DU MORAL
hommes par les moyens qui sont à votre disposition*
Un verre d'eau-de-vie distribué â propos, une faute que commet l'ennemietqu'on fait remarquer; Pespoir de charger bientôt pour se venger ; le récit de blessures qu'on croyait graves et qui bientôt ont été guéries, parce que l'homme ne s'est pas abandonné; celui d'actions d'éclat récompensées; celui de positions crues un instant désespérées, et qui rétablies par le courage et le sang- froid firent pleuvoir les justes récompenses sur les braves ; etc.
Nous entrâmes les premiers à Heilsberg, et reprîmes la une grande quantité de Frauçais et d'alliés qui, la veille avait été blessés et faits prisonniers par les Russes et les Prussiens. L'un d'eux, soldat d'infanterie, nous voyant boire du vin, vint à nous très gaiement, nous raconta comment il avait été pris, et but avec nous. Mais tout le vin qu'il mettait dans sa bouche, retombait sur ses revers. Nous regardâmes, il avait la gorge coupée en grande partie, et c'était par cette ouverture que le vin s'échappait; nous lui en fîmes l'observation, il nous répondit que ce n'était rien, et regagna lestement son régiment. J'ai appris depuis qu'il avait guéri parfaitement. Il ne s'était pas abandonne.
A l'affaire de Pappa, nous chargeâmes l'insurrection hongroise et la cavalerie de Bubna. Un adjudant sous-officier du 9e hussards reçut un coup de sabre qui lui fit une entaille des plus larges au col ; sa tète se pencha sur ses épaules et ses yeux se fermèrent : je le crus mort. Il en revint proraptement ; il était avec nous à Wagram* Il avait voulu vivre.
Près de Tilsiu, un des hussards du 7e , et de la compagnie dont je faisais partie , reçuf vingt-deux coups de lances; un mois après il était à cheval. H
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n'avait pas douté un seul instant dfe la guétisou.
A l'affaire de Raab , sous les ordres du général Monbruti . nous marttieuvrâmes par la droite et refoulâmes l'infanierie hohgrbise,pâr Un Changement de front à gauche. Le soir nous étions à St-Nicolas, village situé à quatre lieues en avant du ebamp de bataille. Sous du foin qtte j'enlevâis pour lnes chevaux , je trouvai ub fantassiii autrichien qui se cachait; je l'amenai au bivouac. Il soupait avec nous, et ne se plaignait pas, lorsque je remarquai sur sort Uniforme blanc une longue trace de sang. Je le fis déshabiller. Une balle lui était entrée dans la poitrihè et se trouvait dppareûte I l'œil et au toucher près dès reins; elle fut extirpée devant moi par uh simple coup dfe bistouri qui débrida la peaU. Cet homme était blessé depuis six heures* et avait fait quatre lieues à pieds * en quatre heures.
Que ne peut la volonté ! ...
Sods Kommorii , la cavalerie autrichienne now surprend de nuit. Nous la repoussons. Un hussard hongrois est traversé d'Outré en outre d'un coup de pointe; Il est pris ; quinze jburs après , il était sur pied , et chantait dans nos bivôùacs.
A Wugrarà , nous chargeâmes Sur des carrés, le général Cblbtert , dont j'avais l'honneur d'être aide-de-cairip -, reçut à brûle pourpoint une balle à la tête. Celte balle le frappa près de l'oreille droite et sortit près de l'oreille gauche. La brigade pleurait déjà sort intrépide chef! Mais la balle avait fait le tour du crâne. Le soir même , il revint à Vienne à cheval , et sur la route il riait avec nous. Vingt jours après il était complètement guéri.
La hature physique et morale du blessé influe d'une manière sensible sur le degré de ses souffrances. J'ai vu des hommes supporter les opérations les plus cruelles en chantant, et même sans changer dfe visage. Ils souffraiebt indubitablement moins que d'autres.
HU *PRAL. 251
Il est (les hommes que le champs de bataille rend féroces; H faut modérer ces dispositions, lorsqu'on les rencontre : d'autres chez lesquels des préjugés 4'enfance égarept et faussent le nob}e instinct de la pitié,
Le lendemain de la bataille à'Heilsberg , à la pointe du jour, étant de grand'garde, nous entendîmes tirer des coups de fusils. Nous montâmes lestement à cheval et nous portâmes du côté d'où partaient ces coups. Que trouvâmes-nous ? un tirailleur corse qui achevait les blessés qu'il jugeait ne pouvoir survivre; nous l'interrogeâmes, et nous convainquîmes qu'ils le faisait par pitié. C'est ainsi qu'il la comprenait.
A la bataille de la Moskowa ( Mojaisk ) , un jeune cuirassier charge avep son régiment sur la redoute russe qwi se trouvait en face de noire aile gauche. La charge est brillante. Mais les Russes reprennent la redoute , et vingt de leurs chevauxlégers se jettent à la fois sur ce brave. Il refuse de se rendre , tue l'officier commandant . et , couvert de blessures, revient en protégeant la retraite d'un de ses chefs d'escadron blesse grièvement comme lui. L'Empereur lui donne devant nous la croix et fait une pension de cent écus à sa mère.
A Hoogstrasten, à dix lieues en avant d'Anvers, un officier des lanciers de la garde, a Tordre le 1er janvier 1811 , d'attaquer à la pointe du jour un pulk de cosaques. U attaque en colonne sur une route , et , ne se déployant pas , n'engage véritablement que son premier peloton. L'ennemi percé sur son centre , se rue avec acharnement sur ce peloton qui tient ferme , soutient le choc , et reprend la charge. Notre fraîche attaque, notre audacieuse fermeté ont de beaux résultats. L'Empereur envoie à ce seul peloton , deux croix , et deux brevets d'officiers.
Le sang-froid qui laisse arriver à soi une charge;