UN DES HOMMES DE LA PATROUILLE
Il n'y a rien à craindre... c'est la maison du patriote Gérard.
plusieurs voix, dans la rue.
Oui , oui , c'est la maison du patriote Gérard.
gérard, à sa femme.
Adieu, femme... Qu'as-tu donc? est-ce que la présence des citoyens. . . Ne crains rien .. .je suis à toi tout à l'heure. . . je reviens après la patrouille... (aiwhommesde la patrouille.) Allons, allons, les traînards!
l'officier.
Un instant, citoyen Gérard... nous allons placer deux sentinelles au coin de la rue, et continuer nos recherches... Marche!., (ils sortent. On entend l'officier dans la rue dire à haute voix : ) Deux factionnaires au coin de la rue. (Le tambour reprend , et à mesure que le bruit s'affaiblit graduellement , Julie semble renaître.)
julie, ouvrant la porte du cabinet au marquis. Venez; nous sommes sauvés, du moins pour le moment.
Si
le marquis , se jetant dans un fauteuil. Respirons... je n'en puis plus...
JULIE
Comment vous trouvez-vous en France... vous qu'on disait émigré ?
LE MARQUIS
Je m'étais réfugié en Suisse.. La marquise ma femme m'a fait passer, par un des nôtres , une lettre qui m'a appris que mon fils Alfred, l'unique rejeton des Surgy, était dangereusement malade... A tout prix j'ai voulu le revoir... J'ai repassé la frontière. . Ah! mon enfant, comme ils ont arrangé cette pauvre France !
JULIE
Oui, monsieur.
LE MARQUIS
Et que de tourmens avant de revoir ma famille... voyager à pied... moi, le marquis de Surgy!... tous les soirs des gîtes affreux! Point de procédés, point d'égards; et à chaque nouveau visage des inquiétudes mortelles!... Enfin , après huit jours d'une marche pénible et forcée , profitant d'un moment de désordre à la barrière Saint- Jacques , j'entre dans Paris... Quel spectacle!
JULIE
Je le sais mieux que vous... mais, monsieur le marquis, cela ne peut pas durer.
LE MARQUIS
Nous en disions autant quand nous sommes partis, et tu vois, ça a été d'un train !... On confisque nos biens, on brûle, on démolit nos châteaux; on proscrit nos personnes.. . Là-bas nos ressources diminuent , rien ne passe. Ils ont saisi à la frontière des fonds qui nous étaient expédiés... c'est une horreur... et ici c'est encore pis. Après avoir embrassé ma femme et mon fils, j'écris surle-champ à Goberville, notre ancien procureur, notre intendant...
JULIE
Qu'avez-vous fait !
LE MARQUIS
Pour lui demander un à-compte sur les sommes considérables qu'il a perçues en notre nom... Le drôle me fait répondre qu'il est désolé, mais qu'il n'est plus que le débiteur de la nation.
JULIE
Lui apprendre que vous êtes à Paris... quelle imprudence...! lui qui est du comité des recherches.
LE MARQUIS
Je ne suis plus surpris si, un quart-d'heure après sa réponse , les sbirres, les alguasiîs étaient à notre porte!.. Obligé de m'évader par une cheminée , de là sur les toits ; enfin , ma chère Julie . sans ton généreux secours , je tombais entre leurs mains... et tu sais le sort qui m'était réservé... Mais quand ton mari, quand Gérard va revenir, y a-t-il sûreté pour moi... ? car lui aussi a un peu donné là-dedans.
JULIE
Comme tant d'autres: dans le commencement, il voyait tout en beau, et s'imaginait qu'on ne voulait que notre bonheur à tous.
LE MARQUIS
Oui , c'étaient là les idées de mon frère le chevalier.
JULIE
Mais quand il s'est aperçu qu'on gâtait tout ce qui se faisait de bien , que des intrigans , des scélérats travaillaient pour leur propre compte, et faisaient la guerre à tout ce qu'il y avait en France de grand, d'honnête, de riche... oh! alors...
LE MARQUIS
Tu crois donc qu'on peut se fier à lui. . . ? qu'il n'a point , comme tant d'autres, oublié ses anciens maîtres?
JULIE
Il n'a oublié que le mal qu'on lui a fait.
LE MARQUIS
Ah! oui, je comprends... Et mon frère, où est-il en ce moment?
JULIE
A l'armée du nord. Nous lui écrirons, et j'espère que son crédit pourra vous sauver.
LE MARQUIS
Oui, oui, j'accepterai pour ma femme, pour mon fils; car si ce n'était que pour moi!... et ce pauvre vicomte de la Morlière, mon ancien ami?...
JULIE
"Vous savez bien qu'avant nos désastres, il était parti pour rejoindre l'expédition de M. le capitaine de LaPeyrouse.
LE MARQUIS
C'est vrai, je n'y pensais plus... Et l'on n'a pas eu de ses nouvelles ?
JOLIE
Non, monsieur, je ne erois pas. . . Mais taisez -vous. .. j'entends chanter dans la rue. C'est mon mari qui revient...
le marquis , regardant d travers des carreaux* Eh! mais il n'est pas seul.
JULIE
Il est avecMorin , le cordonnier du coin 9 maintenant le citoyen Caracalla , qui dernièrement a été nommé municipal.
LE MARQUIS
Un municipal!
JULIE
Celui là du moins n'est qu'une bête... Mais jusqu'à son départ, cachez-vous toujours, c'est le plus prudent. {Le
marquis rentre dans Le cabinet. )