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S XIV

Tueries de Cabrièrés et de Mérindol.

En 1545, l’exécution des Vaudois de Cabrièrés et de Mérindol ajouta des milliers d’hommes égorgés, des milliers de femmes et de filles violées , des milliers de familles traquées dans les bois comme des bêles fauves par une soldatesque orthodoxe , aux huit cent mille victimes de la croisade que les papes Inuocent 1U et Alexandre VI avaient ruée sur les vallées du Dauphiné, du Languedoc et de la Provence.

Mériudol et Cabrièrés furent le crime de François 1 er .

Sans convictions , sans mœurs , sans loyauté , ce roi , qui , digne fils d’une mère passionnée et corrompue , avait eu , à dix ans, des favoris et une maîtresse, et qui débauchait les femmes de sa cour dont il exilait les maris; — ce roi , qui de la créatiou et de la vente des charges de justice fit la source impure et perpétuelle de ses revenus , et dont le prie cipal bagage de gloire est plié dans le billet apocryphe de Pavie, dont on n’a pas vu l’original comme ou a vu celui de ses signatures au bas des traités humiliants et violés de Madrid et de Cambrai; — ce

LA ROYAUTÉ

roi, qui se faisait absoudre par Clément VII d’aveir gardé un serment qu’il était dans l’impossibilité de violer, mais non pas d’avoir violé le serment auquel il lui avait été facile de se soustraire ; — ce roi , qui mourut de la bassesse de ses galanteries de carrefour, fut le premier qui joua le double jeu du christianisme et de la huguenoterie , de l’incrédulité cl de la foi.

Il faisait égorger en France les sectaires des hérésies dont il se déclarait le protecteur à l’étranger. A l’exemple du pape Jules II , il s’alliait avec l’islamisme qui guerroyait la chrétienté , et laissait Barberousse élever une mosquée à Toulon. Il brûlait l’hérétique Louis Berquin , et il faisait mourir au mont Saint-Michel l’orthodoxe Noël Béda , qui avait condamné Berquin. Il menaçait le pape de se séparer de Rome , et il concluait avec le pape le traité d’abolition de la Pragmatique, par lequel la royauté et la papauté s’entre-donnèrent ce qui n’était pas à elles : l’une les annales et la renonciation aux conciles, l’autre l’abolition de l’appel en courde Rome et le droit de nommer directement à toutes les fonctions ecclésiastiques, moyen de corruption et de gouvernement renouvelé des temps de l’Église barbare.

Les fonctions et les biens de l’Église passèrent ainsi aux mains des courtisans et des soudards. Les princes du sang possédèrent de riches abbayes; « plus d’un « bien de l’Église fut regardé comme un bien de fa- « mille; ou stipulait une abbaye pour la dot d’une

« fille, el un colonel remontait son régiment avec le « revenu d’un prieuré. » Les gens d’Église portaient l’épée et prenaient part aux duels les plus fameux ; ils touchaient les revenus des bénéfices el abandonnaient la fonction à des prêtres vendus et infâmes, exerçant en compagnie de moines et de prélats dont la dissolution et l’ignorance ont fait dire par le cardinal Bellarmin qu’il n’y avait presque plus de religion en France.

Au parlement, qui protestait avec indignation contre cet abandon de l’Église gallicane aux caprices et aux avidités d’un roi libertin et prodigue , François I" répondait : « On verra qu’il n’y a qu’un seul roi en « France, et je ne souffrirai pas un sénat comme, à « Venise. »

Aux Suisses, qui se plaignaient de ce qu’il tuait les protestants en France quand il les protégeait en Allemagne, il envoyait dire qu’ils eussent à se mêler de leurs propres affaires.

Les Suisses et le parlement se le tinrent pour dit, mais non sa conscience. Attestant sa liberté impérissable, la voix intérieure de l’homme, qu’il avait voulu étouffer dans les autres, survécut en lui pour protester et le punir. Cabrières et Mérindol lui rongèrent l’âme, comme les suites de ses débauches lui rongeaient le corps.

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