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Jeanne d'Albret, qui fut la mère de Henri IV

Afin d'un peu recréer mes esprits,

Au grand verger, tout le long du pourpris(i),

Me promenois par l'herbe fraische et drue,

Là où je vis la rosée espandue

Et sur les chous ses rondelettes gouttes

Courir, couler, pour s'entrebaiser toutes :

Le rossignol, ainsi qu'une buccine,

Par son doux chant, faisoit au rosier signe

Que ses boutons à rosée il ouvrist,

Et tous ses biens au beau jour découvrist :

L'aube naissante avoit couleur vermeille,

Et vous estoit aux roses tant pareille

Qu'eussiez douté si la belle prenoit

Des fleurs le teint, ou si elle donnoit

Aux îleuis le sien, plus beau que mille choses

Un mesme teint avoient l'aube et les roses.

Jà commencoient à leurs ailes estendre

Les beaux boutons ; l'un estoit mince et tendre,

Encor tapi dessous sa coëffe verte ;

L'autre monstroit sa creste descouverte,

Dont le fin bout un petit rougisse:

De ce bouton la prime rose issoit ;

Mais celui-ci demeslant gentement

Les menus plis de son accoustrement,

Pour contempler sa charnure refai

En moins de rien fut rose toute faite :

En un moment devint sèche et blesmie,

Et n'estoit plus la rose que demie....

Vous donc, jeunes fillettes.

Cueillez bientost les roses vermeillettes A la rosée, ains que le temps les vienne A dessécher. Et tandis vous souvienne

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