CHAPITRE III
La voix, ou émission des sons, dépend de la conformation et de la solidité des organes qui la produisent ; on peut être plus ou moins bien doué à cet égard par la nature, mais la nature
peut être aidée et corrigée par le travail et par
l'art.
Une voix grêle, trop faible et promptement éteinte est impropre à la parole publique dans de grands vaisseaux. Il lui faut un petit local et un auditoire restreint qu’elle instruit et
__édifie par de courtes allocutions.
Les discours qui s'adressent à de grands auditoires demandent une voix claire, forte, solide et portant loin. Or, de toutes les voix, la voix de médium est l'instrument le plus
avantageux de l’éloquence, parce que dans les octaves qu’elle contient, elle peut plus facilement varier ses modulations.
La voix haute procède par des notes claires et retentissantes, qui s’élancent jusqu'aux extrêmes limites de l’assemblée, mais, pour peu qu'elle s’échauffe, elle monte, monte encore et se perd dans un fausset criard qui agace les nerfs des auditeurs.
La voix basse, d’abord grave et majestueuse, tend à descendre. Ses notes magnifiques deviennent, petit à petit, un bourdon mono- tone qui endort; à moins que, déployant toute sa puissance, elle ne produise, grâce aux échos d’une grande nef, une sorte de chaos acoustique dans lequel on ne distingue plus aucun mot.
La voix de médium au contraire, partant d’une dominante qui fait arriver clairement la parole aux oreilles, se meut entre les notes hautes et les notes basses, sans franchir la limite où le son cesse d’être agréable. Tour à tour, elle emprunte aux notes hautes leur éclat, aux notes basses leur puissance. C'est comme une armée de sons divers qui marchent
au combat. «Je comparerais volontiers, dit M. Legouvé, les notes hautes à la cavalerie : elle est réservée aux attaques brillantes, aux charges à fanfare, comme les notes basses, semblables à l'artillerie, ontpourobjet lescoups de force ; mais le vrai fond d’une armée, l’élément sur lequel le tacticien compte le plus et qu'il emploie toujours, c’est l'infanterie. Eh bien, l'infanterie, c’est le médium ‘!» Heureux done celui que la nature a doué d'une belle voix de médium, bien claire, bien solide, bien souple, bien timbrée. Plus heureux encore s’il possède une de ces voix d’or qui n’ont qu’à se faire entendre pour émouvoir délicieusement et rendre la parole sympathique.
Mais, cependant, ne vous affligez pas si, sous le rapport de la voix, la nature s’est montrée à votre égard ménagère de ses dons. On peut par le travail, je ne dirai pas se faire une voix, mais enrichir celle que l’on a et corriger ses défauts. La voix de Talma jeune tendait à descendre et devenait caverneuse ; il mit tant de volonté et tant d'art à la relever, qu'il ne lui