‹ Avant la gloire: leur débutsChapitre 3 sur 24 · AVANT-PROPOS VII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS VII

devant soi, simplement parce qu'on a réussi et parce qu'on a l'air d'être heureux, des haines insoupçonnées , perdre l'affection de ses meilleurs amis, de ceux qui vous aimaient, pauvre, découragé, vaincu, et qui ne vous pardonnent pas de les avoir dépassés, vivre une existence vide et énervante de parade, de façade, ne plus connaître les joies de l'intimité et le plaisir d'être soi-même : — voilà ce qu'on désigne au commencement du vingtième siècle sous le nom de gloire. Je ne m'étonne pas que ceux qui l'ont conquise la trouvent parfois dure à porter.

Lorsqu'un homme de lettres a réussi à être célèbre, quelque disproportionnée que soit sa réputation, — et elle l'est presque toujours, — on peut dire qu'il l'a expiée.

Il l'a expiée non seulement par ce qu'elle lui apporte, malgré tout, de désillusions, mais par le dur labeur, les continuels déboires et les atroces jalousies auxquelles Ta longtemps condamné cette profession qui commence comme un châtiment.

Ce qu'ont souffert beaucoup d'écrivains, même parmi les meilleurs, dans leur interminable noviciat, aucune satisfaction d'amour-propre ne saurait complètement les en consoler.

Pourquoi cet Athénien de Paris, ce délicieux pro-

sateur, a-t-il encore Tâme tout enfiellée ? Parce que pendant plus de vingt ans il a été, malgré son admirable taleiit, obscur et ignoré, parce qu'il n'est arrivé au public, au grand public, qu'après avoir connu peiidant plus de vingt ans les envies et les rancunes d'un éternel débutant, d*un raté qui avait la conviction d'être un maître.

Les stagiaires de la gloire qui ont triomphé des obstacles que toute supériorité d'esprit trouve inévitablement sur sa route méritent qu'on apprécie leurs efforts, leur indomptable ténacité, et qu'on les juge avec sympathie.

Voilà pourquoi je me suis privé du plaisir d'écrire, sous prétexte de biographies, un livre d'éreintements.

On me Ta assez généralement reproché.

Parmi les écrivains dont j'ai parlé dans ma première série, la plupart sans doute ont trouvé que je ne les avais pas assez loués — qui pourra dire d'un homme de lettres autant de bien qu'il en pense lui-même ? — mais qu'en revanche j'avais trop loué les autres.

— Vous avez été, me disait X., bien indulgent pour Z. ; et Z., de son côté, m'en disait autant deX.

Très renseigné sur ce qu'on doit attendre de la

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