‹ Avant - pendant - après la prédiction, conseils aux jeunes ecclésiastiquesChapitre 112 sur 145 · ES · texte numérisé non relu

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et émettre, en les desserrant vivement, le son d’une voyelle. On exagère en commençant cet exéreice, mais peu à peu on le modère et lon parvient à donner aux lettres sifflantes leur véritable prononciation. |

Le blésement remplace parfois la lettre n par la lettre /, et prononce plouvé, dlouvé, couolir, au lieu de prouver, trouver, couvrir. On le corrige, sur ce point, de la même manière que

le grasseyement.

Le grassevement fait sortir la lettre r de la

sorge. La langue, étant appuyée contre les dents de la mâchoire inférieure, se contracte

au fond de la bouche, où elle arrête le son qui semble vibrer dans une matière graisseuse.

C’est un défaut très commun dans certaines contrées. Paris et ses environs grasseyent, mais le Marseillais est un modèle du genre.

Fortement prononcé, le grasseyement devient une sorte de râle qui alourdit la parole

et affecte désagréablement l'oreille; s'il n’est

que léger, on l'entend sans déplaisir dans une conversation; mais dans un discours publie, il a Le grave inconvénient de supprimer les r et

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de fatiguer l’attention des auditeurs, qui n’entendent qu’imparfaitement les mots où cette lettre figure. Il importe donc de s’en défaire. On y parvient par un exercice analogue à celui qui règle la prononciation des lettres sifflantes, c'est-à-dire en plaçant le bout de la langue contre le palais et près des dents supérieures, en poussant vivement le souffle, de manière à le faire vibrer et à produire, sur une voyelle quelconque, un roulement qui est la véritable prononciation de la lettre r.

Pour faire disparaître les vices de prononciation, comme pour améliorer et discipliner votre voix, ne craignez pas de vous livrer à une courageuse et patiente gymnastique des organes de la parole. Toutefois, les Jeunes gens n'auraient pas besoin de cette gymnastique, si les éducateurs de l'enfance avaient soin de réparer de bonne heure, par des exercices intelligents, la négligence des parents qui n'ont aucun souci des mauvaises habitudes que prennent leurs enfants. r

Corrigés des défauts que je viens de signaler, vous ne serez pas encore en possession d'une

parfaite prononciation. Pour bien prononcer, il faut savoir donner aux lettres leur valeur.

aux voyelles leur véritable intonation, aux consonnes leur correcte et complète articulation. |

Les voyelles ont des intonations diverses, et celles qui se ressemblent ne se prononcent pas toujours de la même manière. Par exemple,

l’a diffère dans lâche, tache et nation. Très long

dans le premier mot, il est bref dans le second et tient le milieu dans le troisième. L’e est très ouvert dans fempôte, moins ouvert dans succès, fermé dans présent, muet dans un grand nombre de mots où il ne sert qu’à l’articulation des consonnes finales. Même observation pour les autres voyelles et pour les diphtongues, auxquelles on doit donner les intonations reçues

dans les lieux où la langue est parlée plus

purement. Vous feriez rire si vous disiez d’un homme qu'il a des hottes (hautes) pensées ; que son imagination poursuit de vains fan-

tonunes (fantômes) : qu'il faut marcher sur lés

trâces dés Saints.

Avez soin de faire sentir les pluriels, sur-

tout lorsqu'il pourrait y avoir désaccord entre

le son et la pensée. Si vous dites, par exemple : Écoutez ces leçons de la mort, il ne faut pas que l'oreille entende c’est le son, c’est-àdire la voix de la mort, ce qui arriverait cependant si vous négligiez d'appuyer sur le pluriel leçons: en donnant à ce mot l’mtonation qui lui convient, tout le monde comprendra qu'il s'agit des enseignements de la mort.

Une excellente intonation des voyelles ne

suffit pas à la perfection de la prononciation. Un auditeur qui n’entend que des sons se fatigue, il ne les perçoit bien et n’en saisit le sens que s'ils lui arrivent déterminés et précisés, et si je puis m'exprimer ainsi, moulés et ciselés par larticulation. C'est le rôle des consonnes. Appliquez-vous done à les bien prononcer. Léiales, dentales, palatales, qutturales, nasales, tout doit être si correctement et si complètement articulé qu'il ne puisse y avoir aucune méprise pour l'oreille des auditeurs.

Remarquez, cependant, qu'il y a des consonnes finales dont vous ne devez pas tenir compte, sous peine de faire des liaisons qui vous donneraient un air prétentieux et quel-

que peu ridicule. Ainsi, vous ne devez pas

dire : « Une révolte à main n’armée, » —

«Joseph et Nicodème montèrent f’à la croix et " en descendirent f’avec respect le corps z’ensan-

glanté du Sauveur. » D'autre part, il y a des consonnes finales, dont la liaison avec és.

voyelles qui suivent est non seulement sans a danger, mais nécessaire. Cest affaire d’ usage .

et de bon gout.

Un prédicateur de renom, auquel je deman- dais conseil dans ma jeunesse, me disait qu'il devait tout son succès au soin qu'il prenait de

bien détacher ses mots et d’articuler toutes

les syllabes. C'était modestie de sa part, car la composition de ses discours et la chaleur de son éloquence étaient bien pour quelque chose dans sa renommée. Cependant il m'apprenait une grande vérité : c’est que le rôlè de l'articulation est souverainement important dans la parole publique. Elle donne au discours la clarté, l'énergie, la véhémence, la passion. Tel est son pouvoir, qu’elle peut suppléer à la faiblesse de la voix et la faire entendre même à un grand Audiioires. — = —

Encore une fois, soignez votre articulation.

Dussiez-vous lexagérer dans les commence

ments, elle s’adoucira peu à peu sans tomber dans la mollesse, et vous finirez par mettre en pratique cette règle d’un professeur éminent :

« Pour les hommes sérieux, 1l n’y a qu’une

manière d’articuler, c’est de prononcer assez pour être entendu, pas assez pour être remarquél. »

Je ne saurais trop conseiller aux éducateurs des jeunes gens qui se destinent à la prédication de les habituer à une parfaite prononciation par des lectures publiques soigneusement contrôlées et sévèrement critiquées.

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