XVI
Révocation de l’Édit de Nantes.
La révocation de l’Édit de Nantes fut le crime par lequel Louis XIV donna les premiers signes de sa décadence.
Malgré les faveurs , les caresses , les titres, les emplois , les pensions , les exemptions d’impôts dont ce roi avait fait la monnaie courante des conversions ; malgré les missions, las sermons, les livresdogmatiques et les controverses dont Bossuet avait fait la grande affaire de sa vie, le calvinisme, écrasé depuis le traité d’Alais comme parti politique, continuait son œuvre comme secte religieuse.
Louis XIV voyait ainsi lui échapper l’union intime
du pouvoir absolu et du catholicisme , devenue la
pensée de son règne sous la pression des jésuites. Ce
roi , si jaloux de son autorité , si plein de lui-même ,
qui croyait que son choix donnait le génie , que ses
ordres soumettaient le temps, les hommes, la nature
des choses, et devaient changer les idées d’honneur,
de droit , de morale et de justice ; ce résurrectionniste »
du faste et de l’absolutisme de l’Orient; cet insolent et audacieux introducteur dans la famille et dans l’État des maîtresses titrées et des adultérins légitimés, voulut obtenir parla violence ce que la séduction n’avait pu lui donner.
Dominé par la veuve du poète Scarron, qui, tombée de la liaison intime d’une jeunesse équivoque avec Ninon de Lenclos dans la pruderie dévote et sévère de la femme sur le retout 1 , intrigua et minauda quinze ans pour se faire épouser en secret par le roi, dont, en secret elle élevait les bâtards; — poussé par les jésuites, dominateurs de l’Église de France, fondateurs d’un christianisme mondain, qui, ayant des excuses pour tous les vices, des indulgences pour toutes les faiblesses, des pardons pour tous les crimes, corrompaient le christianisme afin de rester auprès de leurs pénitents corrompus, et accommodaient 'la morale évangélique avec l’élasticité des consciences les plus faciles et les scrupules les moins farouches ; — obsédé aussi par la pensée que dans chaque calviniste, ennemi du catholicisme , il y avait un républicain, eunemi du pouvoir absolu, et qui l’appelait le Fils de Mazarin ; — convaincu, par-dessus tout, qu’il devait à Dieu , à la papauté, au monde, une réparation pour ses péchés , pour les scandales de sa vie déjà sur le déclin , et une amende honorable pour le parfum d’hérésie qu’exhalaient les quatre articles de la déclaration de 1682 , Louis XIV commença et poussa durant quatre années cette œuvre de violences, de spoliations, d’assassinats, de pillages, par laquelle il préluda à l’anéantissement des édits de tolérance que les réformés devaient à son aïeul Henri IV et à son père Louis XIII.
Pour l’Église réformée, plus de prêches, plus de
LA KOYAUTK
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pasteurs, plus de synodes» plus d’écoles, plus de temples! Pour les religionnaires qui ne voulaient pas se résoudre à être parjures ou sacrilèges» plus de pensions , plus de noblesse» plus-de grades dans l'armée, plus de chaires dans l'Université, plus de fonctions municipales, plus de professions de médecin et d’avocat, plus de lettres de maîtrise, plus de corporations, plus de droits civils, plus même de droits de famille, car on leur volait leurs enfants pour en faire des catholiques ! L’exil même leur fut interdit , sous peine des galères et de confiscation des biens. A leurs suprêmes remontrances il fut répondu par l’envoi de missionnaires escortés de soldats. Et alors, dans les provincesdu Languedoc, ce fut, avec le comte de Noailles contre les calvinistes, comme jadis avec Simon de Montfort contre les Albigeois, tout un système d’incendies , de confiscations , d’extirpations de races, auquel l’histoire a donné pour flétrissure le nom de Dragonnades,
Ce lut toute une population sans défense livrée à une soldatesque en délire, qui avait le pouvoir de baptiser d’eau ou de sang , de tuer ou de convertir, d’être bourreau ou consécrateur, boucher ou sacristain! Ce furent des hommes mis à la torture , des femmes outragées et tuées après l’outrage, des enfants enlevés et recherchés jusque dans les flancs de leurs mères, des envois, par bandes, aux galères, de convertis qui refusaient les sacrements, essayaient de sortir de France ou donnaient asile aux ministres ! des gibets
à tous les carrefours pour y accrocher quiconque n’abjurait pas, ne communiait pas, prêchait, s’assemblait ou fuyait!...
Exécutées pour calmer les inquiétudes bigotes et moroses d’un despote vieillissant et ennuyé, « au x genoux de sa vieille sultane qui ne le trouvait plus amusableel aurait voulu être morte, a les dragonnades n’en retombèrent que plus lourdement sur la tête de Louis XIV.