Etude sur l'art de parler en public, c. 1v, $ 1°. Ge
gue, les dents, les lèvres, saisissent les sons que lance le gosier et les soumettent à un travail qui les précise, les transforme et fait de ces sons la parole humaine, par laquelle l’âme exprime ses idées, ses sentiments, ses. passions. Sans la prononciation, la plus belle voix ne sert à rien; une bonne prononciation, au contraire, peut faire oublier ce qu'il y
de désagréable dans le timbre d’un orateur.
Or, deux choses peuvent vicier la prononciation : l'accent et les mauvaises habitudes des organes qui servent à la parole.
L'accent peut provenir de l'usage habituel d'une langue étrangère. Un Anglais, un Allemand, un Russe, un Italien, un Espagnol, peuvent difficilement prétendre à une parfaite pureté de prononciation de notre langue francaise. Cependant, s'ils se condamnent à user le moins possible de leur langue maternelle, s'ils … appliquent, dans les échanges de la conversation, toutes leurs facultés d'observation, ils peuvent, selon la remarque de M. Legouvé, travailler et discipliner leur accent de manière à ne lui laisser, pour ainsi dire, que la saveur, le goût du fruit, juste ce qu'il faut pour que ce
soit étrange sans être bizarre, curieux sans
être ridicule. Fe
On supporte mieux ce qui reste d’accent
dans la parole d’un étranger que l’invasion de ae.
l’accent de province dans la parole d’un Fran- 2
çais. Sans doute, il y a des accents de province assez peu prononcés pour que l'éloquence les fasse oublier, mais d’autres s’accusent si désa-
eréablement qu'ils gâtent les meilleurs dis- Cours. AE |
Imaginez-vous un Bossuet disant : « Ghelui qui règne dans les chieux et de qui relèvent les jempires. »
Ou bien dans la bouche d’un prédicateur des phrases comme celle-ci : «Jésus, prenant du paingne, le bénitte, le rompitte et le donna à ses F . disciples en disant: Prenez et mannegez. » ni ‘a | « Sadan métide gondre nous te noirs brochets. Re 11 faut renoncer à ses bombes pour n'être pas ee
tube de ses sétuctions. » | « Les claches de la parouésse annoncent un se
| baptinme. » | | « La prière est une des plus grandes farces > 1 (forces) de notre vie spirituelle. » |
Evidemment l’éloquence est impossible avec
LS : RSR Ê: 4.
de pareils vices de prononciation ; il faut à tout prix s’en défaire, et on le peut facilement avec de la bonne volonté et de la patience.
D’autres vices de prononciation proviennent des mauvaises habitudes qu'on a négligé de corriger chez les enfants. Tels sont le bégayement, le bredouillement, le zézayement, le blèsement, le grasseyement. :
Le bégaiement est caractérisé par l’hésitation, la suspension pénible de la parole devant certaines consonnes qui se présentenf comme des pierres d’achoppement, par la répétition saccadée de certaines syllabes, et quelquefois par une sorte d'impuissance à les prononcer. |
Si ce défaut provient d’un vice de conformation des organes, il relève de la médecine. Est-il, dans ce cas, absolument irréductible ? Je ne le pense pas. On peut l’atténuer, mais il est difficile, je le crois, de le guérir radicalement. S'il provient de la timidité, de l’irrésolution de caractère, de l'incertitude de l’esprit, qui bégaie lui-même parce qu'il ne sait pas nettement ce qu'il veut dire, de la préci-
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pitation de l’imagination, qui veut aller plus vite que la parole, on peut le corriger par une + forte et patiente gymnastique des organes.
Appliquez-vous à fixer, avant de parler, l’organe chargé d’articuler; poussez sur cet organe Pair des poumons, en joignant une voyelle à la consonne que vous voulez prononcer: faites entendre lentement d’abord et fortement la syllabe prononcée ; accélérez petit à petit le mouvement jusqu’à le rendre aussi rapide que possible; enfin, unissez ensemble plusieurs syllabes et répétez ces exercices jusqu’à ce que vous soyez devenus maitres du jeu de votre langue, de vos lèvres et de vos dents, principaux organes de l'articulation.
Le bredouillement consiste en une prononcation tellement précipitée, qu'elle fait chevaucher les syllabes l’une sur l’autre et les embrouille tellement qu’on n’en peut plus distinguer aucune. Ce défaut provient ou de la timidité qui craint de mal dire, ou de l’impatience qui veut en finir promptement. On le # corrige en s’exerçant à scander les mots en » mesure, syllabe par syllabe: lentement d’abord,
À: ae res ” :
puis un peu plus vite, jusqu'à ce qu’on ait obtenu une prononciation régulière. Du reste,
dans le bredouillement comme dans le bégaie-
ment, lobligation de parler en public peut agir si fortement sur la timidité ou sur Pimpatience, que. des prédicateurs, incapables de
réciter à haute voix une oraison sans hésiter
péniblement ou sans en manger la moitié, parviennent à s'imposer dans leurs discours une sage mesure qui les rend parfaitement intelligibles. :
Le zézaiement amolhit ls et le c doux, en.
introduisant, pour les prononcer, le bout de là langue entre les dents.
Le blésement substitue une consonne faible à une plus forte; par exemple, il remplace le j, leget le ch par le z ou ls, et prononce d’une manière pâteuse, en appuyant la langue sur le palais : un zour, une zerbe, un seval, pour
un jour, une gerbe, un cheval. Tous deux don-.
nent à celui qui parle un air enfantin et quelque peu niais. Pour s’en corriger, 1l faut serrer les dents, pousser fortement l'air de leur côté
de ct tt dr + nr, il dd