L'Art de la lecture, 1x
Er M RTS PADAE EC
329 © PENDANT LA PRÉDICATION resta plus que le puissant et magnifique organe que nos pères ont connu et admiré.
Duprez et Mme Malibran ont étendu d’une manière merveilleuse le registre de leur voix. Les chanteurs lui donnent du corps, de l'éclat, de la grâce, non seulement par la gymnastique qui fortifie l'organe, mais par une certaine manière d'attaquer les sons.
Or, la peine que se donnent les acteurs et les chanteurs pour le monde et ses plaisirs, pouvez-vous la refuser à Dieu et à sa gloire? — Assurément vous aurez besoin d’un grand courage, d’une infatigable patience et de nombreux exercices ; mais vous serez largement récompensés de vos efforts par les améliorations que vous obtiendrez. La voix trop haute fléchira, la voix trop basse sortira de ses cavernes, la voix faible se fortifiera, la voix tremblante s’affermira, la voix sombrée s’éclaircira, la voix rauque s’adoucira, la voix nasillarde se remettra en place. Oh! la voix nasillarde, appliquez-vous surtout à la corriger.
Ouvrez bien la bouche pour émettre les sons : türez-les de la poitrine et du gosier, et traitez le nez comme un étranger qui ne doit interve-
nir dans la parole que lorsqu'on a absolument
besoin de ses services.
Après avoir travaillé votre voix, réglez-la et ménagez-la dans l’action. Prenez-en la dominante et soutenez- la jusqu’au bout du discours, en variant tout autour vos modulations, selon les pensées, les sentiments et les passions que vous voulez exprimer. — N'animez pas votre parole dès le ‘début. Les grandes dépenses de souffle et de sons, avant que l’action ne soit sérieusement engagée, étonnent l'auditeur et l'impressionnent désagréablement ; et ce qui est plus regrettable, elles épuisent mal à propos l’orateur, qui n’a plus à son service qu'un
organe défaillant, juste au moment où ilaurait
besoin de toute sa force. J'ai entendu des prédicateurs, doués d’une voix superbe, gâter de très beaux discours parce qu'ils arrivaient essoufflés, égosillés, enroués, aux endroits Les plus intéressants et les plus émouvants, pour n'avoir pas su se ménager dans le commence ment. |
Non seulement vous ménagerez votre voix dans l’action, mais vous prendrez l'habitude
de la soigner en tout temps. — Pour cela, vous
éviterez les cris et les chants désordonnés, et autant que vous le pourrez, dans votre hygiène et votre alimentation, les accidents de température, ainsi que l'usage de tout ce qui peut exciter mal à propos ou altérer à la longue les organes et les tissus qui servent à la parole.
Quand vous aurez fait tout ce qui est en vous pour aider et corriger la nature, servezvous de votre voix telle quelle, en y faisant passer votre âme d’apôtre. Tous les violons ne sont pas des stradivarius, mais on dit que Paganini faisait merveille avec le violon d’un ménétrier. Lors même que vous n’auriez pas la voix d’or qui émotionne irrésistiblement ceux qui l'entendent, soyez persuadés que votre voix deviendra sympathique si lon y sent vibrer une âme intelligente et saintement émue. « Il y a quelque chose de sympathique, dit M. Bautain, dans la manifestation vive et sincère d’une affection quelconque. Quand l'auditeur voit que l’orateur est vraiment ému, l'émotion le gagne comme par une sorte de contagion, et il se met à sentir avec lui et comme lui... La puissance de la conviction
anime, vivifie, transfigure la voix, et la rend à la fois agréable et efficace par la vertu de l'expression, comme une belle âme, ou un esprit distingué, relève et embellit une figure commune ou même laide. La meilleure manière pour l’orateur de donner à sa voix la puissance sympathique, même quand il ne l'aurait pas naturellement, est donc d'exprimer vivement tout ce qu'il dit, et par conséquent de le bien sentir lui-même pour le faire sentir aux autres. C’est surtout d’avoir beaucoup de bien- veillance, beaucoup de charité dans le cœur et d'aimer à les appliquer et à les manifester. Rien ne donne plus de sympathie à la voix que la bonté de l’âme*. »
Pour parler, il ne suffit pas d'émettre des sons, fussent-ils les plus beaux du monde; il faut que ces sons soient moulés, taillés, ciselés, façonnés et prennent différentes formes qui leur donnent une signification. C’est l'office de la prononciation. La nature nous a admirablement servis pour cet office ; le palais, la lan-