Hoc mandatum accepi a Patre meo. » (Joan
est la vie éternelle !. » « Je ne parle donc que comme mon Père m'a dit de parler2. »
Jésus paraît bien petit, mais ce luxe d’humilité et de déférence cache un grand et salu-
taire dessein. Le Maître, en s'appuyant sur
l'éternel et unique principe, veut servir de point de ralliement à toutes les missions sacrées qui doivent porter sa doctrine jusqu'aux extré- “mités de l’espace et des temps, et nous faire remonter le courant lumineux de la vérité jusqu’à sa source infinie. Le Père passe tout entier dans le Fils qu’il envoie, et le Fils tout entier dans ceux qui lui succèdent. Le Père invisible se manifeste par un Dieu homme; le Fils disparu se continue par l’Église : par l’Église qu'il revêt de ses opprobres et de ses gloires, et entre les mains de laquelle 1l dépose le sceptre royal et divin dont il s’est servi pour ‘gouverner l'esprit humain.
Admirable mouvement! Dieu engendre son
. &« Qui misit me Pater, ipse mihi mandatum dedi} . dicam et quid loquar, et scio quia mandatum ous pe est. » (Joan., x11, 49.)
2. « Quæ ego loquor, sicut dixit mihi Pater, sic loquor. » (Joan., xx, 50.)
Fils qui est vérité, le Fils engendre l’Église, et, semblable à ces végétations superbes qui croissent sans repos n1 trêve dans les climats fortunés où la nature ne meurt pas, l’Église, fécondée par le Christ, s'engendre dans son propre sem. Ce n’est pas seulement le plus grand des témoins, c’est le plus grand des docteurs. À ceux qui lui demandent : D'où viens-tu ? où vas-tu ? elle répond comme Jésus- Christ lui-même : « Je suis la fille de Dieu et la maîtresse des siècles à venir. Ma doctrine n’est pas la mienne, mais celle du Dieu qui m'a envoyée. Mon Père, qui m'a envoyée, règle par ses ordres ce que je dis et ce que Jenseigne. » Elle a bien le droit de parler ainsi; car c’est à elle uniquement qu'il a été dit : « J’établirai mon Église sur la pierre” inébranlable, et les puissances d’enfer ne prévaudront pont contre elle’. » « Allez, ensei- gnez les nations, leur apprenant à garder tout ce que Je vous ai confié?. » — «Qui vous écoute
1. «Super hanc petram ædificabo Ecclesiam meam, et portæ inferi non prævalebunt adversus eam. » (Matth., xvr, 18.) |
2. « Euntes, docete omnes gentes, docentes eos servare quæcumque mandavi vobis. » (Matth., xxvu, 19.)
m'écoute ; qui vous méprise me méprise !. » — « Comme mon Père m'a envoyé (avec la même autorité, les mêmes lumières, la même vérité), je vous envoie?. » — Et cette parole, enfin, capable de rassurer l'humanité contre son incapacité, ses défaillances, ses hésitations, ses doutes, ses terreurs : « Voici que je suis avec vous Jusqu'à la consommation des siècles 3. »
L'Église est donc la montagne sainte où le Soleil de vérité demeure assis à toujours, la montagne fertile d’où les principes révélés descendent par des pentes douces et généreuses dans lâme humaine. L’âme les reçoit et s’en abreuve; la science sacrée, la théologie est commencée. |
Il est bien vrai que l’ombre des mystères entoure les principes révélés et qu'il n’est pas permis à la théologie de procéder d’une évidence immédiate et actuelle semblable à celle
. «Qui vos audit, me audit: Hoi vos spernit, me sper- M » (Euc., x, 16.) 2, « Sicut misit me Pater, et ego mitto vos. » (Joan., xx 2h) 8. « Ecce ego vobiscum sum, usque ad consummationem sæculi. » (Matth, xxvur, 20.)
des principes que nous connaissons par nos
moyens naturels. Mais rappelons-nous ce que nous a dit saint Thomas, que la théologie est
une science subordonnée aux lumières supéreures de Dieu et des Bienheureux. Or, à une science subordonnée l’évidence immédiate et actuelle n’est pas nécessaire. La musique est subordonnée à des calculs mathématiques et géométriques ; cependant les artistes compositeurs, même ceux qui font des œuvres qu’on appelle à bon droit des œuvres savantes, les Mozart, les Beethoven, les Haydn, les Wagner et autres ne se préoccupent pas des mathéma-
tiques et de la géométrie musicales. Ils accep-
tent les principes d’une science supérieure qui
les voit avec une évidence immédiate et actuelle, et se contentent pour eux-mêmes d’une évi-
dence médiate et radicale.
Cette évidence médiate et radicale, qui suffit à une science subordonnée, est précisément celle des principes de la théologie. L'autorité divine de l’Église, qui nous les propose, nous est clairement démontrée : il n’en faut pas davantage. Par elle, nous savons que les principes sont certains et qu'ils sont vus, avec
uné suprême évidence, à la source dont ils
émanent.
Les principes étant certains, 1l est permis à la théologie d'opérer scientifiquement. C’est ce qu’elle fait, par l'application des forces logiques de la raison. Unissant l’une à l’autre les propositions révélées, ou bien empruntant à la nature une vérité générale qu’elle rapproche d’un des principes de la foi,
elle détermine un mouvement fécond, d’où
procède une conelusion théologique. C’est dans l’ordre, car : « Ici-bas, la vérité nait comme la vie, dit Joseph de Maistre ; il faut
que deux propositions s’épousent pour en ef. 0
gendrer une troisième. » Toutes les sciences
humaines sont écloses de cet hymen intellec-
tuel. Toutes les sciences humaines se composent d’une suite plus ou moins longue de générations intellectuelles, légitimement issues
d’un petit nombre de vérités primordiales,
dans lesquelles l’esprit contemple les enfantements multiples qu'il a lui-même préparés
par ses labeurs. Mais, si les principes subal-
ternes de la nature se fécondent par leur
union logique, pourquoi les principes supé-
ee
«Ve
rieurs de la révélation demeureraient-ils stériles? Dieu ne les a point appauvris ni mutilés en les faisant passer par le sein virginal de lÉglise. Ils nous arrivent d’en haut avec toute leur force génératrice; la raison les unit, et ils enfantent tout un peuple de vérités saintes qui, sous la conduite de ses divins ancêtres, forme le monde théologique. Nos traités et nos Sommes, pour qui a le courage de les lire, peuvent seuls donner une idée de la prodigieuse fécondité qui résulte de l’application des forces logiques de la raison à la révélation.
La science théologique ne se borne pas à ce premier procédé. Il est dans la raison une autre faculté, la faculté comparative, qui, se joignant à la force logique, atténue l'obscurité de l’incompréhensible, et produit autour des mystères une sorte de demi-jour, qui nous prépare aux splendeurs d’une vision plus parfaite.
Avant la vision du ciel, Dieu ne nous défend pas d’élucider, par de respectueux efforts, les vérités transcendantes proposées à notre croyance, Les esprits qui s'irritent et
se réfugient dans une négation insolente de l’incompréhensible, bien loin de démontrer leur force, accusent leur faiblesse et leur incapacité. Une forte raison ni ne se décourage, ni n’abdique devant les mystères; elle se sent, au contraire, attirée vers eux et s’applique à les mieux voir, si elle ne peut les comprendre tout à fait.
Or, les mystères se voient mieux quand on étudie leurs reflets. Le monde visible est comme le miroir du monde invisible. La sphère surnaturelle entoure Ia sphère de la nature, et projette sur elle une lumière qui
nous est renvoyée par des réfractions multi-
ples. Les existences supérieures sont parfaitement originales et typiques, par rapport aux existences inférieures. Il est done possible de rapprocher ces deux termes dans notre esprit par des analogies transparentes; de créer, à l’aide des formes participées de la nature, une sorte de lumière crépuseulaire, dans laquelle la raison voit mieux la convenance des mystères, leur place dans le
système général de la vérité, et leur point de jonction avec les principes acquis par la ré-.
flexion et l'expérience. Le plein jour n’est pas encore, mais ce n’est plus la nuit sombre. L'esprit se réjouit dans des clartés eroissan-
tes qui lui font présager, espérer, désirer, avec une pieuse impatience, l’inondation finale
de la lumière de Dieu. Ainsi se sont éclaireis
les mystères de la Trinité, du monde angélique, de l’Incarnation, de la Rédemption, de la Grâce, des Sacrements, de la morale et de la perfection surnaturelles.
Les principes étant fécondés, les mystères élucidés, que reste-t-il à faire? Une synthèse dans laquelle la théologie, appliquant la faculté méthodique de la raison, condense ses travaux et nous donne, comme une révélation suprême, une sorte de musique intellectuelle qui réjouit notre âme et chante la gloire de Dieu révélateur. Semblable à l'astronome qui, après avoir examiné chacun des astres, méthodise ses observations par la recherche des systèmes, et les groupe autour d’une note centrale et régulatrice qui détermine la tona-
lité et les mouvements de chaque phrase du
concert sidéral, le théologien, après avoir étudié, fécondé, élucidé chacune des vérités ré-
vélées, les met en ordre et les groupe autour : du dogme central et régulateur du monde 7
surnaturel, l'infini vivant en trois personnes. Sa synthèse est un concert intellectuel qui prend toute la force d’une démonstration. 5 L’âme qui sait l’entendre sans préjugés et sans part pris s’écrie : C'est beau, donc, c'est vrai! C’est divinement beau, donc, c'est divinement vrai! Car le beau est la splendeur du vrai.
Telles sont les sources et les procédés de la science sacrée. Vous qui aspirez au ministère de la parole sainte, vous devez l’acquérir, cette science; sans elle vous ne saurez jamais parler comme doivent parler des apô tres. — Ne me dites pas que les Apôtres, premiers prédicateurs des vérités chrétiennes, n'ont point fait d’études. Ils ont été instruits par le Verbe de Dieu lui-même, et ont reçu, pour parler, la plénitude de l’Esprit-Samt.
Vous n’avez pas à compter sur un pareil privilège, et, s'il est vrai que vous avez besoin des lumières et de l'assistance de Dieu pour remplir le saint office de la prédication, il
serait absurde de vous imaginer qu’on peut.
sans études, s’abandonner à l'inspiration d’en haut. Vous devez étudier sérieusement, longuement, consciencieusement.
Allez d’abord à la première source de la science sacrée : l’Écriture. Le divin Maître vous y invite: « Vous êtes dans l'erreur, dit-il à ses contradicteurs, parce que vous ne connaissez pas les Écritures'. — Étudiez-les, approfondissez-les, et vous verrez qu'elles rendent
témoignage de moi”. » — C’est en expliquant
lui-même les Écritures qu'il convaine ses disciples de la vérité de sa résurrection*. — Et alors le Canon des saintes Lettres n’était pas au complet. Aujourd’hui, nous le possédons tout
entier. Remerciez Dieu de l'avoir achevé par la parole inspirée de ses Apôtres, et allez puiser
à cette source sacrée des révélations divines,
Vos maitres ne manqueront pas de vous inviter à lire chaque Jour quelques pages des Saints Livres. Suivez leur conseil, et, quand