DU FERRAGE
le rang comme chasseur , le maréchal qui ferre sans soin, et pique souvent les chevaux.
Les maréchaux sont routiniers, et font trop peu d'attention aux aplombs du cheval. Tantôt ils mettent le cheval sur la pointe du pied, tantôt sur le talon, ce qui, dans le premier cas, provoque la piqûre ou mille autres accidents», et, dans le second , fatigue et use promptement le cheval , en obligeant les muscles extenseurs de la jambe à une action surnaturelle.
Un capitaine commandant, en entrant en campagne, doit s'assurer plutôt vingt fois qu'une que ses hommes possèdent tous , non-seulement une ferrure de rechange, mais au moins le double des clous qu'il faut pour la placer.
Si la saison est avancée, il doit veiller à ce que chaque homme ajoute a sa provision ordinaire une certaine quantité de clous a glace.
Il doit aussi s'assurer par ses propres yeux que la ferrure de rechange a été ajustée sur le pied de chaque cheval.
Dès qu'il voit sa provision de clous et de fers s'épuiser, il doit tâcher par tous les moyens de réparer ses pertes, soit en faisant travailler ses maréchaux, dès qu'il en trouve l'occasion, soit en prenant les fers de rechange des chevaux envoyés au petit dépôt, soit en arrachant ceux des chevaux morts sur le champ de bataille. J'ai toujours vu qu'en campagne l'escadron qui comptait le plus de chevaux dans le rangéiait celui dont les maréchaux avaient été les meilleurs et les plus surveillés.
C'est toujours la faute d'un commandant d'escadron lorsque ses chevaux manquent de fers.
Des Armes en Guerre.
La paix vous a appris à manier vos armes, la guerre vous apprendra à vous en servir.
Eu France, les armes du cavalier léger sont le Mousqueton , le Pistolet, le Sabre et la Lance.
Les armes à feu de guerre françaises sont les meilleures d'Europe.
L'adresse a manier ses armes fait toute leur puissance ; le soin qu'on prend d'elles double leur effet.
Ce soin s'étend à la manière de s'en servir et de les entretenir ; il faut donc étudier leur effet, et les causes qui peuvent les dégrader.
Le mousqueton peut être tiré à trois quarts de portée de fusil ; le pistolet doit être tiré de près.
La portée d'unearmeàfeu est due à deux causes, la force de la charge et la propreté du canon.
En guerre, de même qu'il n'y a qu'un calibre, de même il n'y a qu'une cartouche; elle est distribuée indifféremment pour l'usage des fusils de grenadiers, et pour celui des pistolets de cavalerie,
La quantité de poudre que renferme une cartouche est calculée sur les plus longues portées.
Charger un mousqueton comme un fusil de munition serait erreur, parce que le mousqueton est une arme moins solide, plus légère que le fusil, et destinée a tirer de moins loin.
Charger un pistolet comme un mousqueton serait une seconde erreur par les mêmes raisons.
D. Sur quoi faut-il donc calculer la charge?
R. Sur la solidité, la légèreté et la portée de son
arme : la solidité, pour ne pas la détériorer promptement ; la légèreté, pour ne pas rendre ses coups incertains par un trop fort recul ; la portée , pour atteindre le but.
Le mousqueton qui tire à toute distance ne doit employer que les trois quarls de la cartouche; à distance ordinaire les deux tiers ; le pistolet ne doit jamais être chargé que d'une demi-cartouche.
D. Quelle est la meilleure manière d'ajuster avec ùn mousqueton ?
R. Bien épauler; puis couvrir la moitié de l'homme sur lequel on tire avec la partie inférieure du canon ; élever froidement le bout du canon dans la direction de but, et lorsque le point de mire paratt en intermédiaire, appuyer sur la détente avec la seconde jointure du doigt , lentement , sans àcoup, en tenant l'objet visé bien enjoué, et lâcher le coup.
D. Pourquoi appuyez-vous lentement le doigt sur la détente ?
R. Parce que j'ai moins de chances de déranger le coup lorsqu'il part.
D. Pourquoi ajustez-vous de bas en haut et non pas de haut en bas ?
R. Parce que si le coup part avant que le point de mire ne soit tout à fait dans la direction, mon coup étant en ligne , je touche le cheval ou l'homme dans sa partie inférieure, tandis que si le même accident m'arrivait en ajustant du haut en bas , je ne toucherais rien.
D. Pourquoi visez-vous à mi-corps au lieu de viser d la poitrine ?
R. C'est qu'à courtes distances , le coup tend toujours à se relever , et que d'ailleurs , en tirant au milieu du but, j'ai plus de chances d'atteindre.
D. A quelle distance pouvez-vous tirer de but en blanc ?
R. Jusqu'à 90 pas.
DES ARMES EN GUERftE. 61
D. Si V ennemi est plus éloigné, que faites-vous?
R. Je vise plus haut.
Ainsi, à 110 pas, à la poitrine, à 130 id.y aux épaules, à 170 ïd., à la tête, à 195 tdM au pompon de shako.
D. Pour ajuster ne doit-on pas incliner la sous-garde à gauche ?
R. Erreur théorique qu'on répète parce qu'on Pa établie lorsque les armes étaient moins perfectionnées , et que la lenteur du découvrement pouvait faire craindre que la poudre du bassinet ne tombât et ne se perdît avant d'avoir été enflammée. 11 faut, pour tirer utilement , se servir du point de mire en ajustant, et vous ne le pouvez bien faire , si vous inclinez latéralement le canon : tenez donc voire arme droite.
D. Pour le pistolet suivez-vous les mêmes
principes ?
^ R- Oui ; seulement je tiens le bras droit ployé, la crosse à un pied de l'œil , le coude rapproché à gauche et sur la ligne du tir ; je serre sans effort la crosse du pistolet, pour ne pas déranger nerveusement le coup en le lâchant, et je ne tire qu'à très petite portée. Pour le tir du pistolet comme pour celui de la carabine , la ligne verticale est plus à observer que la ligne horizontale.
D. Quels sont les coups de pistolet les plus sûrs?-
U. Ceux qui sont tirés à brûle-pourpoint. Pour ceux-ci il n'y a pas besoin d'ajuster avec le soin que je viens d'indiquer ; mais il ne faut pas que le bout du canon touche l'ennemi , parce que le pistolet pourrait éclater et blesser le tireur.
D. Lorsque vous avez tiré et que vous n'avez fm atteint l'ennemi, pouvez-vous juger de la direction çu'a suivie votre balle , et rectifier votre second coup sur cette connaissance ?
R. Oui ; par le mouvement involontaire que
Digit
fait cet ennemi en tournant la tête du côté où la balle est passée , si c'est h droite, à gauche ou audessus ; si vous avez tiré trop bas , vous en jugerez par la poussière soulevée, ou le mouvement de surprise que fait le cheval.
D. Quel soin devez-vous avoir pour vos armes à feu?
R. Arrivé au bivouac, sî vous le pouvez, démontez leurs canons que vous laverez et sécherez bien ; puis remontez sur le champ vos armes , après avoir essuyé comme il faut les batteries; passez ensuite un linge gras sur toutes les parties en fer.
Ayez toujours une provision de pierres ; si les vôtres sont épuisées, prenez celles des hommes morts ou des prisonniers, ou des armes abandonnées, et ajustez-les avec soin.
Si la ressource d'emprunt ou de prise vous manque, brisez un caillou le mieux possible avec le dos de votre hache, et faites une pierre tant bien que mal. Si vous n'avez pas de feuille de plomb pour la fixer à votre arme, aplatissez une balle sur une pierre avec le dos de votre hache , et faites-en une enveloppe qui remplacera parfaitement celle dont vous manquez.
Toutes les fois que vous tirez, passez l'ongle sur la pierre ; si cela ne suffit pas, battez la bien légèrement avec le gros bout de la baguette; mais songez que ce moyen use rapidement la pierre , et qu'il ne faut l'employer qu'avec modération. Ne battez votre pierre qu'après avoir eu le soin qu'il ne se trouve pas de poudre dessous les étincelles que vous faites jaillir en frappant. Si votre pierre est raccourcie par l'usure rapprochez-la du couvrefeu , afin que dans le tir la pression l'abatte et fasse jaillir l'étincelle en frappant ce couvre feu.
Avant de tirer, essuyez bien le couvre-feu, et visitez votre amorce. Pour qu'elle soit convenable-
mené placée, il faut qu'elle remplisse le bassinet et qu'elle l'arase : si elle est plus forte que la contenance , le couvre feu écrase la poudre et la rend compacte , ce qui retarde l'inflammation.
Si elle est moins forte , elle permet à la poudre mise dans le canon de s'échapper par la lumière , et d'établir une chambre dangereuse dans ce canon.
Joutes les fois que vous allez tirer une arme à feu chargée depuis quelque temps , visitez votre bassinet, et bourrez fia charge de nouveau. Cette précaution est indispensable surtout pour un mousqneion porté au crochet, et dans le canon duquel la balle a pu descendre par le seul fait de sa pesanteur et du mouvement, ainsi que pour un pistolet renversé dans une fonte , par la même raison.
Une excellente précaution en guerre , c'est d'avoir et de mettre dans le canon de son pistolet, lorsqu'il est dans la fonte , un mandrin en bois de la longueur du canon , moins celle de la charge ; votre pistolet chargé peut être alors , sans inconvénient, renversé dans la fonte. Ce mandrin soutient la charge et prévient l'accident indiqué plus haut. Lorsque vous vous servez de votre pistolet , vous laissez le mandrin dans la fonte.
Il est des armes dont l'usure permet au chien de s'abattre au repos. Ne chargez jamais ces armes d'avance, parce que si vous les portiez chargées soit dans la fonte, soit au crochet, un temps de trot, une légère secousse pourraient faire partir le coup* et blesser grièvement vous ou voire cheval.
Souvent un pistolet se perd, soit en vous échappant des mains, soit en sautant de la fonte dans une chute de cheval, etc. Souvent aussi lorsqu'on a manqué son coup, et qu'on veut mettre promptement le sàbre à la main , on cherche ilong-temps en vain l'ouverture de la fontebouchée par la scha-
braque , et l'on s'expose sans défense : il ne faut pas oublier d'attacher la lanière du pistolet.
Si, après avoir tiré son pistolet, il faut rapidement se servir de son sabre, on ne perd pas un temps précieux à chercher l'ouverture de sa fonte, on se borne à jeter son pistolet en arrière de soi à gauche , la lanière entourant notre corps à droite , et le pistolet pendant entre notre porte-manteau et notre cuisse gauche ; le tour que fait la lanière emploie et raccourcit sa longueur, de manière à empêcher le pistolet de traîner à terre , ou de battre dans les jambes du cheval. Nous pouvons alors mettre lestement le sabre à la main.
11 faut toujours avoir sa giberne garnie de cartouches , et pour cela ne pas laisser perdre celles des hommes tués ou blessés.
Il faut souvent visiter sa giberne, avoir le plus grand soin des cartouches qu'elle renferme. Elles se détériorent très facilement, surtout si leur petit nombre leur permet , par le mouvement , de se briser mutuellement. Dès qu'une cartouche se brise, il faut l'entortiller de papier, et se servir d'abord des cartouches qui sont le plus avariées. Une manière de les protéger contre le frottement, lorsqu'elles ne remplissent pas le coffret, c'est de les comprimer par du papier ou du linge qui comblera le vide du coffret.
Lorsqu'on a été exposé h la pluie, il faut visiter la charge de son arme , voir si l'humidité n'a pas pénétre dans le canon, changer son amorce et épingler.
Si l'on a la crainle que la charge soit mouillée, il faut décharger son arme avec un tire-balle , et charger de nouveau.
Le soin constant d'un cavalier doit être de protéger le plus possible ses armes à feu de l'humidité ; ainsi , toutes les fois qu'elles ont été mouilées, qu'il les essuie.
Une bonnè précaution à prendre lorsqu'on ne se bat pas , c'est d'entourer les batteries de ses armes à feu avec un linge gras. Ce linge est contenu, pour le mousqueton, par le couvre platine, et pour le pistolet, il offre par son épaisseur l'avantage de mieux maintenir l'arme dans la fonte , et d'empêcher ainsi qu'elle ne se détériore par le mouvement et le frottement.
D. Comment vous servez-vous du sabre ?
R . Le sabre est l'arme dans laquelle vous devez avoir le plus de confiance, parce qu'il est bien rare qu'elle vous refuse service en se brisant dans vog mains. Ses coups sont d'autant plus sûrs que vous les dirigez plus froidement , et que vous tenez bien votre arme.
Les coups qui tuent sont les coups de pointe; les aulres ne font que blesser. :
Pointez, pointez, le plus que vous pourrez! vous jetterez par terre tous ceux que vous toucherez ; vous démoraliserez l'ennemi échappé à vos coups, et ajouterez à ces avantages, celui de ne point vous découvrir, et d'être toujours à la parade. Dans les premières guerres d'Espagne, nos dragons se firent avec leurs coups de pointe une réputation qui démoralisa les troupes espagnoles et anglaises.
D. Doit- on se servir en guerre de tous les mouvemenfs indiqués dans V ordonnance ?
R. Non ; règle générale, ne cherchez jamais h porter des coups que lorsque votre ennemi est devant vous, ou a votre hauteur ; mais dès qu'il est derrière, parez avec de rapides moulinets.
D. Quel est le coup de tranchant le plus puis~ sant?
R. Celui de revers. Vous ne devez le porter que sur un ennemi que vous dépassez, ou sur un cuirassier , qu'il serait trop chanceux de pointer dan» le flanc.
D. Ou devez-vous le porter?
R. À hauteur de cravate, parce qu'il est dans la nature d'un cavalier menacé de baisser la tête, et qu'ainsi vous le frappez au visage ; si votre coup manque son but, il touche l'épaule etl'avant-bras, et met l'homme hors de combat.
D. Comment faut-il porter ce coup?
R. D'abord en ayant soin de serrer fortement la poignée de votre sabre, pour que la lame ne tourne pas dans votre main, et qu'ainsi elle ne risque pas de frapper du plat, au lieu de porter du tranchant, puis vous sabrez en sciant pour que le coup pénètre plus profondément.
Tout tranchant est une scie plus ou moins fine , qui ne produit son effet qu'en se promenant horizontalement sur l'objet qu'elle attaque. Pour pror duire cet effet à l'instant où vous frappez, ramenez la main en arrière : c'est là tout le secret des teiribles coups de sabre des mamelucks. j
D. Quels soins doit-on avoir en portant des coups de pointe?
R. 1° De bien assurer la main. 2° De bien choisir son but; le flanc est le plus accessible. 3° Si Ton attaque plus haut, de présenter sa lame, le tranchant de côté, de manière à ce qu'elle puisse pénétrer entre les côtes. 4° De porter rapidement le coup à fond, et de retirer aussitôt le coude en arrière , surtout si notre adversaire nous fait face. J'ai vu très souvent des cavaliers se fouler le poignet, et se meiti e hors de service pendant toute une campagne, pour avoir porté un cou de pointe maladroitement: c'est facile à comprendre, puisqu'ils opposaient leur seul avant-bras à l'effort considérable du poids et de l'impulsion d'un cavalier. S'ils avaient retiré le bras en arrière, ils n'auraient pas été blessés, et se seraient retrouvés en mesure, soit de redoubler leur attaque, soit de re^ venir à la parade.
Dès que vous ave? porté un coup de pointe, si
l'ennemi ne se rend pas, appliquez lui le coup de revers : c'est ainsi que Guindet tua le prince de Prusse à Saalfeld.
ù. Comment faut-il affiler son sabre, pour qu'il coupe bien ?
R. Lorsqu'une campagne se décide, Tordre arrive subitement. Chacun s'empresse de se mettre en mesure pendant les quelques heures qui lui sont accordées ; de là le peu de soins apporté à l'affilage des sabres, c'est un grand tort, qu'on reconnaît toujours, lorsqu'il n'y a plus moyen d'y remédier.
Ce n'est pas petite chose que de bien affiler une lame de sabre. Le modèle français porte un bizeau {foule que ne commet pour le sien aucun des peuples dont la cavalerie sait sabrer); plus l'angle de ce biseau est ouvert, moins la lame peut entrer profondément. Si par la manière dont vous l'affilez, vous augmentez ce défaut au lieu de le diminuer, vous rendez le tranchant à peu près inutile : un bâton vaut votre sabre.
Rappelez-vous donc que moins l'angle du biseau sera ouvert, plus voire sabre entrera.
Sous l'empire, la cavalerie ne portait pas de hache, aussi le sabre la remplaçait-il pour tous les travaux du bivouac, de là, lame et tranchant vite en mauvais état; mais les cavaliers qui savaient leur affaire corrigeaient cet abus qu'ils étaient obligés de commettre, 1° en ne se servant pour couper du bois, dés piquets, etc., que de la partie inférieure de la lame , et conservant le plus intact possible la supérieure pour le combat : 2° en portant toujours sur eux une petite lime très douce qui leur servait à aftilcr la lame lorsque son tranchant se perdait.
Je vous conseille l'usage de cette lime ou d'une pierre à faux ; et quand vous vous servirez de l'une ou de l'autre, promenez-la toujours sur la
lame du bas en haut, en prenant la garde pour base, et de façon à ce que les dents imperceptibles de votre scie regardent en bas.
Deux choses contribuent puissamment à perdre vite le fil d'une lame. La première est la négligence avec laquelle on remet celte lame dans le fourreau, ou dont on l'en retire. La seconde est le ballottement et le frottement de cette même lame dans le fourreau, une fois qu'elle y est placée. Pour détruire la première de ces causes, ne jetez pas, pour ainsi dire, votre lame dans son fourreau, mais descendez Py doucement , en ayant soin d'éviter tout frottement du tranchant.
Pour détruire la seconde , que le fût de bois qui garnit l'intérieur du fourreau, et y protège la lame, soit bienfait, ne joue pas, et comprime cette lame, de manière à l'empêcher de vaciller.
Une des raisons destructrices des lames de sabre est l'humidité. Gardez-vous de remettre votre lame dans son fourreau sans l'avoir essuyée ; non-seulement la pluie, le sang, le brouillard peuvent être causes de rouille, mais même l'humidité h moins sensible de l'air s'attache à son corps poli, et se fixe dans ses pores. Si vousja rentrez mouillée elle communique son humidité au fourreau , que vous avezensuite beaucoup de peine a sécher. Une bonne précaution en guerre c'est de tenir toujours sa lame grasse.
Si, à la suite de fortes pluies, de l'eau s'est introduite dans le fourreau , et, descendue dans le fond, est Cause permanente de rouille pour la pointe du sabre, ôtez le fût, mettez le fourreau vide au soleil ou près d'un feu ; si c'est près d'un feu, ne le chauffez pas de manière à ce que sa soudure se fonde, mais continuez lentement votre opération, jusqu'à ce que vous ayez évaporé l'humidité. Si ces moyens sont insuffisants, passez lestement,
et à plusieurs reprises le fourreau dans la cendre chaude*
Souvent un cavalier à pied, qui a le sabre & la main, en pose la pointe à terre ; il en résulte nécessairement rouille et perte delà pointe, aussi ne doit-il plus compter sur elle le jour d'une affaire.
Souvent un cavalier au bivouac fait griller un morceau de viande au bout de son sabre ; qu'en! résulte-t-il? qu'il perd la trempe de sa lame, et ne peut plus se lier à elle pour sa défense.
Règle générale : ayez soin de la lame de votre salure comme de celle de voire rasoir.
D. La lance est-elle une arme bien puissante?
R. La lance est l'arme blanche dont l'effet moral est le plus puissant, et dont les coupssont les plus meurtriers.
D. Doit-on, en guerre, faire usage de sa lance comme l'indique l'ordonnance ?
R. Non. Règle générale, le cavalier peut être considéré comme le centre d'un cercle dont la pointe de ses armes décrit la circonférence. Le lancier ne doit jamais pointer que sur la demi-circonférence qui lui fait face ; les alentours pares doivent couvrir l'autre moitié du cercle.
D. Pourquoi ?
R. Les pointez ne sont sûrs qu'autant que les ongles sont en dessus, et que l'avant-bras et le corps appuient la direction de l'arme. Quand ces deux conditions indispensables n'existent pas, il ne faut pas risquer des coups de pointe que l'ennemi parerait trop.facilement^et qui vous feraient désarmer ; le moindre défaut de ces coups hasardés serait l'inutilité, et eu guerre inutilité est sy; nonyme d'ignorance et de danger.
D. Quels sont donc les coups auxquels vous réélisez l'usage en guerre ?
R. En avant, à droite, à gauche, pointez ; d
droite et à gauche, contre l'infanterie, pointez ; à droite, à gauche et alentour-parez.
D. Mais si des cavaliers ennemis vous suivent et vous serrent de près ?
R. Il faut vous servir contre eux des à-droite, àgauche ou alentour-par ex , qui deviennent puissamment offensifs, lorsque vous les employez bien.
En effet, le coup ne peut manquer d'atteindre l'homme ou la téte du cheval, et le poids de l'arme doublant la force de son impulsion, renverse immédiatement l'homme, ou arrête^court le cheval frappé. J'en ai vu cent exemples, et je puis citer, entreautres, celui de l'intrépide capitaine Bro (aujourd'hui colonel du lerlanciers), qui près iVEylau, dans une charge que nous fimes sur les cosaques, se croyait déjà maître de l'un d'eux, qu'il avait pris par sa gauche, et qui tenait sa lance en avant à droite, lorsque celui-ci, se levant sûr les étriers, et exécutant un rapide mouvement alentour-parez, \t\&\t capitaine à terre; son cheval fut pris, et il l'aurait été lui-même, sans une charge courageuse et fort habile qu'exécuta le chef d'escadron Hulot, commandant alors lè 7e de chasseurs; je vis panser le capitaine, il avait l'épaule coupée comme d'un coup de sabre.
Les parades doivent toujours être faites vigoureusement , et par des mouvements d'avant-bras, parce que si le corps y prenait trop de part, il se déplacerait et ferait tourner la selle. La science pour, les parades offensives ou défensives, est de calculer le temps que met la lance à parcourir la portion du cercle qu'elle décrit.
J'ai vu de vieux cosaques chargés par de nos cavaliers à armes courtes, leur faire face et les attendre de pied ferme , non pas la pointe en avant, parce qu'ils jugeaient à la détermination de l'attaque que leurs coups de poiute pourraient être parés, et qu'une fois serrés ils seraient perdus ,
DIS ARMES EN GUERRE. 7i
mais la lance en avant à droite, comme dans le premier mouvement d'à gauche parex , puis ripostant à l'attaque en parant à gauche, détourner l'attaquant par ce mouvement, et voltant à gauche, se trouver naturellement prendre à leur tour l'offensive en suivant leur ennemi par sa gauche.
D, Comment donnez-vous les coups de lance en guerre?
R. Je le répète, il faut toujours tenir sa lance, à pleine main et serrée, les ongles en dessus, et ne jamais hasarder un mouvement qui nécessite les ongles en dessous, parce que le poids de l arme, à la moindre parade de l'ennemi, peut vous la faire échapper. L'ordonnance n'appuie pas assez sur les détails de ce mouvement; forcez donc la posi* lion en quarte de la main.
Il faut aussi que la hampe sente toujours le corps et Pavant-bras; les coups seront bien plus sûrs de direction, et bien mieux appuyés de force.
H faut encore raccourcir vos mouvements- ils y gagneront de la vitesse et de la sûreté. Porter le bras très en arrière pour donner ensuite un coup en avant, est inutile et dangereux; votre coup a toujours assez d'élan, de force et de longueur pour traverser un homme.
D. Vous interdisez donc tout mouvement d'en arrière à droite lancez?
R. Je le conseille dans un seul cas, celui d'un mouvement géuéral de retraite devant l'ennemi ou si une troupe faisant face, était entourée; alors la lance croisée en arrière par le second rang comme enavant parle premier, produirait un effet utile.
11 faut en campagne qu'un officier passe souvent la revue des lances, et qu'il exige qu'elles soient bien affilées et graissées : les coups d'une lance en état sont presque tous mortels, lorsqu'ils ^ont dinges au corps.
J'ai vu des cavaliers de notre armée recevoir jusqu'à vingt-deux coups de lance des cosaques, sans pour cela en mourir, ni même discontinuer de servir,
D. A quoi cela tenait-il?
R. A la mauvaise qualité des armes de ces cosaques ; au peu de soin qu'on en avait pris , et surtout à une cause qu'il est bon d'expliquer.
Les lances des cosaques qui se battaient contre nous n'étaient ferrées que d'un seul bout; le cavalier, lorsqu'il mettait pied à terre, pour ne pas laisser son arme couchée sur le sol, la piquait la pointe en bas, et émoussait cette .pointe. Ainsi rappelez- vous que sous aucun prétexte il ne vous est permis de piquer votre lance en terre par sa pointe, et qu'il vaut mieux cent fois la laisser couchée, que de la placer perpendiculairement à ce prix.
La lance française a besoin d'être perfectionnée; le bois de frêne dont se compose sa hampe est trop lourd, ce qui retarde les mouvements du maniement, etblesse les chevaux au garrot lorsque l'arme est à la botte. Ce bois ne rachète pas ce désavantage par sa solidité; car taillé dans un billot, et le fil du bois des hampes se trouvant interrompu, la lance casse facilement, de manière à ne pouvoir être racommodée. Un autre défaut, c'est la trop grande dimension des flammes, qui, offrant au vent trop de prise, courbe promptement les hampes, ce qui' ôte de la sûreté à la direction des coups, de la vitesse et de la légèreté au maniement, et, dans les colonnes de marche, fatigue inutilement le cheval et le bras de l'homme par la constance de sa pression retardative.
Pour obvier à ces inconvénients, il faut dans les colonnes de route supprimer les flammes, et ne les attacher que lorsqu'il est urgent d'être reconnu de ses amis et de ses ennemis; mettre la lance alter-
Hâtivement à la botte gauche comme à la botte droite, et même souvent dégager tout à fait l'arme de ces boites, et la faire porter par l'homme.
Le manteau roulé peut être considéré comme arme défensive.
L'habitude de rouler les manteaux et de les croiser sur la poitrine un jour d'affaire, procure trois avantages. Le premier, de débarrasser l'ouverture des fontes: le second, de permettre à la main de la bride d'être plus près de l'encolure, ce qui facilite la conduite du cheval, le troisième enfin, de garantir le cavalier. Mais il faut que le cavalier ait deux soins : d'abord de rouler et croiser son manteau de manière à ce qu'il ne le gêne pas , et en* suite, dans une charge, de prendre garde d'être saisi par son manteau, car il courrait risque d'être renversé de cheval et fait prisonnier.
11 y a honte à perdre ses armes; néanmoins il est un cas où il est permis à un lancier d'abandonner sa lance, c'est celui où il en traverse le corps d'un ennemi. J'ai vu plusieurs fois des coups de lance si bien appliqués, que l'arme prise entre deux côtes , après avoir traversé l'omoplate, était presque impossible à retirer; le mourant, crispé par la douleur, emporté par son cheval, entraînait et la lance et le lancier, qui cherchait vainement à la dégager.
À Reichenbach, le plus brave lancier du régiment fut tué dans cette position, malgré mes ordres, mais par un entêtement d'honneur mal compris. J'eus beau lui crier : Ta lance est payée! il ne me crut pas, et coupé des siens, il périt accablé par le nombre.
Près de Lille, un jeune vélite du même régiment se trouva dans la même position; je lui fis abandonner son arme; le Prussien qu'il avait traversé alla tomber à cinquante pas de là ; nous reprîmes le terrain que nous avions cédé quelques
Digitiz
instants, et le vélite ayant mis pied à terre pour dégager son arme, ne put y parvenir qu'en la faisant sorlir avec soin dans la même direction qu'elle était entrée.
A Waterloo, lorsque nous chargeâmes les carrés anglais, un de nos lanciers ne pouvant enfoncer le rempart de baïonnettes qu'ils nous opposaient, se leva sur ses éiriers et lança son arme comme un Djérid; la lauce traversa un fantassin dont la mort nous aurait ouvert passage, si ce créneau n'avait été vite bouché. C'était une lance honorablement perdue !
D. Lorsqu'on prend de? armes à l'ennemi, qu'en fait-on?
R. Si l'on a besoin d'elles, on les conserve, et dans ce cas, on les (ail transpoi ter sur les derrières, si on n'en a pas besoin, on les brise.
D. Comment brise-t-<>n vn sabre?
R. Eu plaçant la lame horizontalement à faux sur deux pierres, les extrémités posant sur chacune d'elles, et en jetant une lourde masse sur le milieu qui n'est pas soutenu ; on prend garde k ce que les deux morceaux, eu se séparant, ne sautent et ne vous blessent.
D. Et un fourreau?
R. De la même manière, on ne le brise pas lo\h jours par ce seul moyen, mais on le met hors d'état de service.
D. Un fusil?
R. On jette l'amorce, on abat le chien» puis on le prend par le bout du canon et Ton frappe fortemeut h faux la crosse à terre ; la crosse se brise à la poiguée. Les soldais appellent cela faire un jambon.
D. Pourquoi jetez-vous l'amorce ?
R. Parce que la secousse pourrait Taire abattre 1* chien, partir le coup, et blesser celui qui brise l'arme*
Mais pourquoi, l'amorce jetée, abattez-vous le chien ?
R. Parce que les lumières des fusils de troupes, el surtout des iroupes étrangères, sont très larges, et que la poudre s'échappant par cette ouverture et tombant dans le bassinet, si le chien s'abattait par la secousse, le feu pourrait prendre, le coup partir et blesser celui qui brise l'arme.
Pour rendre plus complète encore la destruction des armes, on peut jeter les pièces brisées dans l'eau, s'il s'en trouve près du champ de bataille.
D. Et comment détruit-on les poudres ?
R. En les jetant dans l'eau, en les éparpillant sur terre, de manière h ce qu'on ne puisse plus les réunir; ou en y mettant le feu. Pour l'emploi de ce dernier moyen, il foui avoir le soin de défaire les paquets de telle nature qu'ils soient, afin que ces poudres ne puissent faire explosion. Il ne faut détruire des obus chargés qu'en les jetant dans l'eau.
Quelquefois on vous raconte que tel soldat, tel officier a été décoré sur le champ de bataille pour avoir arraché la mèche fumante d'une bombe, d'un obus, et des livres aussi véridîques que les victoires et conquêtes répètent de sernblablesbalivernes r gardez-vous de croire à ces niaiseries, et de vous exposer dans une entreprise semblable, vous n'y trouveriez que la mort pour prix de votre inutile courage. La miche tfan projectile est toujours consumée quand ce projectile arrive à vous. Ce qui brûle, c'est la fusée, qui, fixée à coups de maillet, est iuan achable.
De la Discipline.
D. Qu'est-ce que la discipline ?
R. L'âme des armées! sans discipline, pas d'ar-
mée.
to.Quel est le mobile de la discipline en guerre? R. L'honneur.
D. Comment le stimulez-vous ?
R. Par l'approbation, et par le blâme.
D. Le blâme suffit-il?
R. Oui, souvent, parce qu'il est public, et qu'il frappe sur des âmes ennoblies par la gravité de la position.
D. S'il ne suffit pas?
R. Alors vous infligez des punitions plus sévères qu'en paix.
D. Pourquoi cette différence ?
R. C'est que les foutes commises en guerre sont autres que celles que l'on peut commettre en garnison.
Qu'elles ont une autre importance.
Que les hommes qui se rendent coupables, s'ils ne sont pas ramenés par un sentiment d'honneur, sont moins intéressants que partout ailleurs.
Que les punitions à infliger sont moins nombreu ses et moins graduées,
Et que plus les torts peuvent avoir de graves conséquences, plus il faut que les exemples qu'on en fait soient frappants.
En paix, vous n'avez pas a punir l'abandon d'un poste, la cruauté, la lâcheté, etc., et vous avez, pour les fautes qui se commettent, la répression
graduée par la consigne, la salle de police, la prison, le cachot, les compagnies de discipline, etc.*, aux avant-postes, rien de tout cela ne peut exister. 11 faut donc, tout en se relâchant de la susceptibilité disciplinaire de garnison pour les fautes peu graves, frapper fort lorsqu'on est obligé de punir.
D. Comment graduez-vous les punitions à infliger en guerre ?
R. La réprimande en particulier.
Puis devant la troupe.
Les corvées.
Mise a la garde du camp.
Mise à pied pour un ou plusieurs jours, et conduite à Pavant-garde.
Démonter le cavalier et l'envoyer sur les derrières.
Le faire chasser par ses pairs, et le remettre à la justice du grand prévôt.
Ces deux dernières punitions nè doivent être infligées qu'à l'incorrigibilité, à la révolte ou à la lâcheté.
D. El les récompensés ?
R. Les récompenses sont une force disciplinaire bien plus puissante encore que les punitions. Plus une guerre se prolonge, plus cette force s'accroît, parce que la fatigue vous ayant débarrassé, d'anord, des mauvais soldats qui saisissent les premiers prétextes pour se retirer, puis des médiocres à fibre molle, il ne vous reste plus que l'élite de 'vos rangs, que l'honneur conduit mieux que la crainte.
D. Quelle gradation établissez-vous dans les récompenses ?
R. Un mot flatteur dit devant le régiment. Des marques d'estime répétées dans l'occasion. Le choix pour une mission de confiance, dans
78 DE LÀ DrSCÏTLmB.
Une approbation taise à Tordre du régiment.
Un brave se trouve-t-il démonté ; un cheval estil vacant , vous le lui donnez de préférence à tout autre.
Le jour d'une revue vous faites sortir ce cavalier du rang , et le présentez au général. Un grade.
Une proposition d'admission dans la légion d'honneur.
La sévérité des lois de la discipline militaire doit être relative d'abord, dans l'ensemble, à l'esprit des peuples qu'elles régissent, et dans le détail , aux caractères des provinces qui fournissent votre recrutement; aux caractères dissemblables des hommes que vous commandez, et au <J< gré de bien-être ou de privation dans lequel l'armée se trouve.
L'application de ces lois est peut-être le fait qui nécessite le plus d'esprit d'observation de la part du chef. Traiter un Français comme un Hollandais, punir tel homme comme tel autre, est ignorance ou paresse de la part de l'autorité, et ne la conduit nullement à atteindre le but utile.
Dans beaucoup de cas , l'application des lois militaires doit être faite plutôt par la conscience éclairée d'un juré , que par la rude sévérité d'un juge.
La discipline n'est pas un fait; mais un moyen: punir n'est pas son but, puisque la récompense lui appartient aussi ; son but n'est pas l'application, mais l'exécution de la loi. Pour l'amener là, il faut, dans le chef, qu'un esprit constant d'observation inodilie la sécheresse de la lettre , tout en se joignant à la fermeté de l'exécution.
La base de toute discipline est l'étude et la connaissance des hommes sous nos ordres. Tout bon officier ou sous-officier doit savoir fairede mémoire l'appel de son escadron, et donner l'historique
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détaillé de h vie militaire de chacun de ses hommes.
D. Comment appliquez-vous les punitions ?
R. 11 faut , surtout eu guerre, que les fautes soient prises sur le fait , et que leur punition soit instantanée comme elles. C'est ainsi que l'exent* pie frappe le soldat, et que vous évitez les réflexions, les discours, compagnons ordinaires de l'insubordination , qni dégénère bientôt en révolte, si vous ne l'arrêtez brutalement à sa naissance.
Ce qn'il faut avant tout punir, c'est la mauvaise volonté : dès qu'elle paraît , brisez-la comme un verre.
Tels peu nombreux que soient les hommes que vous commandez, il y a parmi eux des meneurs. Les uns vont droit dans la bonne roule, les autres y tournent le dos. Éludiez constamment les uns et les autres ; jugez leur influence : dès que l'occasion se présentera, récompensez les uns, car ce sont des modèles précieux, et traitez sans indulgence, et hautement les autres, car ce sont des pestes désorgauisatrices. Ainsi vous priverez ceuxci de l'influence morale qu'ils exercent, et s'ils bougent encore, vous n'aurez plus à faire qu'à eux seuls , au lieu d'avoir affaire à toute une association.
Je le répète , une manière qui ne manque jamais sou elfet, et qui a d'autant plus de puissance qu'elle est employée par un olficier d'un grade plus élevé, c'est d'avoir dans sa mémoire le contrôle nominatif de ses hommes, d'appeler chaque soldat par son nom , et de lui prouver publiquement et par quelques mots , qu'on le connaît , qu'on ne le perd pas de vue.
Tel grade que vous ayez, ne vous permettez jamais de relever une punition infligée par un de vos subordonnés à l'un des siens; il y va de la dis-
cipline. Si vous trouvez la punition injuste , ou trop forte , faites venir chez vous celui qui Ta infligée, et seul avec lui , dites-lui de la relever.
En France, le soldat a moins besoin de liberté que de cette justice qui est égale pour tous , et qui ne laisse pencher la balance que pour le vrai mérite. Que le soldat souffre comme ses camarades , il ne se plaint pas ; qu'il soit un peu moins heureux qu'eux dans le bonheur, il crie h l'injustice ; cette disposition doit déterminer la manière d'être de ses chefs avec lui.
Si le principe d'égalité ne peut être admis par la discipline , il faut au moins, que les prérogatives du commandement n'envahissent pas au delà de ce qui leur revient. En campagne, qu'il y ait égalité pour les privations, les souffrances, comme elle existe pour la mort.
11 ne faut pas que l'officier porte son manteau, quand le soldat n'a pas reçu ordre de mettre le sien ; qu'il se chauffe dans une maison, quand le soldat a défense d'y entrer.
Qu'il accapare pour lui seul, pour ses chevaux, une grange qui pourrait abriter ses hommes.
Qu'il s'arroge une forte part dans les distributions faites au bivouac, quand le cavalier reçoit à peine le nécessaire.
Il faut qu'en toute circonstance il s'élance au secours de ses cavaliers, soit que l'ennemi les attaque , soit qu'un officier d'un autre régiment de l'armée les insulte ou les maltraite sans raison , soit que des distributions accordées par le général ne leur soient pas faites.
Il doit protéger les blessés, les malades, en toutes circonstances { enfin, il doit donner la preuve qu'il est digne de ses épaulettes.
Partagez avec le soldat, il partagera avec vous, et vous ne serez pas dupe dans ce marché; vous verrez , un jour où tout vous manquera , combien
ce \ieux soldat sera fier, sera heureux de vous offrir son pain et sa vie.
Gardez-vous de croire cependant que , pour posséder TafTection de vos cavaliers, il faille être faible avec eux, vous vous tromperiez complètement. J'ai connu des officiers chéris du soldat, je les ai étudiés pour ma propre instruction ; ils étaient justes , très fermes, indépendants des coteries subordonnées qui tentent toujours d'accaparer un commandant; sur le champ de bataille, ils étaient d'une grande bravoure, et, au bivouac, ils étaient vigilants, durs à eux-mêmes comme aux autres , généreux de ce qu'ils avaient, et ils parlaient la langue du soldat ; c'étaient là tout le secret de leur puissance absolue , du séidisme qu'ils inspiraient. La discipline sous eux était instinctive , personne jamais ne se serait avisé d'enfreindre ses lois, et si le hasard produisait un exemple d'indifférence à ses devoirs, la justice des camarades épargnait de punir k celle du chef. Sous un homme de cette trempe , tout est facile , un régiment est une famille, et cette famille fait des prodiges.
D. Qu'est-ce qui donne le plus d'empire aux lois de la discipline ? R. Le respect qu'inspire le chef.
D. Qu'est-ce qui donne le plus de facilité à leur application ?
R. La subordination.
D. Qu'est-ce qui assure la subordination? R. La connaissance intime de la hiérarchie des pouvoirs.
D. Qu'est-ce qui assure aux ordres leur utile •puissance ?
R. D'abord le ton ferme et bref avec lequel on les donne , puis l'inflexibilité pour leur exécution. Des ordres ainsi donnés et appuyés, sont toujours, et promptement obéis.
Our. vroduit la discipline bien entendue ?
M m %k mscrpLmi.
R. L'unité et la promptitude d'action»
D. Que produit l'unité d'action ?
R. L'Esprit de corps, qu'on pourrait appeler plus justement en guerre, Vdme de corps.
D. En guerre doit on obéir aux ordres qui vous sont d'innés par tous tes officiers qui vous sont supérieurs en grade P
R, On doit être très respectueux pour tout officier, dételle arme qu'il soit, qui nous est supérieur en grade, mais on ne doit obéir qu'aux ordres qui nous sont donnés par nos chefs directs , soit que ces chefs appartiennent à notre corps, soit que, lorsqu'ils n'y appartiennent pas, nos officiers nous les aient fait reconnaître.
D. Quelles sont les punitions à infliger à un officier.
R. Un avertissement particulier.
Une réprimande publique.
Les arrêts simples, qui consistent à marcher a la queue de son escadron , et à être privé momentanément de commandement.
Les arrêts forcés, qui consistent à être privé du commandement, à rendre son sabre , à être mis à la garde du camp, et lorsque le régiment est en route, à marcher devant les trompettes.
Pais mis à l'ordre du régiment, de la brigade , etc.
Renvoi sur les derrières.
Renvoi à la justice militaire.
Renvoi du régiment par ses pairs.
D. Faut-il qu'un chef de corps fasse usage de toutes ces punitions contre ses officiers ?
R. Le chef d'un régiment, dans lequel on est obligé d'en faire usage, est le premier coupable, et surtout punissable ; il dépend de lui d'éviter les fautes aux officiers, en montant, dès le début, le diapason de leur honorable susceptibilité, de leur dignité personnelle, k la hauteur de leur position.
S'il se trouvait, par le plus extraordinaire des hasards, parmi les officiers, un homme qui fût sourd à cette loi de conscience , qui ne comprît p;is le langage noblement paternel de son chef, il faudrait ne pas hésiter à l'exclure des rangs de guerre^ soit en l'envoyant commander un périt dépôt sur les derrières , soit en le livrant à la justice de ses pairs, dont les arrêts unanimes, toujours justes , sont toujours ratifiés par l'autorité supérieure.
D. Vous reconnai>sez donc au corps d'officiers, au corps de sous-officiers, des brigadiers, des *o/dats, le droit de juger un de ses membres?
R. Je reconnais à tout corps dont le seul mobile est l'honneur, le droit de le conserver intact, et de chasser de ses rangs l'un de ses membres qui le compromet. Seulement j'exige que ces arrêts soient unanimes. Le tribunal de tous est infaillible. C'est une seconde conscience. /
SI DE i/ÉTUDE t)ES TERRAINS.
De l'Étude des Terrains.