‹ Avant, pendant et aprèsChapitre 20 sur 45 · CARACALLA, GÉRARD, JULIE · texte numérisé non relu

CARACALLA, GÉRARD, JULIE

gérard , posant son fusil.

Encore une faction dans le sac à poudre... M'en voilà délivré, etgrace au ciel nous n'avons trouvé personne... Ma femme , un peignoir blanc... c'est le citoyen Caracalla qui vient se faire donner un coup de peigne.

CARACALLA

J'étais là z'à regarder ces deux factionnaires qui sont au coin de la rue, et quasiment devant ta porte. Ils ne laissent passer personne... mais moi, c'est différent... ils m'ont porté les armes... parce qu'un municipal ça passe partout... ça vat à tout, [il donne son gilet d Julie. Julie prend le gilet et le place sur une table.) Merci, citoyenne. [Julie lui présente un peignoir.) Dis donc, Gérard, es-tu z'à Tordre du jour? sais-tu... le nouveau décret ?

GÉRARD

Lequel ?

CARACALLA

Il est z'enjoint aux citoyens de se tutoyer, sous peine

d'être suspects, comme adulateurs. Quelle belle idée!., comme c'est patriotique!

julie, lui passant le peignoir.

Comment, les hommes tutoieront les femmes? les enfans tutoieront les vieillards ?

CARACALLA

Les prérogatives de la nature.

JULIE

El que deviendra le respect?... la politesse?.. ,

CARACALLA

Supprimés par décret du 10 brumaire.

Mais comment feront, par exemple, vos domestiques?

CàBACALLA.

D'abord, citoyenne, la nation ne reconnaît pas de domestiques. Attache-moi cela, [montrant les cordons du peignoir.) Elle ne reconnaît que des égaux et des perturbateurs... [pendant ce temps , Gérard va et vient d'un côté et d'autre dans la boutique s et prépare tout ce qui lui est nécessaire pour accommoder Caracalla.) Si tu étais t'a la tête des choses, tu saurais que les domestiques ne peuvent pas exister, sans qu'il y ait de ces êtres dégradés par la fortune, qu'on appelait z'autrefois des ci-devant maîtres... et la nation n'en reconnaîtra jamais... c'est invincible... gÉrard , à Caracalla, le faisant asseoir.

Mets-toi là.

JULIE

Elle aurait pourtant bien besoin d'un maître, la nation; et vous autres aussi. [Elle passe à droite et s'assied sur le bras d'un fauteuil , regardant toujours Caracalla.)

GÉRARD

Y penses-tu? au lieu d'un nous en avons vingt -cinq ou trente mille , qui ne nous coûtent rien de façon,

CARACALLA, OSSis.

CTest juste.

gÉrard, peignant Caracalla.

Quel beau gouvernement que celui où l'on a toujours des fonctionnaires sous la main, des municipaux qu'on va prendre au pétrin du boulanger, ou dans l'échoppe du savetier!

CARACALLA

Certainement, [il se lève et d' un ton de 'clamai eur.) Quand le peuple romain avait besoin d'un général , il allait dans les champs, et il prenait z'un cultivateur... A propos de

citoyen romain , encore un sacrifice à la patrie... (montrant sa queue.) coupe-moi ça.

GÉRARD

Comment! tu veux?...

caracalla , se rasseyant.

Les municipal... c'est censément comme des sénateurs romains... il faut qu'ils soient z'à la Titus... Fameux citoyen, que le citoyen Titus... A propos de queue, je t'ai vu passer tantôt z'avec la patrouille ; et toi, qui ordinairement va z'en tête... tu étais dans les traînards. Gérard , tout en le coiffant.

Que veux-tu, citoyen municipal, c'est que les derniers souliers que tu m'as faits me gênaient un peu.

CARACALLA

C'est possible... depuis que j'ai t'été nommé municipal , je néglige l'escarpin... je ne fais plus de souliers... je fais des motions.

GÉRARD

Aux cordeliers ?. .

CARACALLA

Non... c'est des patriotes à l'eau rose... je vas à une autre société; tous purs montagnards dans celle-là. Et si la citoyenne m'entendait quand je suis t'a ia tribune...

JULIE

Je me demande toujours où vous avez appris l'éloquence.

caracalla , se levant.

Quand un citoyen z'actif a des principes solides. (Gérard le fait asseoir.) il a beau ne rien savoir, il est propre à tout... (il se relève.) Voilà le résumé des droits de l'homme.

gérard , le faisant asseoir.

Il a raison !. . . un bon citoyen n'a pas besoin d'étudier. . . il se suffit à lui-même.

CARACALLA

Celui-là me comprend... c'est pour cela que nous abattons tous ces monumens du despotique; la porte Denis, la porte Martin, et un tas d'estatues et de palais, et des hôtels qui vexent le peuple... (il se lève et va à Julie.) ^Raisonnons. .. A supposer que les places, comme lu voudrais l'inculquer, soient z'à la participation de ce que tu appelles des connaisseurs, des savans; hein... qu'arrive-t-il ?

JULIE

Vous ne seriez pas en place.

CARACALLA

Oui, mais nousretombonsdansla féodalité, et les accapareurs... voilà.... Ainsi, citoyenne... je t'invoque à plus de... je t'y invoque... (à Gérard.) Tu as donc fini... ça fait?...

GÉRARD

Un assignat de 5oo francs F.

CARACALLA

C'est z'un peu cher... on a eu tort de ne pas comprendre la coupe des cheveux dans le maximum.

JULIE

Il n'aurait plus manqué que cela... après avoir supprimé la coiffure et la poudre.

CARACALLA

Citoyenne, tu es t'égoïste... la révolution n'a pas été faite pour les perruquiers... et tout de même, citoyenne, toi qui ne l'aimes pas la révolution, tu en uses... Gérard m'a tout raconté... tu es bien aise de la trouver pour divorcer, cette pauvre révolution.

JULIE

Moi !

CARACALLA

C'est singulier, comme cette loi du divorce a du succès dans les ménages... les citoyennes en sont folles. .. c'est une loi pour les femmes... Ces coquins de législateurs... ça pense à tout. ( à Gérard. ) Ah ! ça , c'est toujours pour ce soir... et les témoins ?

GÉRARD

Toi, le pâtissier Manlius, et les deux premiers citoyens venus.

CARACALLA

Ma foi, tu as aussi bien fait... A présent, on peut tout dire... Gérard, tu as déjà z'un remplaçant.

GÉRARD

Moi!

JULIE

Qu'est-ce que cela signifie ?

Citoyenne, tu n'as pas la parole... {à Gérard.) J'ai rencontré ce matin la citoyenne Cornélie, la rempailleuse...

(t) Julie , Çaracalla . Gérard.

une des plus in trépides tricoteuses de la section. .. elle a vu hier soir à la brune, un galantin, un muscadin, tranchons le mot... un individu, qui se glissait par la fenêtre basse dans la chambre de ta femme.

gebard, à part.

On l'a vu !

CARACALLA

Et comme il n'est pas sorti... faut croire qu'il y est encore... et la preuve... [montrant le chapeau que Le marquis a jeté en entrant.) voilà z'un chapeau rond quiestle sien... car loi z'et moi, n'en portons pas.

jtjlie , à part.

0 ciel !

GERARD

Tu oserais soupçonner ma femme!

CARACALLA

Puisqu'elle ne va plus l'être... Seulement, elle a z'un peu anticipé... et voilà tout.

( On frappe cl la porte du cabinet cl gauche.)

GERARD

On frappe à cette porte qui donne sur la place de l'Égalité... Femme, va ouvrir.

julie, embarrassée.

Oui, oui, mon ami... oui, j'y vais.

caracalla , prenant son bonnet.

Va donc, citoyenne... et moi, j'ai le temps d'aller z'écouter les papiers chez Cassius le limonadier... [donnant une poignée de main cl Gérard. ) Salut et fraternité. (27 sort en chantant.)

GERARD

Eh bien ! femme, tu n'entends pas?

JULIE

Oui, mon ami... c'est toi qui as la clef.

GERARD

C'est juste, [il ouvre la porte du cabinet et voit le marquis.) Dieu ! le marquis !

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