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DU DESSIN ET DE LA TOPOGRAPHIE

Les terrains de guerre sont de deux espèces, praticables et impraticables. Leur étude doit se porter sur trois points principaux.

1° Leur nature facile ou difficile, dans ses rapports spéciaux avec le parcours des différentes

armes. ^ 2° Leurs positious, sous leur aspect offensif et

défensif.

3° Leurs développements et distances.

D. Qu'esl-ce qu'un défilé ?

R. Tout passage qui en se rétrécissant tend à diminuer le front d'une troupe en bataille ou en colonne.

D. Qu'est-ce qu'un plateau ?

R. Le sommet d'une montagne sur laquelle on peut s'établir.

D. Qu'est-ce qu'une créle ?

R. Le sommet d'une montagne sur laquelle., on ne peut pas s'établir, militairement parlant.

D. Qu'est-ce que les versants d'une montagne f

R. Ses pentes opposées.

D. Qu'est-ce qu'une chaussée?

R. Une route élevée au-dessus de terrains impraticables.

D. Qu'est-ce qu'une position?

R. Un terrain qui présente à une troupe la facilité

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d'y combattre avec avantage, même à force inégales (1).

D. Quelle est la meilleure position offensive?

R. Celle qui est la plus menaçante pour Pennemi, et qui facilite le plus les attaques que nous dirigeons sur lui.

D. Quelle est la meilleure position défensive ?

R. Celle qui offre le plus d'obstacles infranchissables aux attaques de l'ennemi.

D. Est-il important pour un officier de cavale* rie légère, de savoir dessiner ?

R. Aussi indispensable que de savoir écrire.

D. Pourquoi?

R. Parce que souvent avec deux lignes, il dit plus et mieux qu'avec deux pagas écrites; que quelques traits au crayon se font plus vite, et plus facilement, que ne se compose un rapport , et qu'ils assurent et classent bien mieux les détails de ce rapport, que ne le font les souvenirs que l'on conserve d'une longue reconnaissance.

D. Le dessin n'offre-l-il pas d'autres avantages encore ?

R. Il en offre un immense pour la guerre, c'est d'habituer à regarder et à bien voir; à apprécier les distances , les natures de terrains; à rendre présent ce qu'on a vu ; et surtout à juger de la possibilité de la vitesse , et de i'à-propos des entreprises.

D. En a-t-ii d'autres encore ?

R. Oui, pour l'officier distingué, celui de donner plus de facilité à juger les dispositions, les impressions morales des hommes qu'il commande.

D. l/n exemple de mémoire locale éclairera la question ?

R. L'ennemi est à quelques lieues ; un officier

pan pour le reconnaître. Cet officier observe at-

0) Jacquinot de Presles.

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tentivement la route qu'il lient; car elle sera h I plus courte pour revenir s'il est attaqué de front; ! mais en même temps il grave avec un grand soin : dans sa mémoire , les chemins, les sentiers, les 1 terrains praticables qui, sur les flancs, aboutissent ! à la roule qu'il tient, afin que si dans sa retraite, H est coupé, il puisse prutiler d'eux pour rendre inutile la manœuvre de l'ennemi, et revenir sûrement, et par un détour, au point de déport où se trouve sou appui.

Il a devant lui une plaine pue et uniforme. Deux villages sont près l'un de l'autre ; ils ont à peu près le niéme aspect ; mais le clocher de l'un est pointu, et celui de l'autre est arrondi à son sommet, c'est sur le clocher pointu qu'il doit se diriger.

Il arrive a un bois. Deux chemins se présentent; ils sont d'égale largeur et s'ouvrent sur un taillis uniforme. Une borne se trouve à droite du chemin qu'il doit prendre. Il s'avance. On traverse une mare, puis on arrive à un quinconce. Six routes pareilles y aboutissent. A la droite de celle | que Ton quitte est un grand arbre mort; à la gauche de celle que Ton doit prendre se trouve un poteau.

On continue à marcher. Une clairière s'ouvre à droite. Le bois se referme plus sombre. On marche encore. Puis une barrière se présente ; elle est ou* verte. A côté d'elle sont une touffe de genêts ea fleurs, un fossé profond nouvellement creusé, un tas de pierres brisées, un grand peuplier isolé. On sort du bois, Ton se trouve en plaine. Après dix minutes de marche, l'ennemi se présente en force : charge franchement, et oblige à une prompte re~ traite. Le guide profite de l'instant de surprise pour s'échapper. L'officier commandant la reconnaissance est réduit à ses souvenirs, qui sont d'autant plus profonds, que l'habitude du dessina mieux gravé dans sa mémoire les formes et les lignes des objets qu'il a remarqués eu venant , et

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cçeFtt s'est retourné souvent pour les reconnaître sous leurs deux aspects. H sait qu'il doit au retour retrouver à sa droite ceux qui étaient à sa gauche, et à sa gauche ceux qui étaient à sa droite. Le peuplier, ie las de pierres brisées, le fossé nouvellement creusé, le massif de genêts vert et jaune, la barrière ouverte d'abord , puis le bois sombre, puis la clairière, puis le poteau, puis le grand arbre mort, puis la mare, puis la borne, puis le clocher pointu, sont les jalons qui le ramènent au camp* L'habitude du dessin donne au souvenir une faculté qu'on pourrait appeler instinctive; c'est celle de sabir pour ainsi dire malgré soi, et sans être distrait d'autres pensées, la forme elles couleurs des objets qui se présentent devant nous. Le premier exemple est tiré simplement de la (orme des lignes. Je vais en donner un où la teinte des objets servira autant que leur silhouette.

Un partisan à la tête de cent chevaux , sort du bivouac à la pointe du jour. Il est en plaine, et il veut dérober sa marche à l'ennemi. Une ligne noire et peu épaisse paraît à sa droite; est -ce l'ennemi? — Ce serait bien étonnant; car des reconnaissances ont été cette nuit de ce côté, et ne Pont pas rencontré: d'abord le front de cette ligne n'est pas rationnellement établi, car il ne fait nullement lace à nos troupes.— Regardons. — La ligne ne bouge pas. Est-ce de la cavalerie ou de l'infanterie en bataille? — Non ; car la ligne n'est pas coupée par des intervales réguliers et d'égale largeur, et d'ailleurs la partie supérieure de celte ligne quoiqu'assez parallèle à la partie inférieure, est néan* inoins dentelée. — Serait-ce un bois ? — Non ; la li^ne est trop mince. Qu'est-ce donc? — C'est une haie. Elle est longue, uniforme, et assez haute pour masquer une colonne. Il se dirige vers elle, £t la longe , en la mettant entre lui et l'ennemi. Arrivé au bout de eette haie, il aperçoit à une dé*

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