DU TEMPS DE SON DICT EXIL (2) I
En mon vivant, n'apres ma mort avec, Prince royal, je ne tournay le bec Pour vous pryer : or devinez qui est ce, Qui maintenant en prend la hardiesse?
Marot banny, Marot mis en requoy, C'est luy sans aultre : et sçavez vous pourquoy Ce qu'il demande il a voulu escrire?
C'est pour autant qu'il ne l'ose aller dire;
I .« Est-il dans notre langue, demande M. Vitet, en ce genre de poésie légère, depuis La Fontaine et Voltaire jusqu'à Musset, beaucoup de vers plus fins, plus souples, plus délicats?»
2. Cette épître fut adressée à François, dauphin, en 1536, la deuxième année de l'exil de Clément Marot, pour le prier d'obtenir du roi un sauf-conduit. Le dauphin mourut le 1 2 août de cette année, mais cela n'empêcha point François Ie1 d'accorder au poète ce qu'il demandait, et même davantage ; car il fut rappelé vers la fin de cette même année.
CLÉMENT MAROT 8o
Veoyla le poinct, il ne fault pas mentyr,
Que Pair de France il n'ose aller sentyr :
Mais s'il avoit sa demande impetree,
Jambes ne teste il n'ha si empestree,
Qu'il n'y vollast. En vous parlant ainsy,
Plusieurz diront que je m'ennuye icy,
Et pensera quelque caffart pelé,
Que je demande à estre rappelé.
Mais, Monseigneur, ce que demander j'ose,
De quatres pars n'est pas si grande chose,
Ce que je quiers, et que de vous espère,
C'est qu'il vous plaise au roy, vostre cher père.
Parler pour moy, si bien qu'il soit induict
A me donner le petit saulfconduict
De demy an que la bride me lasche,
Ou de six mois si demy an luy fasche :
Non pour aller visiter mes chasteaux,
Mais bien pour veoir mes petits Marotteaux (i .
Et donner ordre à un faix qui me poise (2) :
Aussy affin que dire adieu je voyse (3)
A mes amys et mes compaignons vieulx,
Car vous sçavéz, si fay je encores mieulx
Que la poursuitte et fureur de l'affaire
Ne me donna jamais temps de ce faire :
Aussy affin qu'encor un coup j'accolle
La court du roy, ma maistresse d'escolle.
Si je vois là, mile bonnets ostez,
Mille bons jours viendront de tous costez,
Tant de Dieu gards (4), tant qui m'embrasseront
Tant de salutz qui d'or point ne seront.
Puis se dira quelque langue fryande,
Et puis Marot, est ce une granfviande
Qu'estre de France estranger et banny,