissant instrument peut-être de leur dégagement des communiera et des féodaux, des libertés des uns et des privilèges des autres. Ce fut sur leurs ruines que s’éleva , jour à jour, l’unité centralisatrice du gouvernement. Administrant et jugeant au nom du roi, d’uue main les légistes submeggaient sous le texte de la loi écrite les coutumes qui faisaient le droit féodal , et, de l’autre, ils raturaient les chartes des franchises communales. C’est par eux que , sur l’abaissement simultané des commuuiers et des féodaux , s’éleva et grandit cette classe moyenne qui , de sa position entre la noblesse», qu'elle combattait, et le peuple, qu’elle exploitait, prit son nom de Tiers-Etat , autant peut-être que de son adjonction aux deux ordres privilégiés, dans les assemblées convoquées pour donner aide et assistance à la couronne.
louis IX avait été le premier roi qui , pour abattre les libertés locales de la bourgeoisie, avait fait eutrer les communes dans le mouvement de réglementation générale 'où elles devaient disparaître. H fut aussi le premier qui, pour réformer le système monétaire auquel les féodaux et ses prédécesseurs avaient fait subir de graves altérations, réunit auprès de lui ,
LA ROYAUTÉ
pour les consulter sur te fait des monnaies, quelques hommes de la bourgeoisie. Le besoin de dominer tuait la commune et fondait le tiers-état; la liberté politique s’élevait sur l’affaiblissement de la liberté civile; et la circonférence augmentait ainsi le centre de tout ce qu’elle perdait.
Trois bourgeois de Paris , trois de Provins , deux d’Orléans, deux de Sens et deux de Laon mirent leur contre-seing à cette ordonnance de 1269, par laquelle saint Louis, en attribuant à la couronne le droit monétaire, ne fit que créer pour ses successeurs le monopole de la fausse monnaie.
§ III
Premiers états généraux.
L’esprit de nécessité qui poussait la royauté à éteudre aux bourgeois les droits politiques éclata bien davantage dans les causes de la tenue de la première de ces assemblées qui , sous le nom d’états généraux, ont joué un assez grand rôle dans notre histoire.
De même qu’elle s’était fait, de la liberté locale et armée des petites républiques communales, un auxiliaire actif contre l’indépendance locale et turbulente de la république des fiefs , de même la royauté se fit de la liberté politique du tiers-état, centralisé
dans ses mains, un auxiliaire résistant contre les empiétements de la monarchie universelle de l’Église.
Tout simplement l’unité royale qui voulut se substituer à l’unité apostolique du pontife de Rome !
Si l’esprit de l’intervention royale dans l’affranchissement de la commune se trouve dans la charte de Saint-Jean-d’Angély, l’esprit de l’accession de la bourgeoisie à la liberté politique est tout entier dans les paroles que Pierre de Flotte, le chancelier de Philippe le Bel, fit entendre à la séance des trois états convoqués et réunis pour la première fois à Notre- Dame de Paris, le 10 avril 1302 : « Afin, y disait le « chef de la justice royale, de résister aux menaces « et aux ordres du pape, qui' prétendait réduire en « esclavage le très-noble royaume de France. »
Il y avait quelque peu d’exagération dans ces prétentions attribuées au pape; mais c’était pour en mieux déguiser le côté réel , qui certainement n’eût point fait les affaires du roi.
La papauté, en cette circonstance , agissant comme l’unique pouvoir social supérieur aux couronnes, comme le seul refuge des opprimés , n’avait, en réalité, fait autre chose que lancer la dénonciation et l’anathème sur les exactions et les cruautés de ce faux monnayeur couronné, de ce promoteur sans conscience de la raison d’État, de ce chauffeur royal qui avait ramassé, dans les cendres du bûcher des Templiers, de quoi combler largement les déficits de sa maltôte.