‹ Avec préface (volume 3)Chapitre 35 sur 214 · SCKNB III HENRI, LOUISE, CÉCILE · texte numérisé non relu

SCKNB III HENRI, LOUISE, CÉCILE

HENRI, se retournant.

11 n'y a rien!... (Apercevant Louise.) Ciel ! Louise!... ( We<-

embarras.) VOUS... ici Comment?

CÉCILE, tremblante.

Je suis venue, madame...

HENRI

Que dites-vous?... vous saviez... quel est ce mystère?

LOUISE

Elle l'avait promis.

HENRI

Promis! promis de me... et à qui?

56 COMEDIES ET DRAM]

LOUISE

A moi, monsieur.

1 1 E N R I , avec irritation.

A vous?... Ah!... cela m'explique les terreurs de madame, ses efforts pour me retenir.

Ne m'accusez pas!...

HENRI, s' animant.

Ce Il'est pas VOUS que j'aCCUSe... (Se tournant vers Louise.)

Et puis-je savoir, madame, quel rôle vous me destinidans quel but, de quel droit vous m'avez amené ici?...

LOUISE

De quel droit? Nous sommes trois dans ce lieu, et me demandez de quel droit!...

HENRI, éclatant.

Eh bien ! madame, quand j'aurais eu des torts envers vous... n'était-ce pas à moi seul que vous deviez adresser?... Tous était-il permis de vous jouer de votre mari, et de m'attirer dans ce piège ridicule? Car c'e>l un piège que ce rendez-vous.

LOUISE

Ah! qu'est-ce que cette femme a donc fait de votre cœur!

i LE.

Grâce, madame, je suis toute tremblante d'effi repentir.

BSN El, a < ecile.

Ne vous humilie/ pus. car je ne voua - bu-

milier. Venez, madame : tant que je serai I toujours quelqu'un pour vous défendre.

Lui [SB.

Vous oseriez m'outrager ainsi

Il KNHI.

Outrage pour outrage!

LOUISE DE LIGNEROLLES. o7

LOUISE

Silence, monsieur! Ma mère est là : craignez qu'elle ne /ous entende!

HENRI

A vous la honte.

A moi!

LOUISE

HENRI

Oui, à vous qui avez profané un tel lieu par une telle scène.

LOUISE, avec explosion.

Ah! je ne me laisserai pas accuser devant ma mère!... Il faut que je me justifie!... Eh bien donc! (Se tournant vers Cécile.) Que madame soit notre juge!...

CÉCILE

Moi !

LOUISE

Oui, vous! vous serez plus juste envers moi que celui à qui j'ai donné toute ma vie et toutes mes pensées! Dites! dites, madame ! Hier, quand j'ai surpris cette lettre, ne pouvais-je pas m'élancer vers le prince, et briser votre vie comme vous avez brisé la mienne?...

CÉCILE

Oh! vous avez été généreuse!

Hier, quand j'ai appris devant tous que vous étiez cette Cécile qui me tuait, toute mon âme s'est soulevée pour crier à mon père : « Emmenez-moi!... » N'ai-je pas refoulé mes larmes, et étouffé les cris de mon cœur, au risque d'en mourir?...

CÉCILE

C'est vrai! c'est vrai!...

LOUISE

Hier, quand vous étiez tous deux seuls, et que mon père vous a surpris... qui vous a sauvés?

58 COMEDIES ET DRAM :

CÉCILE

Vous! vous!

LOUISE, à Heari.

Vous l'entendez, monsieur! et vous m'accusez d'avoii préparé votre humiliation ! Qui suis-je donc, moi!... Votn honneur n'est-il pas le mien?...

(Henri fait un mouvement.

LOUISE

Oui, c'est moi qui ai dit à madame : «Vous viendrez... » oui, c'est moi qui ai choisi ce lieu pour cette scène ; mai> savez-vous pourquoi?... le savez-vous?...

CÉCILE

Mon Dieu!... qu'est-ce que j'éprouve!...

LOUISE

Pas de vengeance ! pas de jalousie cruelle, m'écriais-jc : ces sentiments-là ne sont pas faits pour moi!. ...le le> réunirai tous deux au tombeau de ma mère, el quan< ils seront dans ce lieu solennel, près de cett • ombi guste et sainte à qui Henri a juré de me rendre heur j'irai à eux ; et là, sans reproches, sans amertum leur dirai : - Rendez-moi Henri... rendez-moi Henri!.. je l'aime de toutes les forces de mon âme!,., je ne peux pas vivre sans lui! rendez-le-moi!... je rendez-le-moi !.. »

li I. MU.

Louise!...

lui Kl si leur cœur esl noble, me dis quand je leui

montrerai mon âme déchirée, ma \i<- détruite, quand ji leur dirai <jue je meurs s'ils ne leur 'lirai cela ici, le- yeux plein- de larme-, et le nœui

tout gonflé de sanglots... .\h!... le- pleurs m'étouffenl !

ii i:\hi.

i.e remords me saisit !

LOUISE

Voilà ce que je voulais faire ! voilà pourquoi j'ai voulu ue ma mère fût là ! ma mère, Henri, qui vous a dit qu'elle nourait calme parce que vous étiez le mari de sa fille, aa mère que vous m'accusez d'outrager! c'était de l'esime! c'était de l'amour!... et vous n'avez vu là qu'un >iège !... Ah! adieu! adieu!...

(Elle va pour sVloigner.) HENRI.

Oh!

CÉCILE

Arrêtez, madame, ce n'est pas à vous de partir !... i,ouise s'arrête.) Ah ! je donnerais ma vie pour ne vous avoir 3as offensée. Quel est donc votre empire ? Je devrais être iccablée de honte et je suis pénétrée de reconnaissance 5t d'admiralion.

LOUISE

Vous pleurez... je savais bien que vous auriez pitié de

moi.

CÉCILE

Serez-vous assez grande pour accepter mes remords !... dites-moi que vous ne me méprisez pas !... LQUISE.

Je vous plains et je vous pardonne.

(Elle lui tend la main.) CÉCILE, après avoir couvert de baisers la main de Louise.

Ah ! monsieur, comment avez-vous pu m'ai mer ! Je pars ! et nous ne nous reverrons jamais ! ah ! jamais !

(Elle s'éloigne par la petite porte du parc.)

Page 1