‹ Avant - pendant - après la prédiction, conseils aux jeunes ecclésiastiquesChapitre 32 sur 145 · Marc., in finem · texte numérisé non relu

Marc., in finem

admiration enthousiaste, leur héroïque amour, leur souverain mépris des biens de ce monde,

de la souffrance et de la mort, leur tendre

compassion pour les âmes qu'ils voulaient Sauver, ont dû leur inspirer des paroles ardentes qui remuaient profondément les cœurs pendant que les esprits fléchissaient sous la pression des merveilles.

Il nous reste peu de souvenirs écrits de ces

paroles ardentes des Apôtres, aussi est-ce

moins leurs discours que l’état d’âme qui les a faits éloquents que nous devons nous proposer d’imiter.

Il en est un pourtant que Dieu a choisi.

appelé, instruit d’une manière extraordinaire, afin que son enseignement servit de contreépreuve à la révélation évangélique. Celui-là a écrit; et, si nous n'avons pas tous les discours qu'il a prononcés au cours de sa vie apostolique, nous en avons l'écho, le rappel, les commentaires, dans les lettres écrites aux Églises évangélisées.

Les quatorze Épitres de saint Paul, sous 1e rapport de l’importance doctrinale et de l’ap-

point qu’elles donnent à la science sacrée, tiennent incontestablement le premier rang après l'Évangile. Comme on l’a fort bien dit : « Si l'Évangile venait à être détruit, les Épitres à elles seules démontreraient la vérité du christianisme. » Il est donc nécessaire à l’apologiste et au théologien de les étudier. Au

point de vue oratoire, le prédicateur y trou-

vera non seulement des préceptes, mais des exemples, des traits, des envolées qui frapperont son imagination et solliciteront sa verve.

Le style en ést négligé; saint Paul lui-même confesse « qu'il ne veut pas recourir aux artifices et aux habiletés de parole dont la science humaine se sert pour persuader : Non in persuasibilibus humanxæ scientiæ verbis. » Il se sert, lui, d’une langue étrange, sorte de grec barbare, mêlé d’hébraïsmes, qui ne peut exprimer les idées nouvelles qu'il faut annoncer au monde. Esprit, Justice, grâce, foi, loi, nature, péché, ete., autant de mots auxquels 1! faut donner des sens nouveaux et plus profonds.

En dépit de ces difficultés, l’Apôtre trouve le moyen d’être souvent éloquent Jusqu'au sublime. Quelle hauteur dans ses pensées! quelle

force dans ses raisonnements! quelle vivacité dans ses images! quelle impétuosité dans ses mouvements! Il se précipite parfois comme un Lorrent ; son imagination, hantée par les subli-

mes mystères que sa foi contemple, semble s’y

perdre, et la manière dont 1l exprime cette surnaturelle ivresse produit dans les âmes un inénarrable saisissement. C’est ce qu’on éprouve, par exemple, lorsqu'on lit l'Épitre aux Hébreux, que Bossuet appelle la divine Épitre.

Par nature, saint Paul a tout ce qu'il faut pour être éloquent. Il peut être mis en parallèle avec les orateurs les plus illustres de l’antiquité. On le mettait, d’après Longin, au rang des dix grands orateurs de la Grèce. Un de ses commentateurs trace de lui ce portrait: «D'un côté, un tempérament plein de feu, une sensibilité excessive: et de l’autre, une douceur inaltérable, une clémence inouïe. D’un côté, une

trempe d'âme inflexible, un courage qui va.

presque Jusqu'à l'audace, une liberté de langage qui brave les plus terribles adversaires ; et de l’autre, une modestie parfaite, le support le plus patient des plus graves injures, une humilité profonde, une défiance qui le fait gémir de

sa faiblesse et trembler pour son propre salut. D'un côté, un homme vrai, candide, étranger à la dissimulation et à l’artifice: de l’autre,

un homme si adroit que Jamais personne n’a

connu mieux que lui l’art de plaire et de s'insinuer; personne n'a possédé à un plus haut degré le sentiment des convenances, qui lui faisait plier son autorité et sa conduite aux personnes, aux temps et aux circonstances L, » Voilà saint Paul tel qu'il se peint lui-même dans ses lettres.

Et maintenant, considérez que cette belle et riche nature a été tellement saisie et pénétrée par la communication du Christ, qu'elle est comme contrainte de pousser ce er1 étonnant: « Ge n’est plus mot qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. » Saint Jean Chrysostome, dans une de ses homélies, compare le cœur de Paul au cœur du Christ?. Comme le cœur du Christ, le cœur de Paul est tout amour; et cet amour s'exprime avec un enthousiasme passionné quand 1l s'adresse à Dieu et à son divin Fils,

1. GuiLLemoN, Clef des Epitres de saint Paul. Introduction, $ 3.

2, Homélie sur l'Épitre aux Romains.

et, quand il s'adresse aux hommes, avec les formes les plus exquises, les nuances les plus délicates de la sensibilité, de la tendresse, de la compassion, du dévouement et du sacrifice.

Quel beau, quel admirable modèle! On reconnaitra bien vite dans la chaire, à l’élévation des idées, à la force des sentiments, à l'originalité du langage, l’orateur qui laura étudié longtemps et consciencieusement.

J'ai insisté un peu longuement sur cette recommandation de l'Écriture sainte, parce que j'ai la conviction qu’elle est la source la plus riche et la plus féconde de l’éloquence sacrée. (Si vous manquez de livres, écrivait le vénérable M. Émery à un prédicateur, vous aurez toujours la Bible. Lisez-la attentivement d'un bout à l’autre; peut-être cela ne vous est-il Jamais arrivé. » Eh bien, oui, mes chers amis, à défaut d’autres livres, que dis-je ? — avant et plus que tous les autres livres, lisez, relisez la Bible, non seulement pour vous instruire des vérités saintes, mais pour vous former au vrai langage qui doit les exprimer et pour vous entrainer aux grands mouvements qui font l’orateur chrétien. ;

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