CHAPITRE XI
PRÉCISIONS DANS LE TRIAGE ET LE CLASSEMENT DES CONSULTANTS AU DISPENSAIRE. — AVANTAGES IMMÉDIATS
En dehors de l'importance doctrinale de ce problème (valeur de la présence du bacille de Koch dans les expectorations), des questions de la portée pratique la plus grave l’ont placé au premier plan de l’actualité médicale, ou, pour mieux dire, médicosociale (L. Bernard, 1925).
Les pages précédentes n’ont eu pour objectif que de mettre en lumière l'intérêt purement médical de la bacilloscopie répétée, tant au point de vue du pronostic qu’au point de vue des indications thérapeutiques plus larges, qu'il y a lieu d'envisager. ne
En abordant, de façon d’ailleurs sommaire, le côté médicosocial du problème, nous touchons directement aux questions les plus pratiques de la lutte antituberculeuse. Nous pensons qu'ici encore la bacilloscopie répétée doit jouer un rôle prépondérant. |
Poux assurer le diagnostic précoce de la tuberculose pulmonaire, si important au point de vue de l'hygiène sociale, les législateurs de tous les pays devraient pouvoir imposer le seul moyen vraiment efficace : l'examen bactériologique rigoureux et obligatoire de toutesiles expectorations (Rénon, 1921).
Il est regrettable que cette phrase ne puisse s’écrire qu’au conditionnel et que la déclaration obligatoire de la tuberculose ‘n’en soit pas la première conséquence.
__ On reste surpris du nombre de sujets ou malades interrogés qui, suivis*pour affection pulmonaire et signalant des crachats depuis des semaines, répondent encore,”tantôt qu'aucune ana-
lyse ne fut pratiquée, tantôt qu’une seule fut faite avec résultat négatif. — Il suffit cependant d’une quinzaine de jours pour permettre, au moins, deux ou trois tentatives de recherche.
A l'issue d’une consultation qui nécessite toujours quelques instants et qui, souvent, se répète à peu de jours d’intervalle, en
coûterait-il beaucoup d’ajouter ce simple avis : « Vous expectorez? —— Faites analyser vos crachats »; ou encore : « Votre expectoration était négative? — Faites renouveler plusieurs
fois l'analyse. »
Les renseignements ainsi obtenus, en servant de contrôle aux autres signes (eux-mêmes judicieusement interprétés), ont une valeur incontestable, quand il s’agit de la lutte entreprise par tout un pays, c’est-à-dire dans l'intérêt de la collectivité en même temps qu'à ses dépens.
De la bacilloscopie répétée peut dépendre, en grande partie, la meilleure utilisation des organisations antituberculeuses et la raison d’être des sacrifices exigés par ces organisations.
Nous rappelons, à ce propos, les questions soulevées à la fin d’une des plus récentes statistiques publiées, celle du Brompton Hospital 1
1° Les résultats de la cure sanatoriale nue t-ils les sres frais auxquels entraîne pareille organisation”?
20 Il serait intéressant de pouvoir faire la comparaison entre la mortalité des malades suivis en sanatorium et la mortalité des malades soignés à domicile.
Que les avis soient partagés! Tel peut être le fait. Pratiquèément, nous ne voyons pas qu'une réponse puisse satisfaire l'esprit, qui ne tiendrait pas compte des conditions sociales du malade et, aussi, de cette autre constatation de la statistique anglaise : en ne considérant que les cas où les crachats se montrent négatifs, on note que le taux de mortalité ne diffère pour ainsi dire pas du taux de mortalité générale. |
Pour les indigents, non cracheurs de bacilles, dont les soins sont à la charge de l'État, nous souscririons volontiers à l’idée
1. Cette statistique a déjà été l’objet d’une communication faite, le 2 octobre 1924, à la Société des Médecins de sanatoriums et de dispensaires, et publiée ultérieure: . ment dans la Revue de phtisiologie (nov.-dée. 1924). Les constatations et conclusions auxquelles nous aboutissions, sont également rapportées dans La pratique des sanatoriums, p. 369 à 372 (L. Guinard, 1925).