‹ Avant la conquête [microforme]Chapitre 19 sur 33 · CE CORNE TU · texte numérisé non relu

CE CORNE TU

— Vous-même, vingt fois dans votre dé est venu sur vos lèvres, j'avais cru.

— N’achevez pas, je

lire son nom

comprends, non, non, chère adorée, jamais je n'ai aimé une autre que vous; à présent refuserez-vous encore de me répondre, — Robert, dit-elle avec dos larmes de joie dans le regard, si tout à l'heure, après que j'eus prononcé ces paroles qui déchiraient mon âme, vous étiez parti sans qu'aucune explication eut eu lieu entre nous, je serais morte de douleur. Jugez maintenant si je vous aime.

— Mon ange, est-il] possible, murmura-t-il en atti.

rant la jeune fille à Jui.

— Oui, Robert, :: vous aime. et folle que j'étais j’aurais sacrifié tout mon bonheur plutôt que d’avouer mon secret, si Dieu n’eut permis que vous n’ouvrissiez mon album.

Aloi. ls se racontèrent ce qu'ils avaient souffert.

Combien cette Conversation fut douce et remplie de charme. Tous deux goûtaient à l’un de ces moments remplis d'ivresse que le Maître Suprême nous accorde quelquefois pour nous aider à Parcourir la route épineuse de la vie.

Enivrés de leur bonheur, Géraldine et Robert demeuraient plongés dans de longs silences, échangeant leurs pensées sans paroles, lisant dans leurs regards le trop plein de leurs cœurs, SaVourant avec délice la joie de

‘se retrouver enfin l’un à l’autre, de s’être compris de s’être consolés mutuellement.

— Robert, dit enfin Géraldine. qui eut dit que ce jour devait finir ainsi Pour nous? Que Dieu est bon de nous donner tant de bonheur.

— Oui, répondit de Marville, portant la main de la jeune fille à ses lèvres, hier encore je murmurais contre ses décrets, je n’avais pas Compris qu’il fallait’ que

je souffrisse afin de devenir digne de vous.

Pendant qu’ils conversaient ainsi, ils ne s’étaient pas

AVANT LA CONQUÈTE 95 aperçus que deux regards les épiaient. L'un rempli de haine et de jalousie, l’autre doux, mais empreint de tristesse. En effet, depuis cinq minutes, M. Auricourt se tenait sur le seuil de la porte, tandis que Gontran de Kergy, caché dans l'obscurité du dehors, demeurait à l’une des fenêtres d’où il avait tout entendu.

Ah! il l'aime, murmura-t-il avec rage, je me vengerai, lui, toujours lui sur mon chemin.

En même temps le docteur s'avanca.

— Mon père, s'écria Géraldine.

— M. Auricourt, fit Robert.

— Je sais tout, mes enfants, je ne m'opposerai pas à vos désirs.

Et prenant la main de sa jeune fille, il la mit dans celle du lieutenant.

— Aimez-là, continua-t-il, néanmoins je dois vous dire que (iéraldine ne changera pas de nom avant deux ans; je ne puis supporter la pensée qu’elle me soit enlevée à présent et ne veux qu’elle devienne Mde de Marville avant que mon pays ne soit en paix. Tout présage que nous aurons de vifs combats à soutenir volez où la gloire vous appelle, et revenez vers celle qui, je crois, fera votre bonheur.

Puis attirant Géraldine vers lui, il la tint longtemps pressée sur son cœur avec une vive émotion. Ce moment venait de lui apprendre que désormais l’amour de sa fille était partagé.

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