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L’esprit de liberté renié par l’Église.
Chose étrange ! l’Église de celui qui avait été envoyé « pour annoncer l’Évangile aux pauvres ; pour « guérir ceux qui ont le cœur brisé ; pour procurer « la liberté aux captifs , le recouvrement de la vue « aux aveugles ; pour renvoyer libres ceux qui sont « dans l’oppression ; pour déclarer qu’il n’y a rien « de secret qui ne doive être manifesté, ni rien de caché « qui ne doive être connu et venir en évidence; » cette Église, si elle fût arrivée à ses fins, aurait anéanti l’indépendance de l’esprit humain , amené une barbarie complète en tenant l’intelligence sous un boisseau de plomb, durant les siècles d'invasion qui suivirent son établissement définitif. Elle aurait anéanti le droit naturel et sacré qui constitue la double manifestation de l’existence de l’homme : le droit de penser et d’agir, l’acte de la délibération et l’acte de la volonté. L’homme eût cessé d’être l’homme , le Christ d’être le Christ. L’homme serait devenu ce quelque chose de végétation animale qui , sous le nom de brahmine, s’abêtissait aux bords du Gange, et le Christ n’eût plus été qu’une doublure de quelque incarnation de Wichnou.
Chose non moins étrange encore! cette liberté
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philosophique fie l’esprit, dont l’Église ne voulait pas, est précisément ce qui , après l'époque héroïque des martyrs affirmant leur foi par leur mort, avait été la grande puissance attractive du christianisme. Elle l’avait fait entrer, au quatrième siècle, dans cette période des Pères de l’Église qu’on a nommée son âge philosophique. C’est précisément parce que le temps de la justification intelligente de la raison avait succédé au temps de l’affirmation aveugle de la folie (te la croix que le christianisme passa des foules plébéiennes et esclaves, où il s’imposait, dans les sommités politiques et sociales, où on l’examinait.
La liberté d’esprit qui était dans les écrivains du christianisme fut un contraste fécond avec la servilité d’esprit qui caractérisait la littérature païenne. Avec la liberté était la force, la création, le progrès; avec la servilité, il n’y avait qu’impuissance , futilité, décadence.
La liberté d’esprit faisait des philosophes, des penseurs, des historiens, qui s’adressaient aux plus grands intérêts de l’intelligence et de la vie réelle, aux besoins moraux des populations dans lescités et aux sentiments intimes des âmes rêveusesdans les thébaïdes.
La servilité faisait des grammairiens, des rhéteurs , des fabricants de petites poésies, panégyriques, églogues, épilhalames pour noces, fêtes et naissances : — littérature subalterne et facile de coterie de luxe , de riens amusants , qui s’accommode trèsbien de la servitude, et qui , aux bords des abîmes,
berce les menus plaisirs des oisifs et des riches, dans une société énervée dont elle est l’image.
Aussi , toutes les imaginations ardentes , toutes les intelligenceshonnètes qu’effrayaient le vide, les doutes et l’abaissement faits par les impuretés du paganisme et par le despotisme des Césars, s’en allaient-elles vers le christianisme pour échapper aux doutes de Pâme par la foi, et aux inerties de l’esprit esclave par les ardeurs de la pensée libre.
En réagissant contre le droit d’examen et de volonté, quand il n’en eut plus besoin pour sa cause, le christianisme alla contre la lettre et l’esprit de la loi de son fondateur , qui avait fait deux parts distinctes et indépendantes de l’action de l’homme et de l’action de . Dieu, le jour où il dit : « Mon Père agit jusqu’à « maintenant, et moi j’agis aussi. » Le christianisme fil donc ce qu’ont de tout temps fait les réformateurs, qui murent derrière eux les espaces libres où ils ont passé pour arriver, etqui, pour se maintenir, augmentent leur autorité de tout ce qu’ils enlèvent aux libertés qu’ils proclamaient la veille.
Vainement les Ambroise de Milan , les Hilaire de Poitiers, les Martin de Tours, les Paulin de Nôle, et tous les grands évêques du quatrième siècle, refuseut à l’Église le principe de persécution contre l’hérésie , le droit d’imposer la vérité par la force jusqu’à la peine de mort. De persécuté qu’il avait été, le christianisme se fait persécuteur. Aux jours où il n’était qu’une secte militante, il avait crié à la tyrannie, et lancé
LA KOVAIITK
cou lie elle son livre vengeur de Morlibux jtcrsecutorum, parce que le paganisme avait appelé à son aide les lois et les peines de l’autorité impériale ; et voilà qu’aux jours où il est devenu la religion triomphante de l’Empire il invoque à son tour l’autorité des Césars, leurs lois et leurs bourreaux, qui ne lui faillirent point, et contre le paganisme, et contre les sectes qui, nées dans son sein , contestent quelques-uns de ses dogmes, ou refusent de se soumettre à la discipline de son Église , à sa morale et à sa doctrine.