SCENE II
Les Mêmes, LOUISE, IIEXRI, LA GRANGE. Pendant la première partie do cette scène, Charles apporte le déjeuner.)
LOUISE , en entrant.
Joséphine, va me chercher ma fille.
JOSÉPHINE
Oui, madame, je vais te l'amener.
(Elle sort.) HENRI, tenant un plan de drame à la main.
Allons, mon plan est repoussé!... c'est une chute, n'est-ce pas, monsieur Lagrange?
LAGRANGE
Je n'admettrai jamais le caractère de votre Edouard.
HENRI
Et toi aussi, Louise, tu me condamnes?
LOUISE
Comment veux-tu que je m'intéresse à un homme qui ne suit pas une marche et ne va que par bonds.
CHARLES
Madame est servie.
LOUISE, a Henri.
Allons, venez, vaincu.
HENRI
Jo ne suis pas vaincu; je me retire devant toi parce
que tu as toujours raison quand tu me regardes: mais je vais me quereller avec ton père; et, d'abord, je n'ai pas grande foi en son goût dramatique. L'autre jour, je lui parlais de la scène qui m'a tant tourment»'*, lu sa
LOUISE
Laquelle donc?
11 KNRI.
Deux frères sont à la tête d'une conspiration : on vient dire à l'aîné que le plus jeune trahit leur cause pour une femme. Il court chez lui... personne!... mais il trouve la preuve de la trahison : au même instant le coupable rentre! que doit lui dire son frère?... sais-tu ce que ton père m'a répondu?
LAGRANGE
Qu'il devait le tuer.
BENRI.
C'est bien pour la fin: mais, d'abord, que doit-il lui dire?
LAGRANGE
Rien! il marche a lui et le tue.
11 KNRI.
C'est un peu rude... sans préliminai lion?
LAGRANGE
Pourquoi hésiter?
: son frère I Bh bien I
i. IGRANGE.
Il KNRI.
On ne tu sans que la main treml
que fait col homme, est-il alors
l»<»u; mblerait-il?
HENRI
Qu'en dis-tu, Louise?
LOUISE
C'est bien grave, pour une femme, une question de poignard ; mais comme cette mort ne doit tuer personne, je suis de l'avis de mon père.
HENRI
Très bien, fille de Spartiate, (a m. Lagrange.) Voulez-vous du thé, armure toute d'une pièce qui ne comprenez pas que quelques hommes ne soient pas d'un seul bloc?
LAGRANGE
Je comprends, du moins, que vous êtes très conséquent en admettant les caractères qui ne le sont pas.
HENRI
Une personnalité!... Eh bien! je me révolte! Je soutiens, moi, que les hommes d'un seul jet, les barres de fer comme vous, mon très honoré beau-père, sont les exceptions. Les caractères ordinaires sont des caractères qui se démentent sans cesse; et Edouard, avec son imagination mobile et chaleureuse, Edouard, avec ses mille passions contradictoires, est vrai.
LAGRANGE
Vrai, je le veux bien, mais sans force, sans portée.
HENRI
Sans force!... un homme qui est tout élan et tout enthousiasme !
LAGRANGE
C'est pour cela même : ses vertus sont de la faiblesse puisqu'elles sont de l'entraînement. Écoutez, Henri, votre Edouard, c'est vous. Eh bien! je trouve que tous deux vous ressemblez quelquefois à ces phalènes brillantes qui volent et se brûlent à toute lumière.
HENRI
A la bonne heure! mais si je vaux quelque chose, c'est
U COMÉDIES ET DRAM]
par là que je vaux. Une grande qualité, un beau talenf me séduit, m'élève; une action hardie, un trait de bonté me va là.
LAGHANGE.
Oui, mais il vous manque ce qui lie les qualités d'un homme, la domination de soi-même, la volonté.
Il ENRI.
('/est que vous, vous en avez peut-être trop. Quand vous avez fixé le but, vous y allez comme un boulet de canon.
LOUISE
LAG RANGE
Pourquoi l'arrêter, ma fille? C'est un noble entretien que celui où deux hommes se disent sincèrement : Voilà ce que vous êtes!...
HENRI
Mon père!...
LAGRANGE
.!•' puis être trop inflexible, Henri : c'est que j'ai vécu dans un temps où chaque acte de devoir était un sacrifice; et. cent fois, j'aurais succombé de lassitude, si je Q'avais eu deux beaux appuis : ma conscience... •■! ta mère, Louise. Henri! elle m'a toujours aimé... Ma parlons pas de cela.
HENRI
Parlons-en, mon père, parlons-en, car ''lie «--t ma mère aussi : c'est elle qui m'a permis d'aimer Louise, c'est elle qui est encore l'ange invisible de la maison.
LA( (Z-VOUS liait C6 qu'elle VOUS a donné en VOUS donnant sa tille?