Burrox, Histoire naturelle : De l’homme âgé, viril
PT NE EE EE PA, 20 ET TE VS RE CPAS 2 EP CE CASE i k de re ÿe ee S PPS D 7 Lors à Le Le : : AAC De RE es
pour contenir et régler l'explosion de trop vifs sentiments ; 1ls se déploient et s'étendent pour laisser échapper le trop-plein de la passion oratoire. Ils s'élèvent vers le ciel pour l’implorer et s’abaissent vers la terre pour y faire descendre les bénédictions d’en haut. Bref, ils parlent autant qu'il est en eux et complètent ainsi la vie du discours.
Serviteur et instrument de l’orateur, le corps se met au service de l’auditeur pour recevoir les effluves de vie que lui envoie l’action ora-
toire. Les oreilles attentives sont charmées par
les modulations de la voix: les veux avides sont charmés par l’harmonieuse variété des mouvements. N'est-ce pas, en effet, le plus intéressant et le plus beau des spectacles que celui d’une âme qui se révèle dans l’animation du discours ? Nous admirons les œuvres des grands peintres et des grands sculpteurs qui savent donner à leurs tableaux et à leurs statues l’expression de la vie ; mais cette expres-
sion est comme figée dans l’immobhilité. Au
contraire, le vivant, qui fait parler toute sa personne dans un discours, se montre sous mille aspects divers qui sollicitent l'attention et
Made 210 «A
tiennent l’âme à chaque instant suspendue dans l'attente d’un nouveau spectacle; c’est bien moins par la justesse, l’élévation, la force de la pensée que par les charmes et la puissance de l’action que celui qui parle s'empare de ceux qui l’écoutent.
Sans doute, les auditeurs intelligents s’intéressent au fond même d’un discours : à l’im-
portance des questions, à la précision, l’ordre,
De F
l'originalité du développement, à la richesse des ornements littéraires dont la pensée est
revêtue : mais la masse est surtout sensible à | l’action. — On raconte qu'Eschine exilé ouvrit à Rhodes son cours d’éloquence par la lecture des deux harangues contre et pour Gtésiphon dans le procès De la couronne. De vifs applaudissements accueillirent la sienne. Mais quand il eut achevé celle de Démosthène, l’enthousiasme fut à son comble et les applaudissements redoublèrent. Alors, Eschine, rendant justice à son antagoniste, s'écria: « Que serait-ce donc si vous eussiez entendu le monstre rugir? » — C’est par l’action que Démosthène remuait les foules et obtenait ses plus
éclatants triomphes. Aïnsi en est-il de tous 9**
les vrais orateurs, tant sacrés que profanes.
Comprenez bien cela, mes chers amis, et ne vous contentez pas de la contemplation et de
l’étude silencieuse et solitaire qui vous mettent en possession de la vérité, mais apprenez à l’exprimer au dehors par tous les moyens propres à la faire entrer dans les âmes: en un mot, exercez-vous à l’action oratoire. Vous serez toujours embarrassés de votre pauvre corps, en parlant en public, si vous ne l’assouplissez, à l'avance, à tous les mouvements qui
doivent accompagner le discours et lui donner
de la vie. | | Mais n'oubliez pas, je vous prie. que l'élo- quence jaillit du fond de l’âme : Pectus est quod disertos facit. Il est bien entendu que toute l’action oratoire sera mise au service de la conviction et des saintes passions qui sont le propre de l’homme de Dieu. Sans cela vous ne seriez que de vulgaires comédiens. Le prédi-
cateur ne ressemble pas à l'acteur. L'acteur se
compose une diction, un visage, une tenue et
des gestes pour exprimer ce qu'il n’a pas …
pensé et souvent ce qu'il ne sent pas. S'il prend la peine d’entrer, comme on dit, dans la
MHAAGMON 4 0e ot)
peau de son personnage ei de se pénétrer de son rôle, au point de le vivre intérieurement, c’est un rude travail qu’il ne peut soutenir sans user promptement ses forces. — Vous, vous
n'avez à entrer dans la peau de personne ;
vous n'êtes point obligés d’user vos forces pour vous pénétrer de pensées et de sentiments qui
vous sont étrangers. Vous êtes vous-mêmes, et c’est vous-mêmes que vous manifestez en
disant ce que vous avez pensé et ce que vous "sentez.
Si vous le dites bien, si l’action oratoire
jaillit naturellement de tout votre être, pour révéler votre âme, soyez persuadés que lPauditeur sera saisi et salutairement impressionné.
. — Un incroyant, après avoir entendu le Père
de Ravignan, disait de lui : « Il croit ce qu'il prêche, 1l y est jusqu’au cou. » Un autre ora-
teur de Notre-Dame, recevant les confidences
d’un esprit tourmenté, était grandement consolé par cet aveu : « Je suis assailli de mille difficultés, et souvent bien près de douter, mais quand je vous entends, je ne puis m'em-
pêcher de croire; vous avez l'air si profondé-
ment convaincu de ce que vous dites. »
£ æ # DE +
f é * RACE CPE
Manifestation d’une âme convaincue et saintement passionnée, l’action oratoire doit être propre à celui quiparle. Commeje vous ai conseillé d’être vous-mêmes dans la composition du discours, Je vous conseille d’être vous-mêmes dans l’action. Gardez-vous bien de copier la manière de dire et les gestes d’orateurs en renom, dont vous n'avez n1 le talent ni le caractère, n1 le tempérament oratoire. Je me souviens des bons moments de gaîté que m'ont procurés certains prédicateurs qui prétendaient reproduire ce qu'ils appelaiént le geste à fond du Père Lacordaire. Ce geste consistait à proJeter tout le corps, les bras en avant au-dessus de l’auditoire. Vivement critiqué par les puristes de l’art, il était cependant d’un saisissant effet lorsqu'il terminait une de ces tirades élo-
quentes, dont lillustre Dominicain était coutumier. Mais il devenait ridicule et presque grotesque au bout de la prose médiocre de ses imprudents imitateurs. Ayez votre manière, corrigez-en les défauts et faites en sorte qu'elle demeure l'expression Juste de votre talent, de votre caractère, de votre tempérament et de votre zèle.
Appropriée à votre personne, l’action oratoire doit être appropriée aux sujets que vous traitez. Elle sera simple, grave, tranquille, lorsque vous exposerez un point de doctrine; solennelle et imposante, lorsque vous parlerez des grands mystères qui commandent l’admiration, le respect, la vénération ; véhémente et incisive, lorsque, pour réveiller les âmes endormies dans le péché, vous ferez entendre les reproches de Dieu et les menaces de sa justice ; gracieuse, aimable, touchante, lorsque vous rappellerez les bienfaits ainsi que les promesses de sa miséricorde et de son infinie bonté : provocante, entrainante, lorsque vous convierez les âmes aux glorieux combats de la vie chrétienne : de la vérité contre l'erreur, de la vertu contre le vice, de la foi contre l’incrédulité, de la charité contre toutes les misères humaines.
Bref, tous les accents de votre voix, tous les mouvements de votre corps seront en harmonie avec vos pensées, vos sentiments et le but que vous voulez atteindre.
Pour cela, il faut que vous soyez si bien préparés qu'aucune préoccupation de mémoire,
Le
o18 PENDANT LA PRÉDICATION ion re aucune appréhension du côté de l'auditoire ne paralysent votre action ou ne la toublent jusqu’à la rendre désordonnée. Combien de pauvres jeunes gens, craignant de perdre le fil de leur discours, se sentent tellement embarrassés de leurs membres qu'ils crieraient volontiers : Infelix homo ! quis me liberabit de corpore ?… D’autres, en apparence plus hardis, enflent la voix, se précipitent et s’agitent démesurément. Au fond, ils ressemblent à ces poltrons qui, traversant pendant la nuit une forêt sombre, sifflent et chantent pour se ras- | surer contre l’apparition des fantômes. | Point de désordre, je vous prie; tout doit ètre mesuré et réglé dans l’action oratoire : la voix, la prononciation, la diction, le ton, Ja physionomie, le geste, les communications avec l'auditoire. C'est ce que nous allons étudier ensemble.