LA RELIGION
— Quelle es tu, dis le moi, si pauvrement vestue?
— Je suis la Religion, fille de Dieu connue.
— Pourquoi l'habit as tu d'une si pauvre laine?
— Pour ce que je méprise une richesse vaine.
— Quel livre portes tu? — Les lois de Dieu mon père, Où de ses testaments est compris le mystère.
— Pourquoi l'estomac nu? — Découvrir la poitrine Convient à moi qui veux une blanche doctrine.
— Pourquoi sur cette croix t'appuies tu charitable ?
— La croix m'est un repos qui m'est fort agréable.
— A quelle fin es tu de ces ailes pourvue?
— J'apprens l'homme à voler au dessus de la nue.
— Pourquoi si rayonnante es tu de belles flammes ?
— Les ténèbres je chasse au loin des saintes âmes.
— Pourquoi ce mors de bride? — Afin que par contrainte J'arreste la fureur de l'ame en douce crainte.
— Et pourquoi sous tes pieds foules tu la mort blesme?
— A raison que je suis la mort de la Mort mesme.
SONNET
O Vent plaisant, qui, d'haleine odorante, Embasmes l'air du baume de ces fleurs; O Pré joyeux, où versèrent leurs pleurs Le bon Damete et la belle Amarante!
r O Bois ombreux, ô Rivière courante, Qui vis en bien échanger leurs malheurs, Qui vis en joie échanger leurs douleurs, Et l'une en l'autre une ame respirante !
L'aage or (i) leur fait quitter l'humain plaisir; Mais, bien qu'ils soient touchés d'un saint désir De rejeter toute amour en arrière,
Toujours pourtant un remords gracieux Leur fait aimer, en voyant ces beaux lieux, Ce Vent, ce Pré, ce Bois, cette Rivière (2] .
t. Maintenant.
2. Outre la richesse des rimes, ce sonnet se distingue par l'harmonieux mélange du sentiment et du bel esprit : le bel esprit pointe, le sentiment triomphe.