XV
Nuit* de la Saint-Barthélemy.
La Saint-Barthélemy fut, en 1572, le crime de Catherine de Médicis et de son fils Charles IX , espèce de roi fainéant, gouverné par sa mère : — nouvelle Brunehault, qui, pour régner sous son nom , l’avait dépravé par tous les abus de la débauche et du pouvoir.
Incrédule et superstitieuse, se soudant aussi peu de la messe que du prêche , des psaumes chantés en français que des prières marmotées en latin , tour à tour catholique ou huguenote , suivant que le catholicisme ou le calvinisme la faisait régner par l’intrigue ou par le poison , par la paix ou par la guerre , Catherine de Médicis poussa Charles IX au crime de la Saint-Bar- Ihélemy. Plus forte que toutes les habiletés de l’ambition , la marche des choses avait fait de ce crime l’issue désespérée de cette impasse de bascule de guerres, d’intrigues, de colloques, de guet-apens , d’égorgements, de persécutions, de tolérances, où la vieille proxénète de la politique des républiques italiennes avait acculé les règnes des derniers Valois.
La protestation de l’impérissable liberté de conscience ne faillit pas plus au lit de mort de Charles IX qu’à celui de François I". Vainement , après la Saint- Barthélemy, alla-t-il prendre ses ébats avec son digne
frère Henri IH dans un pas d’armes donné à la cour, car la France est le pays du monde où les joies des fêtes se mêlent le plus facilement aux deuils des proscriptions; vainement le pape Clément VIII triompha-t-il en plein consistoire de ce forfait royal qu’il voulut consacrer par un tableau placé dans son palais ; l’absolution du pontife ne fit pas l’absolution de la con* science. La nuit sanglante se dressant avec ses cinquante mille massacrés autour du lit d’agonie, fut pour le petit-fils un oreiller de mort aussi incommode que l’avait été pour l’aïeul la tuerie de Mérindol et de Cabrières.
Charles IX mourut abandonné de tout le monde, n’ayant pour le plaindre et lui voir rendre l’âme avec son sang, qu’il vomissait à flots, au milieu de larmes et de remords, que sa nourrice, « qu'il aimait beau - « coup, encore qu’elle fût huguenote! »
Quant à sa complice , elle fut punie par le seul endroit que la vieillesse et l’absence de sens moral eussent laissé vivant en elle. Catherine mourut dans la conviction de l’inutilité finale des intrigues et des scélératesses de sa vie. Elle laissait son dernier fils, Henri III, Roi de rien, ses petits-enfants exclus du trône par le Béarnais, et, pour tout panégyrique après sa mort, ces paroles de Pierre de Lesloile : « On « n’en fit non plus de cas que d’une chèvre morte. »
LA ROYAUTÉ