I.A ROVACTK
§ VII
Mœurs et caractères des persécuteurs orthodoxes.
Ce roi , qui ne voulaitjpas qu’on niât l’incarnation de l’humanité en Christ, chantait au lutrin, il est vrai, des hymnes de sa composition; mais il pillait, brûlait, dévastait, rasait d'habitants, de moissons et de cités les contrées de son royaume, pour châtier, sur des innocents, les seigneurs qui se moquaient de lui derrière les créneaux de leurs châteaux forts.
Cette reine, qui entrait en rage contre son confesseur parce qu’il ne pouvait accorder la maternité réelle et la virginité de Marie , portait à l’un de ses fils une haine de marâtre, les animait les uns contre les autres, et faisait assassiner, par douze coquins à ses gages, le confident des chagrins que ses violences causaient à son mari.
Ces prélats, si chatouilleux sur le point de la présence réelle et sur les accusations d’idolâtrie appliquées à l’invocation des saints, étaient des amants adultérés de reines, des trahisseurs de la foi jurée, des simoniaques « donnant un libre cours à leur avidité, seul Dieu, dit lé moine Glaber, qui possède leur cœur. » Ils étaient les artisans effrontés de ces fraudes pieuses qui, par l’abêtissement des intelligences, entretiennent toutes les dégradations du corps et de l’âme. C’étaient
eux qui proposaient aux génuflexions des fidèles , tantôt un fragment de la baguette de Moïse , comme à Sens; tantôt, comme à Saint-Jean d’Angély, la tête de saint Jean-Baptiste qui avait été servie à Hérodiade dans un plat d’argent; et, en tous lieux, d’innombrables détritus de bienheureux qui venaient euxmêmes réclamer, pour leurs ossements apocryphes, les honneurs d’une résurrection terrestre. .
« Déplorable Rome ! » s’écriait alors l’illustre et savant Gerbert, archevêque de Reims, et plus tard pape sous le nom de Sylvestre II ; « Déplorable Rome ! « tu donnas à nos ancêtres les lumières les plus écla- « tantes , et maintenant tu n’as plus que d’horribles « ténèbres!... Sera-t-il possible de soutenir encore » qu’on se doit soumettre à de tels monstres dénués « de toute connaissance des sciences divines et hu- « maines? »
Deux siècles s’écoulent à peine, et les persécuteurs d’hérésie offrent un contraste plus révoltant encore entre leur corruption et leurs scrupules, entre les déportements de leur immoralité et les fureurs de leur orthodoxie. Hélas T c’est qu’il est dans la loi de la superstition de rendre l’homme plus méchant à mesure qu’elle l’abrutit davantage.
Dans l’Église , la simonie était à tous les degrés de la cléricature; la règle du célibat et de la chasteté n’était gardée nulle part; les dortoirs des abbayes et des couvents, les maisons des curés et les palais des évêques étaient envahis par ces femmes perdues , ces
208 LA ROYAUTÉ
concubines, ces chambrières, que l’esprit gaulois fait figurer avec les papes dans sa Danse macabre , dont la Mort mène le branle.
« Parlerez-vous d’humanité, écrivait un pape aux « évêques, vous si vains et si pompeux dans vos « montures et vos équipages? Parlerez-vous de pau- « vreté, vous si avides, que tous les bénéfices du « monde ne vous suffiraient pas? Que dirai-je de « votre chasteté?... Vous haïssez les pauvres, vous « leur fermez vos portes, et vos maisons sont ouvertes « à des sycophantes et à des infâmes ! » — « Ah ! « faux clergé, traître, menteur, parjure, débauché! « dit un sirvente du temps , tu ne seras jamais sage « qu’on ne te rende eunuque! Saint Pierre n’eut ja- « mais rentes, ni châteaux, ni domaines. Jamais il « ne prononça excommunication. Il y a des gens « d’Église qui ne brillent que par leur magnificence « et qui marient à leurs neveux les filles qu’ils ont « eues de leur mie. »
Dans la société féodale, toutes les passions brutales de la chair se donnaient également carrière.
Les châtelains et les châtelaines chantaient, aimaient, se gaudissaient , « et par moment, dit « Chateaubriand , ne croyant pas trop en Dieu , trai- « laient le monde futur, le jugement dernier, les « peines de l’enfer, les joies du paradis, de fables « absurdes et puériles.
« Un comte de Poitiers fondait à Niort une abbaye « de femmes débauchées , où chaque religieuse for-
« mait des vœux de libertinage. Un comte d’Arma- « gnac, Jean V, épousait publiquement sa sœur et « vivait avec elle en tout honneur de baronnage. Un « sire Thomas de Coucy pillait les pauvres et les pè- « lerins qui se rendaient en Terre-Sainte ou qui en « revenaient , et , pour en obtenir de l’argent , les « accrochait, de ses propres mains de telle façon « que, par le poids du corps, une ouverture s’opérait « par où s’échappaient les intestins. »
Depuis un siècle le pape Urbain, dans l’assemblée • de Clermont , avait dit à ees hommes de fer au dedans comme au dehors : « Soldats de l’enfer , devenez les soldats de Dieu. » Il leur avait offert d’expier leurs crimes de pillage et de sang , et d’en faire des actes méritoires et agréables à Dieu, en les transportant d’Europe en Asie. Trouvant plus commode de faire leur salut en suivant leur passion qu’en la domptant, les brigands , les voleurs sortaient de leurs repaires et de leurs jungles, et, prenant la croix et les armes, s’acheminaient vers la Palestine ; ils reportaient aux sectateurs du Coran les fureurs que ceux-ci avaient apportéesaux disciples de l’Évangile. Mais, après avoir envahi Zara , Trieste , l’Istrie , pour le compte des avidités de Venise la marchande, ils renonçèrentà leur course en Syrie, et les flots de leur quatrième croisade s’arrêtèrent, pour plus grande merveille et meilleure aventure, sous les mursde Constantinople. L’Adriatique voulut mettre à rançon le Bosphore , le fanatisme des chrétiens orthodoxes monter à la hauteur du fana-