‹ Avant-postes de cavalerie légèreChapitre 23 sur 143 · DES GRAND'GARDES, ETC · texte numérisé non relu

DES GRAND'GARDES, ETC

D« Quand le fait il ?

R. Après avoir bien reconnu le terrain, et pris ar lui tous les renseignements supérieurs qu'il eut recueillir.

D. Comment établit-on les forces d'une grand7 arde ?

R. Par le nombre des vedettes ; en calculant [uatre hommes pour chaque vedette à placer. (L. t. À.)

D. Comment forme-t-on une grand' garde?

R. Arrivée sur le terrain où elle doit s'établir, 'avant-garde étant à cheval, les hommes commandés de grand'garde sortent du rang, et se mettent en avant de la ligne de bataille faisant face à l'ennemi. Les officiers désignés pour les commander les font rompre, et marchent sous la direction du commandant de l'avant-garde, qui a déjà reconnu le terrain. Arrivés sur le lieu où la grand'garde doit prendre position, ils se forment en bataille et s'arrêtent. On désigne alors les hommes qui doivent faire partie des petits postes; ils sortent du rang et se forment en avant de la grand'garde faisant face h l'ennemi. Les brigadiers ou cavaliers de première classe commandants particuliers de chacun des petits postes de quatre hommes, sortent du rang, et reconnaissent les hommes qui vont être mis sous leurs ordres. Ce travail préparatoire exécuté, les petits postes réunis se mettent en marche sous les ordres des commandants de la grand'garde, et sous la direction du commandant d'avant-garde, ou de l'officier désigné par lui à cet effet ; cetjofficier se porte sur le point central de la ligne des petits postes qui va être établie et s'arrête. Le poste central est placé le

(L. R. À.) Toutes les fois que je trouve l'occasion de me servir des propres paroles de M. de La lloche- Aymon, je tf ai garde d'y manquer.

144 DES GRAKD'GAftDES, ETC.

premier, ainsi que la vedette qu'il fournit; puis, te postes qui doivent garnir la ligne sur une des ailes partent ensemble , et sont placés successivement, ainsi que leurs vedettes.

Ce travail exécuté, le commandant de l'avantgarde, toujours accompagné de celui de la grand jçarde, retourne au point central en vérifiant la ligne de vedettes qu'il vient de tracer, et la rectifie s'il y a lieu ; puis il complète la ligne, en faisant pour la seconde partie de ses petits postes ce qu'il a fait pour la première.

D. ÎNf'a-t-U pas un soin en plaçant les vedettes?

R. Oui, c'est de donner au commandant de la grand' garde les notions topogmphiques qu'il a recueillies sur le terrain, et de lui communiquer ses prévisions sur les tentatives de l'ennemi, afin que ce commandant soit éclairé sur les points qu'il doit plus spécialement surveiller. 11 joint h ces détails les ordres qu'il croit devoir être exécutés, si telles ou telles circonstances se présentent.

D. Que fait le commandant de la grand' garde de retour d son poste?

R. Il fait mettre pied à terre à ses hommes, puis il règle le service des rondes. Il ordonne aux officiers ou sous-olficiers qui en seront chargés, d'aller reconnaître la ligne des postes et des vedettes.

Ensuite, il accompagne le commandant de l'avant-garde, qui lui indique la ligne de nuit qu'occupera sa grand'garde, et lui donne les ordres nécessaires pour la direction que devra prendre sa retraite dans certains cas. Il accompagne cet officier jusqu'au piquet , dont il reconnaît la position. Eo revenant à son poste, il examine bien de nouveau le terrain qu'il parcourt, afin or dans le cas où sa grand'garde serait attaquée, il puisse la ramener de nuit comme de jour, en se servant des avantages que présente la configuration du terrain, de tel côté que vienqç l'attaque, et que sa retraite m

des grànd'gardes, etc, 145

soit pas embarrassée par les obstacles de ce même terrain.

D. Arrivé à la grand9 garde , que fait cet offi- F cier ?

R. II donne le mot d'ordre, qui est communiqué aux petits postes; il passe l'inspection des armes, reçoit le fourrage que lui envoie le piquet ou le r régiment; fait débrider et manger la moitié de ses . chevaux, en ordonnant que les cavaliers soient ! toujours à leurs chevaux, et qu'ils ne dépaquètent t pas. Il visite souvent ses petits postes et ses vedettes, en dehors de la ligne desquels il se porte i souvent aussi pour mieux juger de la facilité que r- l'ennemi pourrait avoir à les surprendre. 11 exige ; que ses vedettes le reconnaissent toutes les Ibis b qu'il arrive à leur portée ; puis il les interroge pour : s'assurer qu'elles suivent bien leur consigne, et p visite leurs armes, pour être sûr qu'elles ne ratei ront pas. Il renouvelle ces tournées d'autant plus i souvent que l'ennemi est plus près; que ses cavaliers sont moins habiles, plus fatigués, et que le I temps est plus mauvais.

II permet à la grand'garde et aux vedettes de i mettre les manteaux ; mais il défend que celles-ci [ en relèvent les collets, ce qui les empêcherait î d'entendre.

\ Lorsque le temps est trop rigoureux, il raccour-

t cit la durée des factions.

i Si l'ennemi exécute des mouvements, il en prévient de suite son commandant. Si le mouvement

i est important, il envoie un officier ou sous-officier intelligent, pour l'expliquer convenablement. Si ses vedettes font feu, il fait brider et monter

i à cheval, et il se porte de sa personne au feu.

i S'il est attaqué, il se replie en ordre, en tirail-

» lant, et exécute ce qui est prescrit au chapitre

i Arrière-gardes.

Si des rondes viennent à passer, il Jes reconnaît

Hi DES ^i^À»^8, fct*.

fùi-méiïè. II ïaîf sortir dës^ô'Ù» tfùl irëttt fcéS postes .entre çux. Ces patrouilles, prises sur là môîtié bridée dè ses tfitevaitii', sôht doutant plus fréquentes, que les petits postes et les vedèttfes surit plus éloignés les uns des autres.

Toutes les lois qu'il s'éloigne de sa ghmd'garde, il laisse le commandement provisoire à l'officier le plus élevé en gradé, auquel il dotttfe des instructions très circonstanciées.

D. Une grand garde doit-elle avoir un feu?

R. Quelquefois ; mais il faut qu'il n'éclaire pas trop, et que sa place soit choisie de manière à ce que rertnemi l'aperçoive le moins. possible.

D. tyu'ebt-ée qu'un petit poste?

R. tâ jgrànd'garde de la grand'garidé.

K Qjuefdil tin ctirhïhàndànt dè pètit poste? . X Lè commandant d'Un petit poste place ùn« vedette, lui donne le mot d'ordre, les signaux çoiivérius et la consigne. Pdls il fecôntoaiît avec soin lies difficultés du tèrràin qtii l'embure, et les obstacles, ou les facilités qu'elles offriraient, en cas nhfa'4itâ, a sa teli-âitfe tttflëinent combinée sut la râhd'gàrde. Il à éortôtatriïWent TîàÊriï 41M sa vedette, i kiti tièïttk qfài fîàvÔtèineht , iiûsl que but là ligne en avant du point confié à sa garde.

ftès i^iie sa vedette fait un signe qu'il tie cotaprend pas, il monte à cheval, et và fcn reconnaître là Çatree. Si cette causé est sérieusè, il fait monter ;i cheval son petit poste, et envoie prévenir la

ËyÉi ffî^e- ^ ,a cause est légère, il rassure, réprimande la vedette, et fait signe au petit poste de rfiéttrè pied à terre, afin que ce riiouvement qui dénoté de la tranquillité, ràssure la grâfid garde.

Si l'a vedette fuit feu, le petit poste monte aussitôt à cheval. Toutes les fois que le chef d'un

Eetit poste s'éloigne, il doit rester en vuf; de ses ottittiès, et convenir avec eux de signes qui les

Googl

dbs M^im etc. |« fassent ou monter à cheval, pu mettre pie<$ à

terre.

Si, plongeant sur le terrain en avant de sa ye-? jleite, il s'aperçoit de mouvements qui échappent au regard de cette vedette, il doit' les lui faifé Remarquer, soit par signes , soit en allant l'en prévenir, et la réprirpander vertement de son inattention.

H doit souvent inspecter les armes de ses hommes, surtout de celui mis en vedette. 1 n ' Le repos et le sommeil sont interdits a tout commandant de grand'garde et de petit poste.

A la pointe du jour, et à l'entrée de la nuit, leur surveillance doit doubler, parce que c'est, en général, l'heure des attaques. Ils doivent tout voir par leurs yeux, et défendre leurs hommes de terreurs paniques, qui se propagent facilement, mettent inutilement sur pied toute une armée, et déconsidèrent l'officier commandant le poste d'o£ elles sont parties. ' J

Pendant tout le temps que les reconnaissances sont sorties, les postes doivent rester bridés. 1

D. Un petit poste doit-il faire du feu ? \ R. Non, à moins d'une permission spéciale. \ D. Doit-il débrider? f° •

R. Jamais.

D. Qu'est-ce qu'une vedette?

ft. C'est le factionnaire â cheval placé le plu» près de l'ennemi. <

D. Quel est son devoir?

P. De surveiller avec la plus grande attention les mouvements dé l'ennemi , si cet ennemi est à portée de son regard; de prêter l'oreille au moindre bruit, l'œil au moindre incident qui peut intéresser la garde du détachement auquel il appartient; de signaler au poste ce qui lui paraît

menaçant , d'avertir de l'attaque par un coup de j?eu > '(y îrcWmq fini ifr y^uv im

1W DES GRÀND'GÀftDBS, etc.

D. Quelle est la meilleure position à choisir pour placer une vedette?

R. Celle de laquelle elle peut tout voir, sans être aperçue: ainsi, un pan de muraille, un bouquet de bois, une baie, un fossé un peu profond, sont favorables pour masquer une vedette; il faut bien se garder de négliger de s'en servir pour cet emploi.

D. Si le point duquel la vedette peut le mieux voir, se trouve sur\ une ; élévation tout à fait nuey que faut-il faire?

R. Choisir remplacement de la vedette un peu en arrière du sommet, de manière à ce que la ligne du sommet la couvre le plus possible, sans pour cela l'empêcher de bien voir.

D. Si c'est un lancier qui est en vedette, et pouvant avec un peu de soins se dérober à la vue de l'ennemi> que doit-il faire?

R. Descendre sa lance, ou enlever la flamme pour qu'elle ne trahisse pas sa présence.

D. Si le terrain sur lequel est tracée la ligne des avant-postes se trouve onduleuœ, doit-on placer aussi des vedettes dans des fonds ?

R. On doit placer des vedettes partout où Ton doit craindre rapproche de l'ennemi. Ainsi telle vedette est sur la hauteur pour observer la plaine, telle autre est au bas d'une montagne pour observer une gorge, un bois, un chemin creux, un gué, et pour protéger la vedette, qui, sur la hauteur, pourrait être tournée sans s'en apercevoir.

D. Qu'observez-vous encore dans le choix des postes des vedettes ?

R. Vous avez soin cpie la vedette que vous posez dans un fond, puisse le plus possible apercevoir une ou deux de celles qui sont sur la même ligne qu'elle, afin d'être averti par elles du danger qu'elle pourrait courir, dans le cas d'un mouvement de l'ennemi.

DES grand'gardes, etc. 149

D. Que doit faire une vedette ?

R. Ne jamais mettre pied à terre, à moins d'ordres contraires du commandant de la grand'garde, et tenir toujours son mousqueton ou son pistolet haut.

consigne donnez-vous à une vedette en la posant ? ,

D. Vous lui indiquez la portion de terrain que son œil doit observer* Vous lui spécialisez les points les plus intéressants, que vous lui recom mandez de ne pas perdre de vue ; d'avoir l'œil aus$/ fort souvent sur les vedetteS qui, comme elle, forment la ligne; puis vous lui donnez un signe de convention avec lequel elle avertit et est avertie par les autres vedettes, qu'il faut redoubler d'attention et se mettre sur ses gardes. Vous lui donnez un second signe avec lequel elle prévient son petit poste, dont le chef monte immédiatement à cheval et vient reconnaître.

! D. Peul-on juger de la distance à laquelle on

aperçoit l'ennemi?

I R. A deux mille mètres on aperçoit les hommes et les chevaux comme des points.

A douze cents, on distingue l'infanterie de la cavalerie. »

A huit cents, les mouvements individuels sont

1 marqués.

( A sept cents, on peut distinguer de temps en

' temps la tête du reste du corps.

1 A quatre cents, on la distingue fort bien (*).

D, Une vedette peut-elle quitter son posley ou 1 échanger?

R. Jamais, sous aucun prétexte, à moins d'or- ■ dres particuliers donnés d avance.

D. Doit-elle observer autre chose que l'en»

1 mi?

! (1) Jacquinot de Preilei.

J5Q des grànd'gàrdes, etc.

R. Elle doit observer tout ce qui se passe; aipsi, si elle voit un paysan sortir d'un bois, y entrer, en soi tir encore, Approcher des vedetles, il ést probable que c'est un espion, dans ce cas, elle doit faire signe à son posie. ' :t

Si la poussière s'élève régulièrement à l'horizon, il est possible que ce soit une colonne en marche; elle doit de même prévenir.

Si un signe est fait par une autre vedette, elle doit le répeter et prévenir encore. ■ r •

D. Lorsque le danger est imminent, que fait-mi

R. On double les vedettes. Dans ce cas, l'une d'elles peut venir prévenir lorsqu'il y a nécessité, tandis que l'autre continue à observer, et si les vedettes ont Tordre particulier de sortir de leurs postes pour reconnaître ce qui se passe en avant de leur ligne, d'arrêter les hommes suspects qui y rôderaient, etc., Tune d'elles exécute cet ordre, tandis que l'autre reste a son poste. Dans ce cas aussi, si l'ennemi avance, les vedettes étant plus nombreuses, forment déjà une ligne de défense, et tiraillent en exécutant leur retraite, si elles ne sont pas poussées trop vivement.

D. Que fait une vedelle qui s'aperçoit qu'on va V attaquer?

R. Elle tourne son cheval, le flanc droit à l'ennemi, pour être plus tôt prête à terminer son demi-tour, et lorsque le mouvement de l'ennemi est décidé, elle fait feu.

D. Quand relevez-vous les vedettes ?

R. Ordinairement toutes les heures; ce qui vous indique que les petits postes doivent être relevés de quatre en quatre heures. ' *

D. La nuit, placez-vous les vedetles comme le jour P

R. La nuit, les vedettes sont rapprochées des petits postes, les petits postes des grand'gardes, et les grand'gardes du détachement. La ligne d'hori-

des grand'gàrdes, etc. 131

zon d'qne vedette rie peut jamais être as$£z éloignée lé jour; il n'en est pas de même la nuit, et, pour que l'œil de cette vedette puisse distinguer, surtout lorsque la nuit est sombre, il faut rapprocher de beaucoup la ligne de son horizon.

Pour cela, la vedeltéqui, le jour, était placée sur une hauteur, sera, la nuit, posée dans un fond, et fcon œil fixera attentivement la ligne des terrains rapprochés à une distance utile, et qui se découpera sur le ciel. Si Pennemi se présente, telle profonde que sôjt l'obscurité, sa silhouette à PhQjrizoji sera aperçue (}e la vedette, qui, criant à 'f instant même qui vive, fera feu si aucune réponse faë lui êsi laite, î '

La position de la nuit ne doit êtrp prise <jue lorsqu'il Aiît assei sombre pour que Pennémî ne puisse pas apercevoir votre mouvement rétro gadël Celle de jour, à l'instant même où la nuit va 6mr, de manière à ce que l'ennemi ne puisse pas reconnaître la position que vous venez de quitter. Dans ce mouvement èn avant, éclairez-vous pour ne pas tomber dans des embuscades. ' "* ' ' D. Qu'est-ce qu'un piquet?

H. Une troupe intermédiaire entre le détachement et la grand'garde. ' ' • ' " n T"T"T ' D. Oà se place le piquet ?

R. En admettant qu'une troupe soit bivouaquée en arrière d'un village, le piquet sera placé k Pau* tre extrémité dé ce village, du côté de l'ennemi, et it quelques centaines de pas en arrière de la grand'garde. 1 y q

b D. Pourra-t-il se loger dans les maisons ?

R. Les chevaux pourront être réunis èt mis à a l'abri dans des granges ouvertes; les hommes bivouaqueront. ' ^< ©. Ses chevaux restent-ils bridés ?

R. La moitié seulement. ' D. De quelle force est un piquet en général f

152 des grànd'gàrdes, etc.

R, D'un nombre d'hommes égal à celui des erand'gardes.

D. Quel est son service ?

R. II a un factionnaire à vingt-cinq pas en avant de lui, dont la consigne est de prêter l'oreille à tout bruit extérieur venant du côté de la çrand'garde, et d'empêcher les hommes bivouaqués en arrière de passer sans ordre aux avant-postes.

h.N'a4-il pas aussi un factionnaire aux armes? R. Non, car les armes restent sur les chevaux, et le factionnaire précité n'est pas éloigné.

Le piquet assure les derrières de la grand'garde; il fournit des patrouilles qui éclairent en avant et sur les flancs.

Si la grand'garde est attaquée, il prévient le détachement, monte à cheval, soutient les avantpostes, et ne se relire qu'avec eux.

Les officiers de piquet peuvent alterner pour dormir.

D. Toutes les fois qu'il y a une grand'garde, y a-t-il aussi un piquet ?

R. Non ; il faut, pour qu'un piquet soutienne une grand'garde, que l'on soit très près de l'ennemi, et que des attaques soient présumables. Quand ces conditions n'existent pas, il est inutile de doubler le service ; seulement, alors la vigilance du détachement au bivouac doit être plus grande.

D. Qu'est-ce qu'une patrouille?

R. Un détachement de vedettes volantes.

D. Comment se composent les patrouilles?

R. Ordinairement de deux cavaliers, commandés par un brigadier ou un ancien chasseur.

Les patrouilles sont plus utiles encore que /es vedettes; quelquefois même elles les remplacent complètement. Mais alors leur service est continu, et exerce une surveillance constante.

D. JDqns qwl cas çelq est-il ainsi?

DES GRÀND'GÀRDBS, Clc. 153

R. Sî de Tinfanterie bivouaque avec de la cavairie, rinfanterie fournit les factionnaires et la avalerie les patrouilles.

Si un partisan, harassé et aventuré, sVst reiré et barricadé dans une ferme; que de l'extréni té supérieure des bâtiments, il découvre au oin, il ne place pas de vedettes, mais il fait faire tes patrouilles autour de lui.

De bonnes patrouilles conduites avec intelli- ;ence valent mieux, en général, que des vedettes.

D. Pourquoi?

R. Parce que leur service ne permet pas le ommeil à ses cavaliers; qu'il force l'homme à léployer toutes les ressources de son intelligence t de son courage ; fouille mieux le pays et éclaire dus au loin.

D. Que doivent faire des hommes en patrouille?

R. Marcher sans bruit d'aucune espèce. Ainsi >lus de conversations. Que le fourreau de sabre oit maintenu de manière à ne pas frapper contre 'éperon, ni rétrier. Que le mousqueton soit soutenu »ar la main droite, pour éviter qu'il ne sonne ontre le porte-mousqueton, ni les cuivres de banerole.

Que le cheval suive les chemins de terre, pour ue ses fers ne résonnent pas sur le pavé. S'il lait Dur; que l'homme se fauûle le long des haies, des ours, dans les chemins creux, les ravins ; qu'il laisse sa lance, pour que sa flamme ne le fasse pas lécouvrir; qu'il disparaisse dans les bois, qu'il rcarde par les clairières.

S'il fait nuit, qu'il cherche à découvrir dans obscurité. Qu'il s'arrête. Qu'il suive les chemins reux. Qu'il se garde de fumer pour ne pas éclairer on visage.

S'il rencontre l'ennemi, qu'il ne tire, ni ne se 10 n ire. Qu'il l'examine , le compte, reconnaisse es intentions. Que l'un des cavaliers en patrouille,

15* DES GRÀflD'GÀRDÇS, etc.

ÉTI le ppuj sans être découvert, aille prfvenfr nçfre

^ Les cavaliers en patrouille ne doivent pas marcher les ups à côté des autres, mais; bien les uns dërrière les autres, et éloignés entre eux de quelques pas, afiti de mieux voir, de se protéger mutuellement, et dans le cas où ils tomberaient dans une embuscade, ae n'être pas tous coupés ei enlevés à la fois.

Lel lignes que puivept les patrouilles peuvent être intérieures, ou extérieures, relativement i celles de nos vedettes. Dans le second cas, la vigilance doit être biep plus grande que dans le premier, puisque les dangers/ sont plus imminents. Les patrouilles qui suivent la ligne extérieure, doivent se considérer comme des vedettes volantes, qui ont sur les vedettes fixes l'avantage de pouybir aller reconnaître ce qui leur donne des soupçons; de marcher, 4e s'arrêter, de s'embusquer, aussi longtemps qu'elles le jugent néces-

u II est soqyent utile d'envoyer de ces patrouilles d^iin pu detfx hommes, së placer à de grandes distances, et rester plusieurs heures.

Une patrouille qui s'e^t trop aventurée, et ï laquelle tp poste ennemi crie qui vive, doit bien se garder de répondre, Sf ses cavaliers ne parlent pas la langue dç l'énnefmi, ou si avant de partir, elles n'ont pas appris un ou deux mots de cette langue, qui prononcés peuvent suspendre la re* cortnaissancé él leur donner le terpps Je tourner bride sjms danger, et de çagner du terrain en retraite. . > -

Si l'ennemi marche sur nos postes, et doive y arriver avant qu'on n'y soit averti de sa présence, que la patrouille Tasse feu. et revienne en tiraillant par là' route qu'elle a sujVië pour venir.

On m'a dit que dans la campagne dû Portugal,

DES GRAND GARDES, CtC. 155

otre cavalerie, ayant à marcher sur un soi roailieux et sonore, entortillait les pieds des chevaux e ses patrouilles avec des morceaux de peau de îouton (la laine en-dedans), liés au-dessus du aturon, et qu'ainsi nos patrouilles approchaient ie très près les vedettes anglaises, sans que cellesi les entendissent. Ce moyen peut être bon dans me circonstance semblable.

Un cavalier en patrouille, malgré sa vigilance, )eut être surpris, surtout s'il traverse des terrains 3oisés et coupés. Qu'il s'arrête souvent x fixe et consulte les oreilles de son cheval $ leur direction attentive pourra l'avertir. Qu'il ne méprise pas ces avertissements ; et si son cheval persiste dans son attention jusqu'à l'effroi, qu'U reconnaisse avec soin la cause de ce sentiment finement instinctif.

Deux patrouilles qui se rencontrent , en cjehors des avant-postes, doivent, surtout si l'ennemi est proche, se reconnaître sàns crier qui-vive.

îl est utile de prévenir les avant-postes de la sortie des patrouilles, de leur nombre, de leurs uniformes , etc., de manière à ce qu'il n'y ait aucun doute, aucune hésitation lorsqu'elles se présenteront pour rentrer.

D. La grand garde et les piquets vont-ils au fourrage ?

R. Non ; si l'ennemi est près d'eux , ou qu'on craigne une surprise , c'est alors le détachement qui envoie ce qu'il faut a ses hommes , et à ses

D. Comment tes chevaux d'une granffgàrde vont-ils boire ï ^ Jt ^ H . .

ft. En petit nombre, et toujours en attendant, pour sortir, que les premiers sortis soient rentrés.

Des Détachements.

D. Comment marche la cavalerie légère en campagne ?

R. Presque toujours en détachements*

D. Qu est-ce qu'un détachement ?

R. Toute troupe séparée par ordre, du corps d'armée, de la division, de la brigade, du régiment, de Pescadron , du peloton , auxquels elle appartient.

D. Y a-t-il plusieurs espèces de détachements t R. Oui.

D. Quelles sont-elles ?

R. Les détachements (proprement dits) , les avant gardes , arrière-gardes , les grand gardes et piquets, les reconnaissances , les patrouilles, Us fourrages , les escortes et les partisans.

D. Ces détachements ont-ils un service distinct ?

R. Ils ont un service distinct , dont la surveillance la plus active est le mobile , et la sûreté du corps qu'ils protègent est le but.

D. Comment compose-l-on les détachements de guerre dans un régiment?

R. En prenant un nombre égal de cavaliers dans chaque escadron, proportionnellement à la force numérique présente de chaque escadron.

D. Pourquoi ne compose-t-on pas de préférence les détachements en hommes du même escadron?

R. Parce que, s'il arrivait malheur au détachement, un escadron pourrait se trouver privé, pendant une campagne, de ses officiers ou de ses cavaliers, tandis que les autres escadrons du même régiment seraient complets

D. À qui confie-l-on le commandement des détar ehements ?

R. Aux officiers et sous-officiers , à leur tour de service, en commençant par la droite du contrôle d'ancienneté de chaque grade.

D. Cette règle est-elle invariable?

R. Non ; dans les circonstances importantes, on choisit les officiers et sous-officiers qui ont fait preuve de plus de mérite, de zèle, et de courage : c'est à l'ancienneté & réunir ces qualités à ses droits, si elle ne veut pas éprouver la honte de se voir préférer plus jeune qu'elle.

D. Quel est le premier soin d'un commandant de détachement ?

R. De passer l'inspection de sa troupe Savant de se mettre en marche ; de s'assurer que ses chevaux sont bien sellés, bien sanglés , bien paquetés, et ferrés; que ses hommes ont des cartouches ; que ses sabres coupent; que ses lances piquent; que ses armes à feu sont eu bon état, et qu'elles sont garnies de pierres neuves.

D. Quel est le second devoir de ce commandant?

R. De faire mouter promptement son détachement à cheval.

D. Le troisième?

R. De le présenter au feu de la manière la plus avantageuse.

D. Le quatrième?

R. De le faire manger et dormir à propos.

D. Il est des cas où un commandant ne peut, avant de se mettre en marche, passer Vinspection de son détachement; celui, par exemple, d'un départ précipité pendant la nuit, ou par le mauvais lemps ?

R. Lorsque le jour paraît, on que la pluie cesse, le commandant passe son inspection, sansarrêter, en faisant marcher à files ouvertes, et se plaçant de sa personne dans leur intervalle ; il fait remar*

Itii .Cl! ..uail./JT.J-ilV

1» ; , .. >k, pl^ pÈTACHEMEHTS. iv ^

quer aux officiers les négligences commises; et k fa première. Jtfltfeelteë sont corrigées é sotts l'inspection iale de ces mêmes officierSé

D. Lorsqu'un détathement marche tn colonne de route y et loin de l' ennemi, que fait le eoritman-

j ,R. Aprêsavoir formé son avant et arrière-garde> H le conduit sufr le (chemin qu'il doit parcourir» Puis, fM'àtréte de sa personne pour compter ses hommes } pafssèr l'inspection dont je viens de parler ; s'assurer que les officiers et soub-of liciers sont

leflrs places, et attentifs à leur service ; que personne ne reste en arrière ; que ies chevaux né boitent pas ; qu'on n'abuse pas inutilement dé letirs forces ; que i'arrière-garde est à bonne distance* et fait serrer le$ traînards. Après avoir marché quelque temps derrière la colonne, pour que tout se règle sous ses yeul, H revient prendre sa place en tête du détachemônU

Après trois quarts d'heure ou une heure de marche, lorsque les chevaux sè sont vidés, H arrête la colonne, pour qu'ils orinent ; fait mettre pied à terre, ressangler, retrousser les quèues détroussées, et corriger les fautes de tenue, de paqiielage, de harnachement, qu'il a signalées dans son inspection. Il fait, ensuite, remonter à cheval, et sonner la marche qu'il reprend le plus possible à files Ouvertes». • t * >

. Lorsque le terrain est eriduieux et que ta tête ae la colonne arrive stfr une hauteur, ilse retourne pour juger de la régularité de sa marche.

v;Si A'allure ta la tête est. Irop Allongée^ il la raccourcit ; si elle est trop lente il rallonge. . .

t II vaut niieut qu'ette âôii allongée que trop rifecourcie* < 4 . 4

Si des chevaux à pas courts interrompent et inégalisenM'alljir* des fitesj fl les fait «aettrtà la queue de la colonne.

DBS DÉTACHEMENTS, 159

Il tâche que la colonne soft gale, que les hommes chantent et causent;. " • "r

Si la colonne est composée de plusieurs escadrons, il recommande aux commandants des divers escadrons de ne pas serrer sur le premier, et de marcher pour leur compte. '

Il fait halte de temps en temps pour que les [distances trop grandes soit regagnées. ' "

A moitié chemin , telle courte que soit la journée, il se forme en colonne par escadron h distances de division, sur je flanc de sa route, met pied à terré, et fait une halte d'une demi-heure, pendant laquelle les homrties déjeûnent.

Les officiers profitent de cette halte pourrecti-? fier le paquetagfeJ

Cette halte est essentielle, parce que les hommes, 5 leur arrivée au gtte, n'auront plus à s'occuper que de leurs seuls ihevaux. ■ •

Si la roule est longue, le commandant en se remettant en marche fait rompre par la gauche!. '

Si la route dure plusieurs jours, il met successivement chaque escadrbn en tête de colonne. !

D. Combien un détachement parcourt-il d'espace à V heure en colonne de route?

R. La cavalerie en colonne de route au pas parcourt environ cinq mille mètres & l'heure, et pres^ que le double au trop,. ' ' '

D. Si le détachement rencontre une rivière trop profonde pour que les chevaux aient pied, comment la passe-H-il? ' " "• ' 4 M

R. Sur un large fiopt dont la masse coupe le courant. Les cavaliers en amont sont moins expo** ses que s'ils passaient isolément, et ceux placés en aval traversent plus facilement. 1 ' " »* 4

D. Quelles précautions prennent les eavalier s ? 1 ♦ i * * • »

R. Avant d'entrer dans l'eau, ils décrochent leur ceinturon qtfitë eètonent autour de lélte col après

avoir mis le sabre au crochet et de façon à ce que le sabre pende derrière le dos.

Ils jettent ensuite le mousqueton par-dessus l'épaule droite comme pour monter a cheval.

Entrés dans l'eau, ils relèvent les jambes en arrière, penchent un peu le corps en avant, soutiennent très légèrement leurs chevaux avec le filet de la main gauche, et saisissent de la main droite une poignée de crins à moitié de l'encolure.

S'ils se renversent en arrière, se pendent à la bride, ou saisissent une poignée de crins trop haut; s'ils déplacent le centre de gravité, s'ils ne s'allègent pas sur le dos de leurs chevaux , ils risquent de les renverser, de les noyer, et de se noyer avec

D. Si, au bord de la rivière, il se trouve des bateaux y mais trop petits pour transporter les chevaux?

H. Les hommes passent de dans, en tenant par la bride leurs chevaux, qui suivent en nageant.

D. S'il se trouve un bac?

R. Les hommes n'y entrent qu'après avoir mis pied à terre.

D. Si le détachement rencontre un pont de bateaux?

R. Les cavaliers mettent pied à terre pour le

D. Arrivé au giteque fait le commandant ?

R. Après avoir entendu l'officier ou sous-officier chargé du logement, et préparé d'avance l'ordre, il forme sa troupe sur l'emplacement le plus central, et donne l'ordre promptement, afin que les chevaux soient logés le plus vite possible.

Il a soin que les chevaux ne soient dessellés que trois ou quatre heures, et qu'on ne les fasse boire qu'une heure et demie après l'arrivée ;

Que les officiers d'escadron visitent lies écuries et passent l'inspection journalière des chevaux. Il

rend note des escadrons qui continueraient & avoir

plus de chevaux blessés.

Si Ton fait une courte balle, pendant laquelle les îevaux doivent manger et boire, H fait donner abord la moitié de la ration d'avoine, puis boire; isuite donner le reste de l'avoine, et partir imméatement après.

Si un détachement dont les chevaux n'ont pas bn epuis longtemps rencontre un ruisseau, et qu'on raignede nepas trouver d'autre eaude la journée, n fait boire lestement sans débrider, et on continue immédiatement sa route, pour que les chevaux refroidissent pas.

D. En guerre, plusieurs des règles ci-dessus ne eurent être suivies ?

R. En guerre, on fait ce que l'on peut, et louours le mieux qu'on peut, en prenant pour base ationnelle les précautions prises en paix pour cou* erver la santé des chevaux et des hommes.

Près de l'ennemi, et sur le qui-vive, on resserre a colonne, on mettes armes au crochet, on adapte

toutes choses l'ordre qui nous permet .de nous lettre le plus promptement possible en mesure, our l'attaque ou la défense, dans telle position îattendue qui se présente.

Si de mauvais terrains, un gué, un pont étroit, te, forcent à rompre par un, le commandant de i colonne forme sa troupe successivement de Pau- •e côté du défilé, et ne reprend la marche que >rsque tout son monde est réuni.

Si l'on fait route de nuit, à travers des bois, (juc i terrain soit difficile, et que l'on n'ait pas intérêt le cacher sa marche, le commandant en chef réuni les commandants d'escadrons, et leur donne la onsigne suivante, qu'il se fait répéter par chacun 'eux, et qu'ils rendent h leurs escadrons lorsqu'ils

retournent.

' Les trompettes vont être mis à la tête de chacun de leurs escadrons respectifs. ' * 1 '

Toutes les sonneries, n'importe d'où elles partiront* seront répétées par eux.

La marche signifiera de se porter en avant.

Un appel de s'arrêter.

Deux appels, que le terrain est ouvert, et que le détachement se forme sur la tête de la eolome, en colonne serrée. ' ' ' ' ? '

Trois appels, qu'un escadron s'égare.

Quatre appel?, qûHl a rejoint.

On ne laissera pas de distance entre les étendrons.

Les officiers et sous-officiers marcheront dans la çql/onne, en tête et queue 4< leurs pelotons; il* veilleront avec soin à ce que les cavalière serrfM de tête à croupe, et à ce qu'ayenn 'd*pvp ne s'endorme.

Chaque escadron mettra en queue dç la colonnt m officier et deux sous-officiers, qui auront aile*ion à ce que l'escadron qui les suit rie perde pas

un tion

leur piste. Si à un passage difficile ils s*$jper(oivent qu'ils ne sont plus suivis, ils tqif seront y) cavalier qui indiquera p se trouve. Cet homme jo\ tes de Vescadron attende teur.

Si Vescadron, en restant trop en arrière, fait craindre qu'il ne se soit fourvoyé, Y officier çriera, et fera crier de bouche en bouche , jusqu* $ la tétf de la colonne, la nouvelle que lui wna, apportée le cavalier laissé en arrière:

le commandant d'escadron en avertira le commandant en chef par la sonnerie des trois appels, qui sera répétée plusieurs fois par les trompettes.

Le commandant en chef fera arrêter par la sonnerie d'un appel. , 1 Dès que quatre appels auront appris que Vesca-

dron égaré arefoinï, fà marché remettra la colonne eu mouvement.

Cet ordre donné, 1*6 officiers retournent à leurs postes, et les officiers, sous-officiers et ironipettes sont placés comme ii vient d'être indiqué.

ft. JSi le commandant d'un détachement en pays ennemi, craignant d'arriver l& nuit au bivouac, et de n'y pas trouver de fourrages, rencontre des granges pleines, que fait-il?

II arrptç son détachement, met un factionnaire à la porte de la grange, fait mettre pifed îi terre , et ficeler avec ordre des trousses que chaque . cavalier pa quête sur non cheval. Puis il continue sa rpuje. ' * - * < 1 -

Ù. SiunchevtM, par faiblesse ou accident, me peut plus suivre, que faut-il faire? ' "

fy. Le renvoyer sur les derrières par son cavalier,qui Je conduira fcn rnàia. ! ' " ' ^ D. Si le çkeval eu blessé de manière à ne pou* voir plus servir? - 1 r 4*

R. Le commandant réunit les officiers et l'ai liste, et $j, à Vunanimité, jl est décidé que fe chepi ne peiil, r^dre aucun service, . on l'abat, et son cavalier porteur de son hanarchement et équipement, en r.eayoyé sur les derrières au petit dépôt

le plus prochain. " '

Ces règles &QJût applicables à tous les détachements. )Lç$ eirGOfcstePces seules les modifient dans l'exécution de leurs préceptes ; passons aux spécialités.

16* DES DÉTACHEMENTS, etc.

Des Détachements proprement

dits.

D. Qu'est-ce qu'un détachement proprement dit?

R. Une troupe séparée, par ordre, du corps nuquel elle appartient, sans mission de reconnaître, de garder, ae patrouiller, de fourrager, d'escorter ou de Taire le métier de partisans.

D. Expliquez-vous?

R. Un cher de corps a son premier "escadron en position à une lieue de lui ; des rapports lui font craindre qu'il ne soit pas assez fort pour soutenir l'attaque dont on le menace ; il détache le second pour l'appuyer, et se mettre sous les ordres de l'officier qui commande le premier. Cette troupe, pendant sa marche, est en détachement proprement dit?

Des portions de troupes, laissées en arrière dans des petits dépôts, rejoignent les avant-postes; elles sont en détachement proprement dit, jusqu'à ce qu'elles soient arrivées à destination, etc.

DBS AYANT-GARDES. I 165

Des Avant-Gardes.

« Le général Steingel, Alsacien, était un excellent officier de hussards; il avait servi sous Dumouriez, aux campagnes du Nord, était adroit, intelligent, alerte; il réunissait les qualités de la jeunesse a celles de Tâge avancé; c'était un vrai général d'avant-postes.

« Deux ou trois jours avant sa mort, il était entré le premier dans le Lézégno; le général français y arriva quelques heures après, et quelque chose dont on eût besoin, tout était prêt.

« Les défilés, les gués avaient été reconnus; des guides étaient assurés; le curé, le maître de poste, avaient été interrogés; des intelligences étaient déjà liées avec les habitants ; des espions étaient * envoyés dans plusieurs directions ; les lettres de la poste saisies, et celles qui pouvaient donner des renseignements militaires traduites et analysées ; toutes les mesures étaient prises pour former des magasins de subsistance pour rafraîchir la troupe.

« Napoléon, Campagnes à' Italie. »

Qu'ajouter à cet admirable portrait de l'officier d'avant-garde ? En quelques lignes, voilà toute la science.

Apprenez-le par cœur; répétez-le dix fois par jour; entrez-le si bien dans votre mémoire, dans voire pensée, inspirez-vous-en si profondément, qu'il soit à tout instant présent à votre souvenir ! Et puis, tâchez ensuite de ressembler h Steingel !

Pour mériter le titre de bon officier d'avant* garde, il faut, pour ainsi dire, être capable de corn-

166 DBS AVANT-GARDES.

mander les troupes nombreuses auxquelles on ouvre le passage. .

Le bou olficier d'avant-garde juge du déploiement des colonnes qui le suivent, des positions qu'elles prendront, des besoins qu'elles auront, des attaques qu'elles supporteront.

La faible troupe qu'il commande D'occupé souvent qu'une faible partie de sa pensée , car elle n'est 1& qu^n point dans î'espaçe que son regard doit embrasser. .

Il p'agit pas pow elle, mais bicm pour çe qui la

suit.

Il n'est pas sçul, comme Wfiçier en reconnaissance ; sa troupe fait partie d'un tout ; et s'il le faut, il se sacrifie, il sacpfle jusqu'au dernier de ses Sommes, ppur conserver à sa division, a son corps l'armée, une clef de position, l'entrée d'un <lé* filé, etc.

Ses devoirs sont ; .

t° De bien reconnaître, en grand, le terrain quil parcourt spup spp aspect offensif et défenttf.

2° D'obliger l'ennemi à §p déployer, et à lui mo* trpr ses forces.

3° fie monder se* projets, pt ^apprécier l'importance, et la possibilité fie leur expcutipi?.

4° De préparer, pouf ainsi dire, le logement des troupes qu'il devance, (H d'y joindre tout ce qui peut leur être utile mîjtéripilernçnt, et en renseignements de toute nature.

Il n'y a pas de chapitre do ce volume, que l'officier d?avaut?garde ne doive consulter ; aussi le renvoiè-je à tous, pour ce qui est détails, et me bornè-je à indiquer ici succinctement ses devoirs, et à dire ce que les autres chapitres ne contiennent pas.

Un officier d'avant-garde est livré plus ou moins à lui-même ; il a Tordre, ou de marcher dans telle direction et d'arriver promptement à tel point, ou

. . DBS AVÀNT-GÀRDBI. 167

\ de suivre l'ennemi avec prudence, et de profiter de toutes ses fautes, et de tous les avantages qui s'offriront. . .

, D. Dans le premier cas, que faii-il ? R. II exécute vigoureusement son ordre.

i D. Dans le second ?

R. 11 tôte le terrain, marche pas à pas, né k*aventure sur telle où telle routé, qu'après avoir bien pesé les suites de ses déterminai ions, combiné les devoirs spéciaux de Isa mission avec l'importance relative d'un édwee qu'il pourrait éprouver, Féteignement de ses appuis, etc.

Sa trbupe matehe bien éèheloMëe, et tèbjéhrs en mesure île se pôrter èh ttiut -ietife, aftMyée dépuis te premier de ses tirâllieurs jiîrsqii'au deirnîer des hommes de son arrière -èàrdè. Chaeùft de ses pelotons, de seé eàvatiers, obture sa ptacte Spéciale, et toujours la plus utile h l'ensemble dé son mouvement ; toét feSt calculé, Irieik n'est l&t&é au hasard.

Tons les indices sônt prbfondétneùt to'ifcultés par lui* Tronve-t-îldesbiVôtfaci^andonhé^îil fit sur leurs restes fumants, et quelquefois ensanglantés, la proximité, îe nombre, les pertes, fatigue, la démoralisation de l'ennemi.

A un embranchement de route, ioît-ïl êk nofti» brenses traces de pas, dè roues», tfe dhetâtnt, ^ui divergent, il s'arrête, et par leur frHtehetfr et les rapports des paysans, des fecennsfissaUees qifH envoie^ par tes disposftronè dë sa fe»té, ll^ge des réSoKitions de 'Petonemi.

D. 5 'il l'èncontfe uri tit/iïé ï

R. H rédlairè ^ar lés hatrftènrs # fe dôthînent? il le sonde avec prudence, et toujours après avoir formé sa frôtipe en àrrîèrë, de àôrte qd'éllè èoît en mesure, si elle est attaquée subitement.

R/Sfifl iépdtô te Vtjtté, et craint ty tâecinipi

et séparé par l'ennemi, de sa division, de son corps d'armée ?

R. II y laisse une détachement assez fort pour le garder, jusqu'à ce qu'il se soit assuré de la réalité de l'objet de ses craintes.

D. S'il arrive devant un village ?

R. 11 arrête sa troupe, et le fait fouiller par son extrême avant-garde; si l'ennemi n'y est pas, il fait traverser rapidement le village à un quart de sa troupe qui le cerne, en posant quelques vedettes à ses sorties ; ces vedettes ont ordre de se replier lestement au premier coup de mousqueton.

D. S'il s'y établit ?

R. 11 s'empare du clocher, dans lequel il fait placer, de jour, un factionnaire; il asseoit défensivement son bivouac en arrière des maisons du côté de sa retraite, s'y fait apporter des vivres et fourrages, barricade toutes les issues par lesquelles l'ennemi pourrait venir le surprendre, en laissant de petits passages indispensables à la retraite de ses postes; il indique la place d'alarme, saisit et interroge tous les habitants qui peuvent lui donner des renseignements, et prend des guides qu'il garde à son bivouac.

D. Qu'est-ce qu'une place d'alarme ?

R. La position défensive reconnue la plus mililitaire, la plus favorable pour la réunion générale d'une troupe en cas d'attaque; celle, par conséquent, de laquelle il sera le plus utile d'exécuter un mouvement, soit en avant, soit en arrière. j& C'est sur la place d'alarme, bien reconnue d'avance par tous les cavaliers, que doivent se rendre directement, en cas d'attaque, tous les petits postes ne faisant pas partie de la grand' garde proprement dite.

; D. Si c'est la nuit qu'arrive l'avant-garde devant un village?

R. Son commandant s'arrête à quelques ceniai-

ics de pas en arrière; il envoie des cavaliers inteligents le reconnaître. Ceux-ci se faufilent silencieusement jusqu'aux premières maisons, s'arrêent, écoutent, jugent par le bruit de la présence >u de l'absence de l'ennemi. L'un d'eux met pied .* terre, enjambe une haie, s'approche d'une fenêtre éclairée, regarde dans l'intérieur, puis revient a son brigadier auquel il dit ce qu'il a vu. Un paysan est saisi, et conduit, le pistolet sur la gorge, au commandant, qui l'interroge.

D. Si noire avant-garde rencontre la nuit l'ennemi ?

R. Si l'ennemi ne l'a pas aperçue , elle s'arrête silencieusement, l'étudié, et, dans certains cas, le surprend même, si l'occasion est bonne.

D. Si c*est de jour?

R. Elle tâte l'ennemi, le force à se déployer, l'aborde en lui cachant ses forces, et les établissant toujours en position défensive, jusqu'à ce qu'elle juge l'instant venu de prendre l'offensive.

D. Si V ennemi est en retraite € et qu'il cherche^ par exemple, à détruire un pont ?

[ R. Elle le presse, et s'empare du pont. ; D. Si Vennemi est refoulé sur une petite ville ? R. Elle le presse vivement pour qu'il n'ait pas le temps d'en détruire les ressources, d'en emmener les hommes dont les renseignements nous seraient \ utiles, d'en enlever les lettres de la poste, etc.

D. Si le commandant de Vavant-garde veut don- 1 wer à celte ville une idée exagérée de sa force et

* de celle des troupes qui le suivent, pour que celle ' Héef rapportée à Vennemi, intimide celui-ci ?

* R. 11 présente sur diverses routes, dont le dé-

* veloppement est masqué pour l'œil des habitants, f quelques pelotonsqui figurent des têtes de colonne.

* il annonce l'arrivée de forces nombreuses, commande une grande quantité de rations, requiert de

' nombreuses voitures, etc., etc., et veille avec

iîO DES AVANT-GARDES.

grand soîn à ce que des espions ennemis ne puissent se glisser sur ses derrières, et découvrir sa

!).' Et Une fois entré en ville ?

R. Il s'y établit militairement, et pousse sa ligne d'espioris en avant et sur ses flancs. t

D. Si, Vavant-garde en marche, une rivière u présente ?

ft. Elle reconnaît ses abords, ses gués; détruit ceux-ci, s'ils peuveûl permettre & l'ennemi de le fcôuper ou d'attaquer l'armée, lorsqu'elle se portera en avant. f .

D. Si Une avant- garde arrive devant une ri- \)ière, en même temps que V ennemi se présente sur la rive opposée? t

R. L'officier commandant juge, devine sur le champ les lieux que l'ennemi va choisir pour effectuer son passage, et établit des postes en face de

ces points. uli»m;w P. Si, là nuit, Vavant-garde est installée dam *ses bivouacs faisant face à l'ennemi, et que faible, elle veuille intimider celui-ci?

R. Elle a recours aux ruses de guerre. Elle Ullume un grand nombre de feux qu'elle entretient avec soin, et dont elle prolonge la ligne, de manière à donner le change sur ses forces. Elle Tait tourner plusieurs fois sur lui-même, autour d'un grand fàu, un détachement d'une cinquantaine de cavaliers, qui figurent ainsi une longue colonne arrivant pour la renforcer.

D. 'Si elle craint cependant une surprise ée nuit ?

R. Lorsque ses feux sont allumés, elle annonce son départ pour le lendemain, exécute silencieusement sa retraite pendant la nuit, et va prendre en arrière une position meilleure et ignorée. aJ

L'officier commandant Pavant-garde ne doit jamais quitter sa troupe, et, pour ainsi dire, son point

DBS AVANT-GÀRDBS. 171

k commandement; cependant si, pour mieux ju- W, il est utile qu'il s'aventure dangereusement de a person ne , il ne doit le faire qu'après avoir préenu le commandant en second, et lui avoir laissé les instructions bien précises, afin qu'il le remilace complètement, telle chanee qui se présente.

D. Avant de se porter en avant, et de quitter la '/vision, le corps d'armée, que fait le commandant d'une avant-garde ?

K. Il ^inspire bien des ordres que lui donne on cénéral, et qu'il lâche d'obtenir écrits; il prie ,e général de lui répéter ce qu'il n'a pas suffisamment compris, compare sa carte avec celle de cet >fficier général, corrige la sienne, s'il y a lieu, ègle sa montre, puis il convient de la fréquence les rapports qu'il devra envoyer.

D. Si le général lame à son jugement V opportunité de V envoi de ses rapports ?

R. Alors, il en fait de fréquents, tantôt écrits, tantôt verbaux, mais il envoie toujours ceux-ci par les officiers ou sous-officiers intelligents, ét après s'être assuré, en les faisant répéter deux fois par les envoyés, qu'il seront rendus avec une fidélité littérale.

Je suis qrripé à"\ — L'ennemi se montre nombreux. — Jl est en position; sa position est forte; il a de l'infanterie et du canon.— J'ai besoin d'infanterie.—Dois-je tenir ou me retirer?— Je suis débordé par ma gauche, et obligé de rétrograder. —Je perds beaucoup de monde. — J'ai pris position au ravin de**\ — L'ennemi s'arrête. Il fait rétrograder son infqnferie; c'est une ruse. — Des colonnes nombreuses marchent dans la direction de***. Elles ne se composent que de cavalerie. — Les hussards et les dragons qui me faisaient face ont été remplacés par les cuirassiers de"* et les hussards de**\ — Les ponts de la rivière de"" sont rompu*. Il me faut trois heures pour les réparer.

— J'ai enlevé à l'ennemi deux cents hommes (Fin- l: fanterie et un canon. — II fait une fausse tnanccu- 1 vre.—Il se déconcerte.— Il a abandonné quelque* \ voilures. — L'ennemi est en pleine retraite; je le I suis Vépèe dans les reins. — Il me fera faire du I chemin ce soir. — Les chemins que je parcours I sont trop mauvais pour qu'il soit bien prudent qui I vous y engagiez votre artillerie. J'ai fait recon* I naître autour de moi} iln'y en a pas d'autres, etc. (Voyez Rapports.)

b. Si V armée se trouve en pays étranger?

R. Le commandant de Pavant-garde s'assure, avant de se mettre en marche, que parmi ses cavaliers il en est qui parlent bien la langue du pays; et s'il n'y en a pas, il en fait adjoindre plusieurs a son détachement, et les tient près de sa personne.

D. Que fait-il ensuite ?

R. Il inspecte rapidement son détachement, s'assure qu'il est en bon état, qu'il ne manque pas de munitions, et, s'il se peut, de vivres et fourrages; s'il ne connaît pas les officiers qu'on met sous ses ordres, il prend sur eux quelques notes verbales que lui donnent leurs chefs directs ; il place ensuite ces officiers de la manière la plus conforme à ses besoins, et par conséquent la plus utile. (Voyez Chefs, Officiers.)

DBS RECONNAISSANCES.

Des Reconnaissances.

La base de toute opération militaire est d'abord a connaissance du terrain sous son double aspect iéfensif et offensif, puis celle de la position, de la orce, et, si Ton peut, de la pensée de l'ennemi.

C'est pour établir avec certitude cette base, que des officiers sont envoyés en reconnaissance.

Le commandant d'une reconnaissance exige la réunion de toutes les qualités militaires; en effet, elle nécessite leur complet usage.

Sur ce terrain neuf, où l'on est isolé, il faut se suffire à soi-même, trouver en ses propres forces des ressources 1 en harmonie avec la gravité de 5a responsabilité et l'importance relative de sa mission.

Là, il ne s'agit pas seulement de voir, mais de bien voir, pour ne pas fournir de faux renseignements au corps d'armée qui réglera ses déterminations sur le rapport que vous lui ferez.

Pour voir, il faut arriver sur les lieux sans appui, car ce qui vous entoure est ennemi et a intérêt à votre perte ; il faut ensuite revenir sans se laisser entamer, sans se laisser prendre. *

Se laisser prendre! idée affreuse! la bonté n7 est*el)e pas attachée, et combien cette nome ne sera-t-elle pas plus poignante encore, si le commandant d une reconnaissance calcule que ce ne sont pas seulement les hommes qu'il avait sous ces ^ ordres dont il répondait, mais encore tous ceux de la brigade, de la division, du corps d'armée, que sa reconnaissance éclairait, protégeait ! J^a science de la retraite d'une reconnaissance

174 DES RFXOKîUISSAHCBS.

est d'abord d'échapper au regard de l'ennemi ; mais s'il est impossible de tromper son œil de lynx, et d'empêcher une poursuite, la science alors est d'avoir assez bien étudié son terrain en allant, par ses yeux, par les renseignements acquis, les analogies, et d'avoir calculé la disposition assez juste, l'emplacement présumable des forces qui peuvent noos barrer le passage, poçr suivre des chemins qui dépistent l'attaquant, ou rétrécissent le front de l'attaque, de façon à rendre ce front égal à celui de fa défense. Si, malgré ces précautions, une reconnaissance ept coupéjç, après ayqir épuisé toutes les ressources de l'adresse, plie a recours à celles de la force. .Celles-ci ne la trahissent pas, si chaque homme est bien convaincu d'une grande vérité : c^est qu'un cavalier passe partout lorsqu'il le veot bien !

Le premier soip d'un commandant de reconnaissance doit donc être de calculer les forces de soo détachement, de les ménager, de les récupérer à temps, pour les avoir toujours, autant que possible, intégrales à sa disposition.

Je le répète, les forces du cheval son t la fortune du eavajier ; si tout est dépensé en une heure, que reste-i-iï après? Et le peu que la prudence aurait ménagé, sauverait la vie et ferait obtenir la croix d'honneur.

Que l'officier en reconnaissance le pense plus que tout autre.

Que la reconnaissance qui a une longue route à faire, et dont les heures ne sont pas comptées, calcule bien exactement ses forces, les compare, les harmonie avec toutes les exigences de sa mission, et n'en dépense que ce qu'il faut à la fois.

Qu'elle ne s'enionce dans les terres molles qui fatiguent les chevaux, qu'elle ne double ses allures que lorsqu'il le faut ; car la première nécessité ma-

DBS RECONNAISSANCES. j[75

térielle d'un cavalier en reconnaissance, c'est un bon cheval en bon état. ' ' 1 «TT

Que l'action soit toujours soumise à une réflexion froide, juste et prompte. Que la vigilance la plus minutieuse observe et cçrrige çe qui peut ralentir, entraver, diviser l'action, et détruise la cause des dangers inutiles.

J'ai dit que le commandement d'une reconnaissance exigeait la réunion de toutes les qualités militaires du cavalier léger; presque tous les chapitres de cet ouvrage doivent donc être consultés par l'officier qui sera chargé de ce commandement.

Quant à la partie topographique de ce service, je ne peux pas mieux faire que de la résumer en citant textuellement le général Laroche-Aymop r

« Voici, en définitive, dit le général, les traits principaux à observer dans les objets, tant naturels qu'accidentels, qui composent les localités d'un terrain.

Boip.

« Leur nature, leur étendue, la nature, du spl sw lequel ils croissent; s'ils sont fourrés, la panière dont ils sont situés par rapport à la roule que l'on a tenue pour y venir...., s'il y a des villages à portée, si beaucoup de chemins les traversent ou s'y croisent, où ils mènent et d'où ils vienne^.

Montagnes.

h Leur nature, boisées ou non boisées, pierreuses, terreuses ou rocailleuses, si elles dominent la route ep avapt, m de quel côté ; *si leur pente test douce ou rapide, si le chemin par lequel ojj y parvient monte droit ou se tourne le long des flancs de la hauteur; si, au sommet, le plateau est une plaine, s'il est boisé, quelle étendue il a, si l'on re-

descend bien vile de l'autre côté, si des montagnes plus hautes les dominent.

Rivières et Ruisseaux.

« Leur largeur, leur direction par rapport aux chemins, la nature des bords, lequel des deux domine l'autre, si la rivière est encaissée, si elle coule à travers des prairies, si ces prairies sont toujours praticables, ou simplement dans quelque temps de Tannée, par le grand froid ou la grande sécheresse, les ponts ou gués qu'il peut y avoir & une lieue à droite ou h gauche, le uom des lieux ou des villages, où ils sont établis, s'ils sont propres au passage de rartillerie.

Plaines.

« A peu près leur étendue, à peu près le nombre de villages qu'on y peut apercevoir, la nature du terrain, si ce ne sont simplement que des champs, ou bien si des prairies, des étangs, des lacs, de simples flaques d'eau, n'y sont pas entremêlés. On sent combien il est important pour une troupe de cavaliers qui doit, sans tâtonner, se porter partout avec une grande célérité, de connaître parfaitement d'avance lç terrain sur lequel elle arrive, et de ne pas être arrêtée au milieu de ses mouvements par des obstacles imprévus; il suit de là que les officiers ou sous-officiers chargés de reconnaissances, doivent s'assurer de la manière dont les champs sont enclos, et savoir si des fossés trop larges ne coupent ou ne séparent pas ces champs.

Chemins.

« Leur nature, s'ils vout droit ou s'ils serpea-

DBS RECONNAISSANCES, 177

tcnt ; ce qui les borde à droite et à gauche, h la portée du canon; si, resserrés entre des gorges, il ne forment pas des chemins creux, la largeur du front sur lequel on peut y passer.

Villes.

« Leur position ; les localités environnâmes ; si elles ont des murailles, des portes; si Ton pourrait s'y défendre, établir un poste ; les routes qui y aboutissent.

Bourgs et Villages.

« Leur situation ; les localités environnantes ; la disposition des maisons ; si elles sont séparées par leurs jardins ; si les jardins sont entourés de haies, de murailles, de barrières ; combien il y a de maisons massives, et leur situation ainsi que celle de l'église et du cimetière ; si le cimetière est entouré de murailles; enfin , si une rivière , un ruisseau , traversent ces villes, bourgs et villages, on les entourent. »

La guerre a ses routines aussi, malgré les dangers qui les accompagnent, malgré les preuves terribles et journalières de leur fausseté, de leur fatalité ; pourquoi ? Je le sais bien.

Plus les années sont vieilles , plus les routines ont d'empire. Si cela était ainsi lorsque le canon tirait tous les jours, que tous les jours il instruisait, que sera-ce après quinze ans de paix, avec des ca* valiers de tous grades, trop vieux ou trop jeunes.

La routine est la science traditionnelle des médiocrités. Les axiomes qu'elle appuie d'une expérience irréfléchie , sont écoutés avec admiration par ceux qui n'ont encore rien vu; car ils racontent aux jeunes gens, plus que ceux-ci n'ont trouvé dans leurs livres, et ils prennent de la dignité , de

178 WCONRAISSAXCES,

la gravité ppur fine oreillç respectueuse,, en passant par une bouche qu'ombragent de longues moustaches planches.

Distinguons donc les traitions des routines; et repoussant celles-ci , recueillons avec avidité les préceptes de celles-là.

Une faute routinière que je n'ai vu que trop souvent commettre dans notre armée, malgré les fréquentes et terribles leçons qu'elle nous a values, c'est de croire qu'on ne pouvait reconnaître sans attaquer. i

Ce principe ridiculement faux entraînait naturellement une série de conséquences aussi fausses que lui. Une reconnaissance partait toujours nombreuse ; <Je là , surabondance de fatigues pour les régiments ; puis difficultés, retards dans la mobilisation ; puis enfin, confiance dans ses forces, amour-propre mal entendu, oubli de sa mission, combat inégal, retraite embarrassée, et défaite complète.

Beaucoup de nos reconnaissances étaient mal calculées, car elles étaient trop nombreuses pour voir sans être vues, trop faibles pour attaquer, ou soutenir une attaque.

Les reconnaissances ne doivent être nombreuses que dans un seul cas, celui où il faut qu'elles attaquent ; alors, leur force numérique doit être aussi respectable que possible.

Dans tout autre cas, elles ne doivent se composer que de quelques hommes intelligents, et Lieu montés, qui passent partout, peuvent se cacher derrière un rocher, quelques arbustes, et, s'ils sont poursuivis, ne sont obligés de s'attendre , car ils ont de meilleures jambes que ceux qui les poursuivent.

Établissons donc que reconnaître tftst pas allaquer.

fcfeè «îcoîmAissANCBi. 179 te n'est que pour roîeîii reconnattfé. L'attaque n'est donc pas son but, mais un de ses moyens.

II ne faut employer ce rrtoyeh que lorsque sans lui vous ne pouvez remplir voire mission. ' Si donc, quoiqu'à la lête de deux cents chevaux 'Vous pouvez mieux voir l'ennemi avec deux cavaliers embusqués au coin d'un bois, qu'avec toute ^otre troupe engagée, giirdez-vdtfc àè préférer le second moyen au premier.

La reconnaissance la mieux commandée est -celle qui rapporte le plus de documents utiles, qui 'ramène tous ses chevaux, eft ses hommes en bon *état, et non celle gui, en oubliant son but, fait des tours de force, au lieu de tours d'adresse ; l'officier qui commande celle-ci, est, à mon avis, gravement ^coupable, et doit être exemplairement puni.

La cavalerie légère russe n'en agit pas comme nous. Dans la campagne de Russie , nous élions d'avant'garde, etmarchionsd'OrcAa, sur Wilebsk en arrivant h Babinowitschi, près d'un bois, nous 1 Saperçumes un cosaque qui traversait une clairière; nous nousarrélames, et nousnous formâmes.On détacha un escadron sur laclairirière, et Ton parvint à faire prisonniers deux cosaques, dont les chevaux étaient épuisés de fatigues; trois autres s'échappèrent. On resta longtemps en position, on fouilla le pays avec soin, Ton ne trouva personne. Les prisonniers furent interrogés, ils répondirent, qu'ils avaient été envoyés de Wilebsk, au nombre de

> cinq, en reconnaissance sur Orcka, (vingt lieues): qu'ils nous suivaient depuis le malin ; qu'ils n'a-

' vaient pas perdu un seul de nos mouvements; les trois autres cosaques regagnèrent leurs troupes

1 qu'ils insiruisirent, et quelques jours après, à ce même Bafrinowisichi, une reconnaissance de no-

> tre régiment, composée de deux officiers et cinquante chevaux, fut enlevée intégralement parles

» Russes. r#1

Une seconde faute routinière, que je n'ai vtl qae trop souvent commettre dans notre armée , était relative a la régularité de la composition numérique, et des heures de sortie des détachements envoyés pour reconnaître. Lorsque tous les jours, aux mêmes heures, sur les mêmes routes, et allant aux mêmes lieux, partent des reconnaissances composées du même nombre d'hommes, leur sort est facile a prévoir.

l es reconnaissances doivent, le plus possible, inarcher inaperçues ; pour cela, dans les lieux couverts, leur allure peut être plus lente que dans une plaine découverte, sur laquelle leur marche n'es* plus un mystère. Il faut donc que, lorsqu'elles on* quelque chose à redouter, elles tâchent de passer es plaines la nuit, ou que, dans le jour, elles les traversent au trot, pour échapper plutôt aux regards.

Elles doivent craindre d'être dénoncées à l'ennemi par les paysans. Pour diminuer ce danser, qu'elles évitent ïe plus ;possible, les villages qu'il est inutile qu'elles traversent et reconnaissent; pour cela qu'elles aient avec elles ce qui est nécessaire h la nourriture de leurs chevaux, et de leurs hommes, et qu'elles fassent leurs haltes dans des endroits isolés, cachés, desquels elles aperçoivent de loin, et dans lesquels quelques hommes a pied, bien placés, suffisent pour les garder.

Si les reconnaissances s'arrêtent dans un village, qu'elles le sondent avec prudence, avant de s'y engager , et qu'elles établissent des vedeltes niob£ es en dehors, sur ses flancs, pour arrêter les paysans qui pourraient s'échapper et prévenir Ternienu. Que leurs haltes ne durent que le temps nécessaire pour reconnaître les lieux , prendre des guides, des renseignements utiles, et pour fourra-

Si le village est entouré d'une plaine décoth

rerte, oto réunira le* détachement au pied du clocher, où il pourra débrider et fourrager. Un facionnaire sera mis dans le clocher pour prévenir ïeParrivée de l'ennemi ; ce factionnaire elles deur >u trois vedettes volantes dont j'ai parlé plus haut, suffiront pour garder parfaitement le détachement. Al la nuit, la reconnaissance s'éloignera, et si elle a intérêt à-tromper sur sa marche , elle sortira par une porte opposée à la direction qu'elle voudra suivre, et regagnera sa route par un détour. Son arrière-garde veillera à ce qu'on ne la suive pas.

Si la reconnaissance est en retraite, poursuivie par l'ennemi, et forcée de traverser un village, une ville, elle le fera rapidement.

Si ;la reconnaissance a des raisons de craindre une surprise de nuit dans son bivouac , elle allumera ses feux, et s'éloignant ensuite, elle ira s'établir sans feux et sans bruit , à quelques centaines de toises, en arrière de l'emplacement abandonné.

Si la reconnaissance marche la nuit, et loin de l'ennemi, elle tâchera de monter son guide sur un cheval blanc qui le distinguera, et qu'on apercevra toujours mieux qu'un autre, telle sombre que soit la nuit.

Si la nuit, une reconnaissance est près de l'ennemi et veut lui dérober sa marche , elle se gardera bien de mettre des chevaux blancs à l'avantgarde.

Si elle tient une route pavée, elle marchera sur les côtés en terre, pour assourdir sa marche, qui s'entendrait autrement de fort loin.

Si elle est près de l'ennemi, elle interdira à ses hommes l'usage de la pipe, qui pourrait éclairer leur visage et les faire apercevoir.

Si enfin, près de l'ennemi, elle veut le bien observer, elle le tournera, puis arrêtant le gros de sa troupe, ne détachera que deux ou trois hommes

182 DES RieaftlttlSSÀKCM-

très intelligents, qui, comme des chasseurs à l'affût, se glisseront dans le plus grand silence, et pour ainsi dire, d'ombre en ombre, pour dérober leur marche. Arrivés à leur point de vue, ils regarderont avec la plus grande attention, et reviendront rendre compte, en mettant à leur retour le même soin qu'à leur arrivée»

Si le commandant d'une reconnaissance , après avoir bien apprécié l'ennemi, peut, sans danger, lui faire quelques prisonniers, ou jeter l'alarme dans son camp, s'il en a reçu au départ l'ordre facultatif, il le fera.

En 1814, le général Maison donna l'ordre â tm officier des lanciers rouges de la garde impériale de partir de Mlle à la tête de cent chevaux , pour reconnaître l'ennemi dans M mm, et de lui rapporter des renseignements bien circonstanciés. Cet officier partit à deux heures après midi ; le soleil se couchait lorsqu'il apercevait les clochers de Menin ; il avait dérobé la marche de son détachement qu'il embusqua à une demi-lieue de la vttfe. La nuit venue* et une nuit des ptas sombres, M approcha de la ville avec un peloton , évitant les chemins pavés et embusquant ce peloton à me portée de fusil, puis se glissant dans le faubourg avec un officier, un sous-officier et un trompette, il mit pied à terre, fit tenir son cheval, et se cacha dans un fossé auprès du pont. Les reconnaissances de l'ennemi rentrèrent successivement et passèrent auprès de luu Malgré la profondeur de la nuit, leurs silhouettes se détachaient assez nettement sur le ciel, pour qu'il comptât homme par homme, et qu'il distinguât la différence des cliver-

donnaient des indices sur le nombre, et la composition des troupes ennemies, certain que toutes les reconnaissances étaient rentrées, et qu'il n'avait plus rien à craindre d'elles de ce côté de la rivière,

il envoya chercher une dizaine de lanciers. Un paysan sortent d'une imison et passant à côté de lui , l'aperçut et voulut crier; il le fit saisir par le sous-officier qui lui mit un pistolet sur la poitrine, et le conduisit en arrière ; les lanciers arrivèrent silencieusement, à l'instant où le poste ennemi s'apprêtait à amener le pont tournant; à leur tête, il chargea le poste trop confiant, fit prisonniers ses * dix-huit cavaliers montés, et effectua immédiate* ment une prompte retraite.

Il rapporta des documents certains au général, et ramena tous ses hommes ; aucun n'avait même été blesse»

En 1809, le général Curely , alors capitaine, ' aide de camp avec moi du général Ed. Colbert, fut chargé de reconnaître la marche de l'armée autrichienne, qui se retirait faisant face à notre armée d'Italie. À la tête de cent chevaux, il devança de dix lieues notre division, tourna l'armée autrichienne, et se faufila si secrètement sur ses derrières, qu'à la chute du jour il se trouva embusqué dans un bois, à trois quarts de lieue en arrière du village dans lequel s'établit Pétat-major général de l'archiduc. Une grande plaine poudreuse le sépa^ rait de ce village* Deux ou trois maraudeurs hongrois, qu'il arrêta, lui donnèrent des renseignements utiles. Un grand troupeau de bœufs, revenant des champs, et se dirigeant sur le village, passa près de son embuscade; il saisit les bergers, et fit parquer le troupeau dans le bois, jusqu'à ce que la nuit fût close; puis, le remettant en roule, et plaçant au milieu ses cavaliers à pied conduisant leurs chevaux par la bride, il se dirigea ainsi vers le village, sous la protection de l'épais nuage de poussière qu'il soulevait. La nuit, la poussière, la fatigue de l'ennemi, le peu d'inquiétudes qu'avaient les Autrichiens du côté où le troupeau se présentait, servirent si bien les projets de Curély, que

celui-ci pénélrâ jusque sur la place du Village, où, de sa main, il brûla la cervelle à un des factionnaires de l'archiduc général en chef. Ace signal, ses cavaliers remontèrent à cheval, sabrèrent quelques minutes, et profitant de l'étonnement, de la stupeur de l'ennemi, sortirent du village, et rejoignirent le lendemain la brigade Colbert, saDs , avoir perdu un seul homme, ni un seul cheval. La position de l'état-raajor général autrichien sûrement reconnue, donnades indices certains de celle de notre armée d'Italie, que, deux, jours après, nous retrouvâmes, et à Pavant-garde de laquelle nous combattîmes à Karako, a Pappa et à Haab.

Après ces deux exemples dont je puis vous affirmer l'exactitude historique, je crois utile d'en composer un plus détaillé, et que nous suivrons sur le petit plan annexé au chapitre Topographie.

Le capitaine mandé à Fétat-inajor de la division, y reçoit l'ordre suivant :

« Le capitaine * *k partira sur-le-champ à la tête de cent chasseurs du 8e.

Il reconnaîtra la petite ville de Neustadl.

Si l'ennemi l'occupe, il tâchera de faire quelques prisonniers qu'il ramènera.

II rapportera des nouvelles du corps d'année prussien qui doit être arrivé près de cette ville.

Il examinera avec soin le pays qu'il traversera, et me rendra compte de sa configuration, de l'espèce et de l'état de ses routes, de ses ponts, de ses cours d'eau, etc.

Il tâchera de rejoindre après-demain avant dix heures du matin.

Le général, etc.

Bivouac de Groslhurm, ce 18 juin 1832, à cinq heures du matin. »

Le capitaine, après avoir reçu cet ordre des

ttins du général, relève sur la carte de l'état-ma- )r ud calque du terrain qu'il va parcourir.

H prend ensuite le commandement du détache* leot qu'a fait tenir prêt l'adjudant-major.

Il inspecte ce détachement; reconnaît que les ibernes sont garnies de cartouches; que les armes ont eu bon état ; que les chevaux sont bien ferrés; ue les besaces contiennent du pain et de l'avoine; uis il fait rompre par deux.

Il s'arrête de sa personne et voit filer son détahoment.

Trois chevaux boitent; deux sont trop faibles our suivre; d'autres sont connus pour hennir; es chiens accompagnent le détachement , il les lit rétrograder, et les laisse au bivouac.

Une fois hors des avant-postes et de la ligne des latrouilles, il s'arrête ; fait ressangler ses chevaux ; létacher les flammes de lances ; meure les mousluetons au crochet; retrousser les schaVaques, rouer et croiser les manteaux ; il place ses Alsaciens n tête de la colonne en leur recommandant de ne »arler qu'allemand. Parmi ses officiers, il en est un le celte province, il le fait marcher auprès de lui, tt donne le peloton qu'il commandait à un sousofficier.

Le premier officier, après le commandant, marche à la queue de la colonne, de manière à ce [u'elle soit encadrée complètement.

L'avant-garde est formée de dix hommes cornoandés par un sous-officier alsacien ; elle marche i cent pas en avant.

Le pays est ouvert, les terres mouillées , il faut narcher vite ; on ne détache pas de flanqueurs, qui Teinteraient leurs chevaux, et ralentiraient la narche en pure perte.

L'arrièrc-garde , composée d'un brigadier et |uatre hommes, marche à cinquante pas de la codanCt *.

L'avant-garrie parait hésiter ; le capitaine fait marcher quatre, espace ses pelotons h cent pas les uns des autres, et sur le côté droit de la roule, leur droite au fossé. Il arrête ses colonnes, et en* voie savoir la cause de la halte de Pavant -ga rde : c'est l'apparition de cavaliers; ils ont été reconnus } c'est une de nos reconnaissances qui rentre. j

I| interroge son commandant ; mais elle a été vers un autre point que celui vers lequel nous nous dirigeons, et ne sait rien, si ce n'est que des patrouilles ennemies de douze à vingt-cinq chevaux, & une lieue de l'endroit où il se trouve , ont para sur la route û'Ingolsheim.

I) resserre sa colonne et continue sa marche. Le terrain change d'aspect ; il s'accidente ; quel* ques monticules s'élèvent à droite et dominent la plaine ; le capitaine détache trois hommes bien montés, qui suivent leur sommité , et flanquent le détachement.

Après avoir marché deux heures , on arrive a l'extrémité du plateau. Une riche et large vallée s'ouvre à ses pieds. Un carrefour se présente, quatre routes y aboutissent ; la première à droite est ferrée, ce doit être celle d'Ingolsheim. La seconde n'est qu'un petit chemin de terre, qui serpente le long de la montagne, et paraît se diriger, en traversant la plaine, vers les bois qui suivent et ferment à droite la vallée. La troisième est une route ferrée qui fait suite à celle d'IngoUheitn; elle doit conduire à Neustadi par Berndorf.

Le capitaine, en consultant sa carte, se convainc qu'il ne se trompe pas; en effet, elle indique l'extrémité du plateau, et le carrefour à deux lieues. II y a deux heures qu'il marche. Elle indique Berndorf* deux lieues dans la vallée en avant, eti gauche de l'extrémité du plateau ; et à cette distant

te, et dans cette direction on distingue un vilage*

Pour être plus certain encore, il envoie son officier alsacien, suivi de deux chasseurs de la même >rovince, interroger un paysan qui travaille à cen >as. L'otficier dit en bon allemand à ce paysan : Eh ! camarade, as-tu vu les nôtres ? — Qui les vôtres ? — Eh ! parbleu, les frères, les Prussiens.

— Non. Mais je sais qu'il en est arrivé à Neusladt et à Baumdnrf. — Et les Français ? — Ah ! les gueux ! on dit qu'il y a 10,000 de leurs cavaliers à Grossihurm. — Tant que cela ? — Oui, au moins.

— Eh bien ! nous allons rejoindre les camarades à Neustadi. — Par où faut-il passer ? — Descendez la route qui est là. — Celle-ci ? — Non, c'est celle à'Ingolsheim. — Celle-ci ? — Non, c'est un petit chemin qui conduit par les bois du côté de Baumdorf, mais bien celle-là, qui est ferrée et qui vous conduira à ce village que vous apercevez là bas.

— Oui, je vois près de la montagne ? — Non, c'est Bonn, mais plus à droite dans la vallée. — Là ? — Oui, c'est Berndorf. — Ya-t-il loin ? —Deux lieues.

— Et de Berndorf à Neusladt , combien y a-t-il ?

— En cinq heures à cheval vous y serez. — Merci*

— Adieu.

Le capitaine ne s'est donc pas trompé. Il réfléchit; l'ennemi est dans les environs, il doit avoir des postes dans la vallée ; il est plein jour ; la marche du détachement ne peut être dérobée, surtout s'il suit la grande roule ; les chevaux auront bientôt besoin de repos; le rideau de bois qui se trouve à droite, qui suit la vallée et se continue jusqu'à la route de tlaumdorf, peut masquer sa marche ; il n'hésite pas.

Tournant à droite par le petit chemin, il descend lestement la montagne, et traversant la plaine au trot, il gagne le bois.

Il suit des sentiers qu'il juge courir dans la di-

rection de la marche qu'il fait. Sa boussole l'aide, et, à son défaut, le soleil. La vallée, qu'il aperçoit à sa gauche à travers les clairières, l'empêche de s'écarter dangereusement à droite. Sa inarche est silencieuse. Ses hommes parlent bas, ajustent leurs armes de manière à ce qu'elles ne étiquetent pas sur les cuivres des bufllelcries, sur le fer des élricrs, des éperons, etc.; ici les difficultés du ter* rain forcent à mettre pied à terre, mais on remonte à eheval, on double l'allure. Ces mouvements s'exécutent sans commandement; l'exemple de la tcte règle tout.

La colonne marche aussi serrée que possible; l'avant-gardc et l'arrière-garde se sont rapprochées.

Il y a cinq heures que l'on a quitté Grossîhurm; le lieu où l'on se trouve est désert, et l'ombre du bois est épaisse. Le capitaine quitte le seutier,fait entrer les chevaux dans une clairière bien entourée de hautes broussailles, et fait mettre pied à terre.

Des factionnaires sont placés dans diverses directions, de manière à tout voir et à n'être pas vus; la moitié des chevaux est débridée et attachée à des arbres, elle mange l'avoine, l'herbe ou les feuilles qu'on peut ramasser sans s'écarter; les hommes déjeunent silencieux , la bride au bras et devant leurs chevaux.

Le capitaine n'a pas oublié de faire pendant sa route des remarques qui lui serviront, si, ne pouvant effectuer son projet, il est obligé de revenir par le même chemin : il a tracé un croquis suivi sur son calpin , et des branches cassées à l'entrée des routes, des aspects retenus par sa mémoire locale, sont des jalons pour le retour.

Il est une heure, on remonte à cheval , et l'on reprend la marche. Le terrain est difficile, les chevaux soju très fatigués à heures du $ojr, lors^

DBS RECONNAISSANCES» 189

n'on rencontre la route de Baumdorf; que fera ! capitaine?

Deux lieues le séparent encore de Neustadt. II jnore si l'ennemi est dans ce bourg, s'il y est en >rce ; le détachement est harassé, et s'il élait bligé d'exécuter une retraite sous le feu de cavaers reposés, il éprouverait sans doute de nombreuses pertes; d'ailleurs, s'il marche immédiatement sur Neustadt, il arrivera à la chute du jour, ris tant où la cavalerie est toujours sur ses gardes ; 'il attend sans se reposer ni faire fourrager ses hevaux, ses chances ne seront pas meilleures.

Il s'embusque donc près de la route : un homme rient à passer, il le fait saisir, et lui dit que s'il *rie il le fait fusiller sans pitié.

Tu viens de Neustadt? — Oui.— Les Prussiens y sont-ils ? — Oui. — Cavalerie ou infanterie ? — Cavalerie. — Combien d'hommes environ ? — Je ne sais. — Y a-t-il un village près d'ici ? — A un quart de lieue. — Et des fermes isolées ? — Plusieurs.— Les connais-tu ?— Oui. — Comment leurs bâtiments sont-ils disposés, et où se trouvent-elles ? — L'une est près du village, elle est riche, ses bâtiments sont grands, et on peut y entrer facilement, car elle n'a pas de cour fermée. — Et l'autre ? — Elle est à trois quarts de lieue du village, et à une demi-lieue d'ici, située sur la lisière du bois et du marais du côté de Neustadt; elle n'est pas si riche que la première; elle a une cour entourée de grands murs, et fermée par une grande porte ; elle est à une lieue environ et à droite de Neustadt. — Conduis-nous à celle-ci.

Le capitaine, alors, après avoir reconnu que personne ne passe sur la roule, la fait traverser rapidement, et, rentrant dans la forêt, il suit son guide qu'il a Élit attacher par un bras, et qu'il a remis k la garde d'un brigadier et d'un sous-offi-

Il s'arrête à deux cents pas de la ferme ; reconnaît ses abords, les fait entourer lestement, et, se remettant en marche, il entre dans la cour.

Un paysan qui s'échappait lui est ramené par un des cavaliers du cordon qu'il avait formé auiourde l'habitation. Ce paysan, tous ceux de la métairie, et le guide, sont mis sous clef dans une cave, à b porte de laquelle est posé un factionnaire. Les portes de la ferme sont fermées, des factionnaires intérieurs mis à celles qui ouvrent sur la campagne; quatre hommes caches sont placés aux fenêtres desquelles on aperçoit de loin, et aux quatre expositions de la maison. Les chevaux débridés mangent, les hommes mangent et dorment. La nuit est veuue, aucune lumière n'éclaire les fenêtres, le silence règne dans le détachement.

Une patrouille de cinq cavaliers prussiens passe devant la maison ; les homme? placés aux fenêtres ont prévenu de son arrivée. Est-ce une avantgarde? Les hommes ont bridé lestement, sont montés à cheval, et se sont rangés dans la cour, le sabre à la main. L'ordre est donné, dans le cas où l'ennemi serait nombreux et voudrait entrer, d'ouvrir les portes, de faire une sortie vigoureuse, et de reprendre la route par laquelle ou esl venu.

La patrouille n'est suivie de personne, la prendra-t-on ? Non, parce que des coups de feu pourraient être tirés, et donnerait loin l'éveil. Elle veut entrer, elle frappe. On ne lui répond rien. Elle insiste. L'olflcier alsacien répond en contrefaisant le mieux qu'il peut l'accent du pays, qu'il ne veut pas ouvrir, et que si la patrouille insiste, il ira le lendemain se plaindre à ses officiers. Elle s'éloigne eu jurant.

Les cavaliers mettent pied à terre, débrident, et font mander leurs chevaux* . . ..

Le capitaine interroge l'un après l'autre, eti»

ment, les habitants de ta ferme, après les avoir évenus qu'il y va de leur vie, s'ils cherchent à le omper dans leurs réponses.

Il apprend que cent hussards prussiens sont à îeustadl; qu'ils sont venus de Freyihall, ville mrefbis fortifiée, entourée encore d'une chemise, t distante de huit lieues ; qu'ils bivouaquent en rrière du bourg; qu'ils ont une grand'garde de onze hommes sur la route de Baumdorf, et un oste de cinq hommes sur celle de Weg; qu'ils nvoient des patrouilles dans la direction de Bonn, ierndorf et Baumdorf; que ces patrouilles sont le douze ou quinze hommes; qu'elles parlent orlinairement à quatre heures du malin et à cinq leures du soir; qu'elles rentrent deux ou Irois îeures après leur sortie.

A deux heures du matin, le capitaine fait brider ses chevaux, vérifie qu'ils sont bien sellés, bien sanglés, que les besaces contiennent des vivres et jpe ration d'avoine, que des trousses de fourrages bien ficelées sont attachées sur les porte-manteaux; puis, ne rendant la liberté qu'à un seul paysan qu'il fait monter Sur un des chevaux de la ferme, et observant, à l'égard de cet homme, ce qui est prescrit au chapitre des Guides, il le place en téte du détachement, et vient s'embusquer dans le petit bois situé à un quart de lieue en arrière de Neustadt.

Ses hommes mettent pied à terre, tiennent leurs chevaux par la bride, et gardent le plus profond

silence.

A cinq heures du matin, c'est-à-dire une heure après l'instant présumé du départ des reconnaissances ennemies, le détachement monte à cheval, * se rapproche le plus secrètement possible de Neuslaài, puis, lorsqu'il peut être aperçu, il part au Srand trot, met le sabre à la main, prend le galop,

charge le bivouac, et enlève cavaliers et chevaux Le capitaine saisit les lettres de la poste, fait prisonniers deux notables de la ville : l'un est le raatlre de poste, l'autre le bourguemestre. Il les place sur des chevaux de prise, et, sortant au grand trot par la route de Baumdorf, il ne reprend le pas que lorsqu'il a tourné à droite sur celle de Berndorf.

Les prisonniers, sans armes, montés sur des chevaux de prise qui sont conduits en main par des chasseurs, marchent au centre de la colonne. L'avant-garde, composée de douze hommes et d'un officier, précède de cent cinquante pas. L'arrièregarde, composée de vingt-cinq hommes et d'un officier, suit à la même distance.

Le capitaine examine avec soin la route qu'il parcourt, et sur laquelle il doit rapporter des renseignements exacts au général. Il ne s'arrête que quelques minutes à Berndorfy pour y prendre un guide et quelques notes ; puis, redoutant de passer au carrefour qu'il a reconnu en allant, et qui doit être nécessairement un but central pour les reconnaissances ennemies, il tourne sur un chemin vicinal à droite, traverse la plaine et gravit la montagne.

Arrivé à son sommet, il établit son monde dans un lieu écarté du chemin, derrière des monticules qui dérobent sa présence du côté d'Ingolshcim, et, plaçant des factionnaires cachés qui découvrent la plaine et la vallée, il fait fourrager ses chevaux. Pendant ce temps, il interroge les prisonniers, écrit son rapport, qu'on trouvera au chapitre suivant, et termine le croquis joint au chapitre Topographie.

Lorsque les chevaux ont mangé, il fait monter à cheval, et, par un détour, regagne la route de Groêslhurm. A un quart de lieue du bivouac, il fait

^placer les flammes aux lances de ses chasseurs ; mis, sans changer son ordre de marche, il reconlaît nos avant-postes et rentre au régiment. Là, il présente les chevaux de prise au colonel, et conluit les prisonniers démontés <Hi général, auquel 1 remet son rapport.

Des Rapports.

Il y a deux espèces de rapports : les rapports verbaux et les rapports écrits.

Les premiers se font au retour d'une reconnaissance, d'une mission, et s'envoient par un officier, un sous-officier détaché de l'avant-garde. Ils doivent être courts, et pour les missions importantes, ils sont en général insuffisants; c'est pour cela qu'il est utile qu'ils soient accompagnés de rapports écrits, dont ils deviennent un heureux complément.

Les rapports écrits, je le sais, sont difficiles à obtenir des officiers, parce que, avant la guerre, ils ne s'y sont pas brises par des études préalables; c'est un tort réel de la direction des études militaires. En guerre, l'inexactitude ou la paresse d'un officier à écrire et à envoyer son rapport, est une faute grave qu'il faut punir sévèrement.

Les rapports sont aussi indispensables an commandant en chef, que la carte du pays qu'il parcourt. C'est par eux qu'il s'éclaire ; sans eux il ne peut diriger.

D. Quelles sont les qualités indispensables d'un rapport ?

R. L'exactitude scrupuleuse des faits qu'il contient, la simplicité, la clarté de rédaction, la netteté de l'écriture, l'orthographe des noms propres,

D. Un rapport ne doit-il jamais contenir que des faits dont on ait une connaissance parfaite ?

R. Il peut contenir une partie officielle et une non officielle, mais elles doivent être bien distinctes ; ainsi, par exemple, il ne faut pas dire :

DES RÀFPORTS. lîJO

« Je suis arrivé au village de Lœvenstein, l'en-

îemï y avait paru le matin, et s'était retiré sur le )Ourg de Greiffensiein ; » mais lien i

« Je suis arrivé I neuf heures et demie du soir iu village de Lœveslein où je n'ai pas trouvé l'ennemi. Le bourguemeslre mfa dit, et les différents rapports individuels des habitants mfoni affirmé que vingt-cinq hulans autrichiens (kurtka vert , rouge et or, schapska jaune), cinquante cuirassiers [babils blancs, parements et collets amaranthe), et cinquante chevaux légers (uniformes blancs, collets et parements bleu de ciel), étaient arrivés ce matin à sept heures à Lœvenslein, qu'ils y avaient rafraîchi, et s'étaient retirés sur Greffenslein.

« Les uniformes désignés me font supposer que les hulans appartiennent au régiment de Merfeld , les cuirassiers à celui à' Albert, les chevaux-légers à celui de Colloredo. Greffensfein me paraît bien éloigné pour que cette troupe se soit retirée sur cet endroit.

«t De nouveaux renseignements me font supposer qu'à une lieue d'ici, elle aura quitté la route qui conduit à cette ville pour se jeter sur Kirsiein, où l'on dit que se trouve une division de cavalerie au trichienne. Je n'accorderai que quelques heures de repos indispensable a nies chevaux, et demain, à trois heures du matin, je me mettrai en roule pour m'assurer de la vérité. »

Dans cet exemple, la partie positive, qui est ^arrivée du détachement à Lmvenslein, est affirmée; celle relative au passage des cavaliers autrichiens est annoncée comme un on dit dans lequel on doit avoir confiance; et celle relative à la route qu'on t prise ces cavaliers pour exécuter leur retraite, est une supposition du commandant de la reconnaissance, dans laquelle le général attachera plus ou moins d'importance, suivant le degré de con-

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