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XVII

Démonstration de la complicité du roi.

Comme toujours, cette preuve sortit des vertiges du cynisme que donne la certitude de l’impunité : piège tendu à toutes les audaces de la tyrannie, pour la faire arriver au paroxysme qui la tue. Et, comme

ET LE DROIT DE VIVRE

si, dans les desseins providentiels, il eût été nécessaire que nul prétexte de doute ne fût laissé à l’ignorance, à l’aveuglement, aux sophismes du parti-pris; afin que l’unanimité se fît dans les convictions, la participation de la royauté à l’existence, aux moyens et au but du Pacte de famine , fut révélée par les instruments de la royauté elle-même. U Almanach royal de 1774 avait mis au rang des officiers de la couronne le Trésorier des grains au compte de Sa Majesté. L’édition, il est vrai, fut supprimée; mais il n’était plus temps : le coup était porté.

On voyait aux moulins et aux magasins royaux de Corbeil les bras de la société Malisset; derrière les grilles du château de Versailles on apercevait la tète qui leur donnait l’impulsion et la vie. Les habitués de cette cour, qui , depuis longtemps , avaient appris à n’avoir plus ni honte ni dégoût de rien, ne pouvaient cependant s’empêcher de baisser les yeux en voyant, étalés sur un secrétaire des petits cabinets du roi, les carnets où Louis XV inscrivait jour à jour les prix divers du blé sur tous les marchés du royaume. C’était comme la montre à secondes au moyen de laquelle le roi, qui avait la main sur le cœur de la France, en comptait les pulsations pour savoir jusqu’où , sans mourir, le peuple pourrait avoir faim. C’était aussi le livre d’encaisse des monstrueux bénéfices que l’actionnaire royal, pour dix millions de francs dans la société de la disette, faisait sur la subsistance du peuple . C’était enfin le carnet d’échéance de la dette de

LA ROYAUTE

reconnaissance que Louis XV avait contractée pour les démonstrations de douleur et de tendresse , poussées jusqu’au délire, auxquelles les Parisiens s’étaient bêtement livrés deux fois en ses jours de maladie mortelle. — « Qu’ai-je donc fait pour être aimé ainsi ? » avait-il dit alors avec étonnement. C’est vrai, il n’avait rien fait encore pour mériter de l’être; mais depuis, pour payer un amour qu’il n’avait pas gagné, que fit-il, ce roi qui déclarait que « le peuple ne faisait a qu'un avec le corps du monarque, «dont, à titre « d'es- « prit de conseil, de justice et de raison , il prétendait a voir « seul en ses mains les droits et les intérêts ? » Ce qu’il fit? le voilà : — il s’établit accapareur, et, surfaisant le pain du peuple, il le condamna à la famine.

§ XVIII

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