‹ Avant MalherbeChapitre 50 sur 132 · A SON AMY LYON JAMET · texte numérisé non relu

A SON AMY LYON JAMET

DE SENSAY EN POICTOU (l)

Je ne t'escry de l'amour vaine et folle,

Tu veois assez, s'elle sert, ou affole :

Je ne t'escry ne d'armes, ne de guerre,

Tu veois, qui peult bien, ou mal y acquerre :

Je ne t'escry de fortune puyssante,

Tu veois assez, s'elle est ferme ou glyssante :

Je ne t'escry d'abuz trop abusant,

Tu en sçais prou, et si n'en vas usant :

Je ne t'escry de Dieu, ne sa puyssance,

C'est à lui seul t'en donner congnoissance...

1 . Marot écrivit, en 1525, de la prison du Châtelet à Paris, cette épître si ingénieuse à Lyon Jamet, son ami particulier, pour l'engager à travailler à sa délivrance, ce qu'il fît avec succès, grâce à l'évêque de Chartres, Charles Guiart, qui était, dit-on, secrètement favorable à la Réforme. Il y a encore quatre épîtres ou lettres à Lyon Jamet : ce sont les 41, j 3 . 44 et 45 du Coq à l'Ane, et une autre de Lyon Jamet à Marot.

Je ne t'escry, qui est rude, ou affable, Mais je te veulx dire une belle fable : Cest assavoir du Lyon et du Rat ,V.

Cestuy Lyon, plus fort qu'un vieil verrat, Veit une foys, que le Rat ne savoit Sortir d'un lieu, pour autant qu'il avoit Mengé le lard, et la chair toute crue [2 . Mais ce Lyon (qui jamaiz ne fut grue) Treuva moyen, et manière, et matière D'ongles et dens, de rompre la ratière : Dont maistre Rat eschappe vistement ; Puis met à terre ung genouil gentement, Et en ostant son bonnet de la teste, A mercyé mille foys la grant'beste, Jurant le dieu des souris et des rats, Qu'il luy rendroit. Maintenant tu veoirras Le bon du compte (3). Il advint d'adventure Que le Lyon, pour chercher sa pasture, Saillit dehors sa caverne et son siège : Dont (par mal heur), se treuva pris au piège, Et fut lyé contre un ferme poteau.

Adoncq le Rat, sans serpe ne coulteau, Y arriva joyeulx, et esbaudy (4), Et du Lyon, pour vray, ne s'est gaudy (5) :

1 . Marot s'est ici représenté lui-même sous la figure d'un rat ; et, comme il est quelquefois dangereux de se donner certains noms peu favorables, Sagon s'est avisé, dans la suite. de traiter Marot de « rat pelé », dans les pièces qu'il fit contre ce poète pendant son exil de 1535.

2. Voyez la Ballade VI, qui fait entendre que c'est pour avoir mangé du lard, sans doute en carême, que Marot avoit été arrêté.

3. Le xvie siècle et souvent le xvne ne distinguaient pas l'orthographe de compter et de conter. L'étymologie est du reste la même, computare.

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