Ces qualificatifs sont de Fénelon dan
2. En son Art po< tique françoys peur Vmsti ne: Studieux et encore peu avance ^ en la bûéi i
PREFACE
françoys, comme sont, entre les vieux, Alain Chartier et Jean de Meun, et, entre les jeunes, Marot, Saint- Gelais, Salel, Heroet, Scève, et tant d'autres bons esprits ! » Désormais, on cultivera des genres plus nobles : V élégie, Vèglogue, le sonnet, l'ode pindarique, la comédie, la tragédie, voire l'épopée. On imitera les anciens dans la peinture de la vie humaine et dans l'expression des vérités générales. Et tout à coup et violemment, ils se font Grecs et Latins. Oh Athènes et Rome ne suffisent pas, l'Espagne et l'Italie y suppléent. A leur défaut, les patois sont là, et les métiers. Ces jeunes gens ne reculent devant aucun excès. « Quelle ardeur! pourrions-nous dire avec Bossuet (i) ; quelle impatience ! quelle impétuosité de désirs ! Cette force, cette vigueur, ce sang chaud et bouillant, semblable à un vin fumeux, ne leur permet rien de rassis et de modéré. »
Aussi, quarrive-t-il ?
D'Italie on rapporte... les défauts, en particulier les subtilités, les raffinements et les équivoques, l'abus des diminutifs et Us mignardises,
i . Pu ' t de saint Bernard.
IO PREFACE
les désespoirs, les alternatives de feu et de glace, les cœurs
Meurdris, couverts de sang, percés de toutes parts. Au milieu d'un grand feu qu'allument des regards,
On imite, on traduit Pétrarque, on l'affadit encore... — Pétrarque et les autres. Imitations et traductions se multiplient comme de folles herbes; l'invention et V originalité ne germent pas, ou du moins sont étouffées.
Les vents brûlants des Pyrénées nous apporla galanterie, la manière, la frivolité, l'emphase castilhr.
Chacun sort de Rome ou d'Athènes, affid à sa fantaisie de quelque dépouille opime. Il t pas rare que l'accoutrement soit grotesque.
Aucuns, en dépit du p. fane, corn la tradition du moyen âge ; et âge !
libre, gouailleur, licencieux, cynique. Ne. moins, et à tout prendre, je r est,
au point d: moral, la pil-
ou ces ensora Roman de la Rose et
fabliaux. i valeurs* s qui font
paganisme et du christianisme un adultère et sacrilège mél
TREFACE I I
La part une fois faite à la sévérité, il serait injuste d'avancer que cette école tapageuse a été stérile. Nous prétendons, au contraire, qu'elle a puissamment contribué au progrès de la langue et au développement de la littérature.
D'abord, une crise était nécessaire. Il fallait appeler ènergiquement les talents supérieurs, encore attardés dans l'usage des langues mortes, à l'emploi de la langue vulgaire. Celte langue, les uns l'estimaient trop basse pour leurs conceptions; les autres la ravalaient au niveau de leur esprit. Force était donc, pour la faire aimer, de V épurer, de l'affermir, de l'embellir. Cet appel fut entendu. On continua de savoir 'tin; on apput le grec , et surtout on se crut moins obligé d'écrire dans les langues anciennes. Peu à peu on créa des mots nouveaux, on en rajeunit d'anciens; on en releva quelquesuns par cette alliance gracieuse que, de son temps, Horace recommandait, et qu'il appelle callida junctura. La langue eut bientôt acquis de la régularité, de la netteté, même de la souplesse. Le mécanisme du vers fut trouvé. La coupe des phrase* cessa d'être uniforme. On multiplia les variétés de strophes. Le croise-
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ment des rimes devint obligatoire. Le vers alexandrin reprit son rang d'honneur. Je vais pins loin. Non seulement la poésie de l 'expression, la beauté de l'èpithète, V abondance images, sont des qualités de premier ordre el qu'à bon droit peuvent revendiquer les écrivains envers du xvie siècle, mais encore ils ont une façon de peindre la nature, originale et neuve. Ce sont eux qui ont invente le pittoresque, si prisé de nos jours, et la couleur locale. Ils ont des vers qui font rêver, et, dans leurs descriptions mêmes, des jaillissements de sensibilité que ne connaîtra guère la littérature du grand si. — un peu de cette a me, en un mot, que dans tout paysage Virgile sentait frémir : spiritus intus alit.
Qiioi de plus ? Le champ de la pensée fut remué tout entier au xvie siècle et défriché. Le passé, le présent et l'avenir occupaient à ! a fois les intelligences. La Muse agrandit ses horizons et gravit des hauteurs qu'elle ne connaissait plus depuis la décadence des lettre, et lati-
nes. Le travail fut remis en honneur, le travail : (i ) a vu le secret du « Qui
i. Discours sur Ir style.
PREFACE 13
désire vivre en la mémoire de la postérité, — c'est du Bellay ( 1) qui parle, — doit comme mort en soy-mesme suer et trembler maintes fois; et, autant que nos poètes courtisans boivent, mangent et dorment à leur aise, endurer de faim, de soif et de longues vigiles. »
Dites maintenant, si vous le voute^, que la Pléiade s'est trompée. Vous avouerez du moins, que cette erreur ne fut pas une erreur vulgaire et qu'elle suppose une rare vigueur de talent, un dévouement profond aux lettres humai; une haute conception de la poésie, le labeur persévérant et ce que Sainte-Beuve appelle l agonie sacrée (2) . — «Nobles cœurs, dit encore l'êminent critique, qui se débattaient contre une langue rebelle à leur pensée... » Et, poète lui-même, il compare ces poètes aux victimes enchaînées sous Vècorce des arbres dans la foret merveilleuse de Torquato Tasso.
Quand vint Malherbe (devons-nous dire enfin avec Boileau ?), il voulut forcer le fleuve