I.A ROYArtÉ
tue, qu’on la nomme Dieu, Providence, hasard, fatalité, loi morale, loi physique, lui est supérieure , le domine, agit en lui ou hors de lui, ef contre laquelle il ne peut rien sans folie , sans injustice , sans crime, sans châtiment, sans se briser.
L’une est la règle des opinions religieuses, l’autre des opinions philosophiques; l’une tient à l’âme, l’autre à la pensée. L’oppression de l’une et de l’autre fait la dépendance absolue de l’homme , le complet anéantissement de sa personnalité , une créature au-dessous de la brute, sans instinct, sans raison, sans volonté.
S II
Action absorbante du christianisme.
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Le christianisme, à son origine, ne fut ni scientifique ni spéculatif. Se ressentant de la nature même des plébéiens qui le prêchaient, il eut le caractère d’une réformation essentiellement pratique. Il voulut gouverner les hommes, changer les mœurs, les gouverner, les changer tout de suite, avec des paraboles, des préceptes, sans discussions, sans phrases, par la foi , suivant les paroles du maître : « Il n’a point été « vu criant ni disputant sur les places publiques. « Si vous aviez de la foi aussi gros qu’un grain de « semence, vous diriez à ce mûrier : Déracine-toi et
« va te planter dans la mer; et il vous obéirait. » Le christianisme ne sépara point l’homme du chrétien , la conscience relative de la conscience absolue, la religion de la philosophie, l’âme de la pensée, la foi de la raison. Il lui fallut l’homme tout entier pour le gouverner : l’homme moral et l’homme physique, le corps et l’esprit, la volonté et la vie, le for intérieur et le for extérieur. Le bien et le mal ne furent que ce qu’il les faisait , à la mesure de ses préceptes, de ses dogmes, de son culte. La conscience intelligente , le moi humain eut pour limites orthodoxes la conscience religieuse, le moi chrétien. La foi domina la raison, le philosophe dut se courber sous le croyant, et la religion localisa et rétrécit la morale elle-même, source pure du bien, parcequ’il estdans son essence d’être universelle, éternelle, immuable, absolue, etqu’elle est la seule loi au nom de laquelle, à l’inverse de toutes les religions, il n’a jamais été commis de crime, ni versé de sang. En dehors du cercle tracé à la raison par la foi, à la philosophie par la religion , à la pensée par l’âme, à la volonté par la règle , tout fut péché et hérésie, ce qui n’avait trait qu’à la nature de l’homme, aussi bien que ce qui avait rapporta la nature de Dieu. Les chefs de l’Église lancèrent également les foudres de leurs conciles, et sur les Pélagiens, qui affirmaient le libre arbitre, c’està-dire la souveraineté de l’homme, et contre l’arianisme, qui niait la divinité de Christ.
lin exemple suffira pour faire comprendre la subversion apportée dans les idées par la substitution de la
LA ROYAUTÉ
morale selon la foi théologique à la morale selon la raison universelle.
Aux premières années du quinzième siècle, le fameux concile de Constance eut à se prononcer sur le pape schismatique Jean XXIII et sur les hérésiarques Jean Hus et Jérôme de Prague.
Jean XXIII, c’était connu du monde, était un prêtre simoniaque , un empoisonneur, un débauché portant la dépravation jusqu’aux plus infâmes outrages à- la nature. Jean Hus et Jérôme de Prague, son disciple, étaient de mœurs honnêtes et pures; ils se bornaient à soutenir des opinions qui, dans le siècle suivant, devinrent des articles de foi religieuse pour une portion considérable des peuples chrétiens.
Le concile de Constance ne prononça que la déchéance contre le pape Jean XXIII, l’un des plus abominables pontifes qui aient souillé l’Église ; il condamna à être brûlés vifs Jean Hus et son disciple , dont les mœurs auraient été pour toute société un sujet d’édification. Comme dernier trait caractéristique de la déviation des esprits, les deux hérésiarques eurent pour principal persécuteur dans le concile le grand , l’illustre Gerson , qui , le premier peut-être , avait dit cependant qu'il n'y a point de principe au-dessus de l’humanité.
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