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I.A ROYAUTÉ BT LA PROPRIÉTÉ

« parablement attaché à la couronne, le droit de mou- « rance directe et universelle sur toutes les terres du « royaume, » les édits de 1629, 1641, 1676 et 1692 ne furent donc que l’expression légaledu droit de souveraineté, tel qu’il ressortait des coutumes, des lois, qui avaient constitué jour à jour la monarchie française. On voit , en effet , par chacune do leurs dispositions, que, malgré toutes protestations contraires de fait et de droit, la royauté, dès l’origine, s’est attribué la propriété de toutes les terres ; que ceux qui les possédaient ne les avaient reçues qu’à titre de don s’ils étaient de la race conquérante , et ne les avaient gardées qu’à litre de grâce et de tolérance s’ils étaient de la race conquise ; que, par le droit imprescriptible de retour qui constituait l’essence du fief, le roi, suzerain dominant de la monarchie des fiefs , pouvait les reprendre , les garder ou les octroyer de nouveau à qui bon lui semblait, selon son intérêt ou son caprice, et à plus forte raison les soumettre à toutes sortes de redevances, d’impôts et de taxes. Sous ce rapport, il faut dire que les rois de France se croyaient les maîtres du royaume comme les seigneurs l’étaient de leurs terres, uniquement pour en retirer toute la substance.

Voilà pourquoi la royauté française, établie par la conquête, n’a jamais pu effacer entièrement les empreintes de sa tache originelle. Il y a toujours eu en elle , dans ses pensées, dans ses lois , dans ses actes } dans ses habitudes , dans ses mœurs , dans ses rapports avec le peuple, un vieux regain de l’insolence

U BOVAtTÉ

de l’étranger, du despotisme du Vainqueur, de l’idolâtrie du faux dieu envers lui-même.

Les mots étant l’expression de la valeur des choses, oette manière d’entendre la souveraineté se retrouve jusque dans les titres que nos rois ont pris, abandonnés et repris.

Tant que, par la loi germaine de l’individualité triomphante , la terre suivit le sort de la personne , les rois, pour avoir celle-là par celle-ci, s’intitulèrent roi des Francs. Quand, par la loi féodale, la terre constitua la valeur de l’homme et fil la souveraineté, ce fut la personne qui suivit le sort de la terre , et alors, pour avoir l’une par l’autre, les rois s’intitulèrent rois de France. Depuis que les liens qui attachaient la personne à la terre ont été rompus , les rois ont repris le litre de rois des Français : < indication ,

peut-être , que, si la terre est fibre , la personne est, par eux, regardée encore comme sujette.

C’est parée que dans ce titre seul , Roi de France, il y avait à la fois la suzeraineté sur la terre et sur la personne que le vieux maréchal duc de Villeroi disait à Louis XV enfant : o Voyez, mon maître , voyez ce « peuple! Eh bien! tout cela est à vous, tout vous « appartient. Vous en êtes le maître. » Et en parlant ainsi il ne faisait point acte de plat courtisan , de gouverneur imbécile, faussant à plaisir l’esprit et le cœur de son jeune élève, ce vieux duc dont Massilion, qui avait garanti les bonnes mœurs et la science théologique de l’infâme Dubois , disait « qu’il

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« avait reçu comme une vertu héréditaire d’élever « les rois. » Non , le gouverneur de Louis XV donnait tout simplement, avec une naïveté niaise, le dernier mot de la souveraineté de droit divin , de la monarchie selon Bossuet.

N’esl-ee pas ainsi qu’elle avait fonctionné dans le monde depuis l’origine des temps? Samuel, juge et prophète en Israël , qui l’avait vue à l’œuvre dans tout l’Orient, ne disait-il pas aux Hébreux qui lui demandaient un roi : — « Il prendra vos fils pour les « mettre dans ses gens de cheval , vos filles pour « en faire des parfumeuses, vos vignes, vos champs , « vos meilleurs oliviers pour les donnera ses officiers s et à ses serviteurs, vos servantes et vos ânes pour « les employer à ses ouvrages. Il dimera tout gb que a vous aurez semé , façonné et élevé : et vos blés , « et vos vignes , et vos troupeaux , et vous serez ses « esclaves. »

Les docteurs de la Sorbonne réunis en consultation, au dix-huitième siècle, autour des premières convulsions de la royauté agonisante, sur la terre où devait être sa tombe, consacrèrent magistralement la définition que le prophète d’Israël en avait donnée, trois mille ans auparavant, sur la terre qui fut son berceau. — « Tous les biens, » fut-il déclaré par cette assemblée de clercs , de théologiens et de docteurs en droit canon et en droit civil, « tous les biens « sont au roi en propre , et quand il les prend il ne « reprend que ce qui lui appartient. »

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