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CHAPITRE IX

Dassoucy arrive à Lyon, où Pierrotin court fortune de la vie par la jalousie de son camarade. — Il suit Molière en Avignon, où il est filouté. — Éloge de Molière.

Le lendemain, suivant la coutume de nos Bateliers, nous partîmes dés la pointe du jour, où je ne vis plus paroistre ny le Pédant échaudé, ny l'Homme à l'Ours, et, le jour suivant, j'arrivay à Lyon, qui, au respect de

1 Bâton grossier, tiré d'un fagot.

Paris, me parut d'abord un très-beau Village. Cela n'empescha pas, après l'avoir bien considéré, que je n'en trouvasse le séjour fort agréable, et le peuple trés-honneste.

Et l'on peut dire de Lyon,

Ville sur toute autre fidelle,

Que son peuple est charmant et bon,

Autant qu'elle est charmante et belle.

Ce n'est pas qu'en mainte ruelle,

On n'y redoute le fripon,

Et que l'argent de l'escarcelle

N'y craigne l'attrape-minon.

Du moins autant que la prunelle

De la Nine et de la Nannon.

Aussi, quelque désir que j'eusse de passer les monts dont je pouvois à toute heure contempler les croupes blanchissantes, je nepûs résister aux caresses que je receus de tout ce beau monde, qui fit tout honneur et tout accueil à mes Muses. J'y vis Madame de Saint-Pierre, qui me donna sa musique, après luj avoir donné la mienne. Je la donnay encore à tous les Couvens des Religieuses chantantes à qui je sçavois le meilleur gré du monde; car il n'y avoit pas une de ces filles dévotes qui n'eust déjà une copie de mon Ovide en belle humeur. Mais ce qui m'y charma le plus, ce fut la rencontre de Molière et de Messieurs les Bejares ^. Comme la Comédie a des

1 Les Béjart, qui, comme on le sait, faisaient partie de la troupe de Molière, se composaient de :

1° Madeleine (née en 1618) , que des relations très-intimes unissaient au futur époux de sa sœur Armande, laquelle n'avait alors que huit ans ;

2" Jacques (né en 1G22), qui, en 1G55, a publié un volume in-folio intitulé : Recueil des tiltrcs, qualités, blazons et armes des seigneurs barotis des Etats généraux de la province du Languedoc, tenus par Son Altesse Sérénissime Monseigneur le pri?ice de

Conty Dédié à Son Altesse Sérénissime. Il débute ainsi dans

son Avant-Propos : « Ce n'a point esté la vanité d'escrire en ce genre qui m'a fait entreprendre cet ouvrage J'ay creu quil

charmes, je ne pus sitost quitter ces charmans amys; je demeuray trois mois à Lyon parmy les jeux, la Comédie et les festins, quoy que j'eusse bien mieux fait de ne m'y pas arrester un jour; car, au milieu de tant de caresses, je ne laissay pas d'y essuyer de mauvaises rencontres. Je ne diray pas à quelle extrémité je fus réduit avec un autre yvrogne, qui vouloit à toute force que je luy prétasse mon argent, ny ce qui m'arriva au trente et quarante avec un très-habile et très-expeditif Allemand qui, par miracle, avoit tout l'air et le visage de mon tueur de temps. Mais je ne puis passer sous silence le danger que courut Pierrotin par la malignité de son camarade. Ce n'est pas une chose extraordinaire de trouver des hommes cruels et méchans, mais il est rare de trouver des enfans aussi méchans et aussi cruels que les hommes. Caïn, envieux de son frère, tua Abel, et Joseph fut jeté dans un puits par la jalousie de ses frères. Celuy-cy, par le mesme motif, conspira contre la vie de Pierrotin. Je tenois cet enfant de la main galeuse d'un père que la maladie et la pauvreté n'avoient pu humilier : quoy que la pluspart du temps il ne vécust que de la soupe qu'il alloit mandier aux portes des Couvens, et que son plus beau revenu fust assigné sur le fonds de la marmite des Cordeliers, il ne laissoit pas de se picquer terriblement de Noblesse, et qui luy eust disputé à la porte des Chartreux le titre de Noble, il luy auroit rompu la teste de son écuelle et vomy un plat de potage sur le nez. Son fils estoit de mesme humeur ; c'est pourquoy, sçachant que Pierrotin n'estoit que le fils d'un faquin, il le méprisoit cruellement. Aussi Pierrotin, qui estoit fier et fort, le battoit de mesme, c'est-

estoit du devoir d'un véritable François de faire connoistre l'abus qui s'estoit glissé dans le Languedoc, et principalement dans Montpellier, touchant les armes de leurs souverains. »

3" Louis (né en 1G30), qui créa le rôle de la Flèche dans V Avare et quitta la scène en 1670, avec une pension de mille livres que lui firent ses camarades. — C'est là l'origine des pensions de reti'aite de la Comédie-Française.

DE BASSOUCY. 109

à-dire fortement et fièrement. Outre cela, quoy que Pierrotin, dans son art, fust un original sans copie, ce noble impertinent et incommode ne laissoit pas de s'estimer autant que luy ; et sans considérer que, pour Texecution de mes airs, sa qualité de noble estoit à mon égard une qualité très-inutile, il ne laissoit pas de s'imaginer que je luy faisois un grand tort de préférer le mérite de la voix de Pierrotin à la dignité de sa condition et de ses titres. Dans cette imagination, autant de faveurs que je manquois à luy faire et que je faisois à Pierrotin luy sembloient autant d'actes de mon injustice, et tout le bien que, dans les compagnies, on disoit de Pierrotin, estoit à son avis autant d'attentats à sa gloire. C'est pourquoy il ne faut pas demander si ce mauvais garçon, qui cherchoit tous les moyens de luy nuire, manqua de luy témoigner les cruels effets de sa liaine et de son envie à la première occasion qu'il en rencontra. J'estois logé sur la Sône, et mon logis avoit une issue sur le bord de cette rivière. C'est pourquoy, dans la crainte que j'avois de quelque desastre, je leur avois deffendu l'eau aussi étroitement qu'à considération de leurs voix je leur deffendois le vin. J'estois pour lors embarrassé dans le jeu, et mon absence, donnant à Pierrotin plus de liberté de transgresser mes commandemens, et à son camarade plus de commodité de mal faire, ce petit dragon, plus cauteleux que celuy qui enjôla nostre premier Père, eut moins de peine que luy à persuader à ce petit misérable de se baigner; et, voyant une si belle occasion de se deffaire de son antagoniste, après l'avoir fait dépouiller, comme il n'est rien de plus aisé que de faire croire tout ce que l'on veut à un fol, il fit croire à celuy-cy, le plus fol de tous les fols, qu'en cet endroit où Pentagruel oust eu de l'eau par-dessus la teste, qu'il n'en auroit pas jusqu'aux genoux. De sorte que Pierrotin, qui nageoit non pas comme un poisson, mais comme une pierre, et qui estoit un garçon trèssincere, tout niais et de bonne foy, s'estant jette dans ce gouffre, se noyoit encore de très-bonne foy sur lapa-

rôle de son camarade, qui, le voyant noyer à trois doigts du bord, au lieu de luy prester la main ou d'appeler quelqu'un à son secours, disoit trés-devotement un De Profundis pour le salut de son âme. Mais comme Dieu vouloit que Pierrotin fust l'instrument fatal de toutes mes disgrâces, il ne permit pas qu'il perist en cette rencontre; il suscita un Ange pour son salut, c'estoit un Peintre qui travailloit dans une chambre haute répondant sur cette rivière, qui, ayant mis la teste à la fenestre pour prendre un peu d'air, et voyant noyer Pierrotin, courut promtement à la corde du puits, et arriva si justement au secours de ce misérable beuveur d'eau, qu'un moment plus tard cet archibiberon ne beuvoit jamais plus que dans le fleuve d'oubly. Pour moy, qui n'estois point averty de ce desordre, je fus bien étonné, arrivant au logis, de trouver Pierrotin pendu par les pieds qui achevoit de rendre à la Sône une partie de la Sône qu'à son grand regret il avoit si sottement avallée. Je fis incontinent chercher son camarade pour sçavoir le détail de cette belle affaire ; mais comme il se sentoit la conscience chargée de cet assassinat et qu'il a.pprehendoit ma justice, il avoit déjà prévenu mon ressentiment par une soudaine fuite. De sorte que, voyant ma musique déconcertée par la perte de l'un de mes Pages et mon fonds altéré par la perte d'une bonne partie de mon argent, je commençay à m'apercevoir de la faute que j'avois faite de séjourner si longtemps dans une Ville où je n'avois aucune affaire. Et comme un précipice attire l'autre, ayant oiiy dire qu'il y avoit dans Avignon une excellente voix de dessus dont je pourrois facilement disposer, au lieu de suivre par le col de ses montagnes cet agréable torrent qui mène à Thurin, je m'embarquay avec Molière sur le Rosne, qui mené en Avignon, où, estant arrivé avec quarante pistoles de reste du débris de mon naufrage, comme un joiieur ne sçauroit vivre sans cartes non plus qu'un matelot sans tabac, la première chose que je fis ce fut d'aller à l'Académie; j'avois déjà ouy parler du mérite de ce lieu et

de la capacité de plusieurs galans hommes qui divertissoient fort galamment les bienheureux passans qui aymoient à joiier à trois dez, j'en fus encore adverty charitablement par un fort honneste marchand de linge, qui, voyant ma bourse assez bien garnie, que j'avois ouverte pour luy payer quelques rabats, me dit : Monsieur, tandis que vous avez la main au gousset, vous feriez bien de faire vostre provision de linge. Car je vous voy souvent entrer dans cette porte, me montrant la porte de cette Académie, où j'ay bien veu entrer des estrangers aussi lestes que vous, mais je vous puis assurer par la part que je pretens en Paradis, que je n'en ay jamais veu aucun qui, au bout de quinze jours, en soit sorty mieux vestu que nostre premier père Adam sortit du Paradis terrestre. Comme cette maison est un petit quartier de la Judée et que les Juifs sont fort amoureux des nippes, ils joueront sur tout, et, bien que vous ayez le visage d'un febricitant, ne croyez pas que ce peuple Mozaïque, qui ne pardonne pas à la peau, pardonne à la chemise ; après avoir gagné vostre argent, ils vous dépouilleront comme au coin d'un bois et vous gagneront vostre habit; c'estpourquoyjevousconseillerois d'acheter a,u moins une paire do calessons pour, dans un besoin, sacher ce que le monde cache et couvrir vostre nudité. Mais, comme j'estois trop amoureux de mon foible pour écouter un conseil si contraire à ma passion dominante, je profitay si bien de cet avis, que, jour pour jour, je me trouvay, au bout du mois, au mesme estât que mon marchand de linge m'avoit prédit. Comme dans ce lieu il n'y iivoit autre Chrétien que moy, et que, jusqu'au maistre ^ui donnoit les dez et les cartes, tout y estoit juif, il me Fallut passer par les rigueurs de la Synagogue. Un grand Juif nommé Melchisedech, qui avoit le nez long et le visage pasle, me gagna mon argent, Moyse-le-Cornu me ^agna ma bague, et Simon-le-Lépreux, après m'avoir eu [e manteau, me donna la galle, et Pierrotin, qui faisoit gloire de m'imiter, rafla son baudrier contre Abraham, i^ui fut raflé aussi bien que tout le reste de mes nippes.

Je laissay donc tout à ce peuple circoncis, jusqu'à ma fièvre quarte que je perdis avec mon argent. Mais comme un homme n'est jamais pauvre tant qu'il a des amis, ayant Molière pour estimateur et toute la maison des Bejards pour amie, en dépit du Diable, de la fortune et de tout ce peuple Hébraïque, je me vis plus riche et plus content que jamais. Car ces généreuses personnes ne se contentèrent pas de m'assister comme ami, ils me voulurent traitter comme parent. Estans commandez pour aller aux Etats *, ils me menèrent avec eux à Pezenas, où je ne sçaurois dire combien de grâces je receus ensuite de toute sa maison. On dit que le meilleur frère est las au bout d'un mois de donner à manger à son frère, mais ceux-cy, plus généreux que tous les frères qu'on puisse avoir, ne se lassèrent point de me voir à leur table tout un hyver, et je puis dire :

Qu'en cette douce compagnie

Que je repaissois d'harmonie,

Au milieu de sept ou huit plats,

Exemt de soin et d'embarras,

Je passois doucement la vie.

Jamais plus gueux ne fut plus gras;

Et quoy qu'on chante, et quoy qu'on die

De ces beaux Messieurs des Estais

Qui tous les jours ont six ducats,

La Musique et la Comédie,

A cette table bien garnie.

Parmi les plus frians muscats.

C'est moy qui souiloit la rostie.

Et qui bcuvois plus d'ypocras.

En eiFet, quoy que je fusse chez eux, je pouvois bien dire que j'estois chez moy. Je ne vis jamais tant de

1 « Assemblées qui se font en quelques provinces qui se sont conservées en la possession de ce droit, afin d'ordonner ellesmêmes des contributions qu'elles doivent faire pour soutenir les charges de VÉtat, et les régler et faire payer; comme sont les provinces de Bretagne, de Languedoc... » Dict. de Trévoux.

bonté, tant de franchise ny tant d'honnesteté que parmy ces gens-là, bien dignes de représenter réellement dans le monde les personnages des Princes qu'ils représentent tous les jours sur le théâtre. Après donc avoir passé six bons mois dans cette cocagne et avoir receu de Monseigneur le Prince de Conty*, du généreux Monsieur de Guilleracque ^ et de plusieurs personnes de cette Cour, des presens considérables, je coramençay à regarder du costé des monts : mais comme il me fàchoit fort de retourner en Piémont sans y amener encore un Page de Musique, et que je me trouvois tout porté dans la Province de France qui produit les plus belles voix aussi bien que les plus beaux fruits, je résolus de faire encore une tentative , et pour cet eifet , comme la Comédie avoit assez d'appas pour s'accommoder à mon désir, je suivis encore Molière jusques à Narbonne ; mais n'en ayant pu trouver dans tout ce territoire qui approchast du mérite de Pierre tin, je quittay Narbonne pour reprendre mes premières brisées : c'est-à-dire le chemin des monts, pour aller à Thurin. Mais helas ! que j'estois bien éloigné de mon compte, et que les Cieux irritez me preparoient bien d'autres barrières à passer ! Je craignois les montagnes à cause des précipices, pour ce que je ne sçavois pas que dans ces plaines du Languedoc si douces et si fertiles, il en fust pour moy de plus périlleuses à franchir. 0 moy misérable ! je me réjoiiissois approchant de mon Paradis terrestre, tandis que mes destins enragez m'entraînoient tout vivant dans les Enfers. Enfin j'arrivay à Montpellier, faisant toujours la mesme recherche que j'avois faite dans toutes les autres villes du Languedoc, où il m'arriva parmy un peuple méchant et sot cette extravagante et cruelle avanture qui a donné lieu à tant d'injurieuses

1 Frère du grand Condé ; protecteur de Molière , puis ardent détracteur des si)ectacles.

2 Le comte de Lavergne de Guilleragues, président de la corn* des aides de Bordeaux.

fictions, et a fournj de calomnie à la malignité de tant de langues et de tant de plumes.

A Messieurs les Sots, tant ultramontains que citramontains, contenant les actions de grâces de l'autheur, des biens et des faveurs infinies que par toute terre il en a receus.

Les méchans haïssent les bons, les fous méprisent les sages, et les sots n'ont point de plus grand objet de leur aversion que les hommes spirituels et éclairez. Quoy que cette haine soit tout à fait injuste, elle est pourtant excusable, puis qu'elle est contrainte et nécessitée par la force de cette antipatie qui vient de la disconvenance et de la disproportion qu'il y a entre les choses de différente nature, et qui sont directement opposées les unes aux autres. Mais comme cette haine qui ne procède que de cette antipatie est mal fondée, et que les honnestes gens ne contribuent pour la mériter qu'autant que leur esprit et leur vertu les rend plus dignes de cette aversion, Dieu, qui a créé les sots pour l'utilité des sages, et sans lesquels les sages ne seroient veûs qu'en pourfil, ne permet pas que les sots servent aucunement à la destruction des sages. Au contraire, comme un peintre sans les ombres ne sçauroit donner jour à son ouvrage, et que les sots et les méchans font les ombres qui font paroistre les bons et les sages, ce Peintre des peintres se sert du vice , de l'ignorance et de la sottise des méchans pour donner le jour, la grâce et le relief au mérite des bons et à la sapience des sages. Quoy que je ne sois ny des plus sages ny des plus sots, cela n'a pas empesché que les sots et les méchans n'ayent trouvé en moy quelque chose assez dissemblable à eux, pour avoir esté digne de leur haine, et mériter

l'honneur de leur persécution. Je n'avois pas encore six ans que les sots enfans de mon quartier, issus du sang le plus abject de la lie du peuple, me poursuivoient à grands coups de pierres, parce qu'estant déjà plus raisonnable qu'eux, ils connoissoient en moy quelque chose digne de leur aversion ; à neuf ans, estant hors de la maison de mon père, je passay pour magicien parmy le sot peuple de Calais, parce qu'estant doiié d'un esprit vif, et parlant grec et latin, ces gens matériels ne pouvoient pas s'imaginer que sans l'aide de l'esprit malin, je pusse en un âge si tendre estre devenu si sçavant. Depuis, estant parvenu dans un âge plus avancé, cette vermine de sots et méchans me dévalisèrent en Angleterre. Mon sort ne fut pas plus doux à Thurin, et toute l'estime que j'acquis auprès de leurs Altesses Royales ne me put pas sauver des atteintes de ces sots, dont le nombre est si grand, que Salomon a dit qu'il estoit infmy. Aujourd'huy ces mesmes sots ont couronné leur ouvrage, et ont tant fait par leurs soins et par leurs peines, qu'ils m'ont rendu dedans Rome le plus glorieux et le plus illustre persécuté de l'univers. Venez donc à moy, sots qui m'estes si chers et si précieux, venez à moy, que je vous embrasse; venez, sots, mes chères delices, dont j'ay plus de besoin que du pain que je mange et de l'air que je respire, et que les sages, s'ils estoient bien sages, devroient estimer plus que tout l'or du Pérou et toutes les perles de l'Orient, s'ils en connaissoient comme moy le mérite et le prix. Quoy que je ne sois pas extrêmement obligé à vos bonnes intentions, et que de tant de disgrâces que depuis le berceau jusqu'à la tombe vous avez essayé de me procurer. Dieu qui haït les méchans ne vous en sçache pas beaucoup de gré! n'est-ce pas assez pour me confesser votre redevable, d'en avoir toujours ressenty les salutaires effets si conformes à la justice et à la miséricorde de sa toute-puissance, si utiles à ma gloire et si nécessaires à mon salut? Vous qui avez toujours eu un soin plus particulier de ma conscience que de la vostre, et qui avez toujours fait

une observation si exacte de mes mœurs, que vous n'avez pas eu le temps de corriger les vostres, comment vous pourray-je dignement remercier? à qui dois-je après Dieu, plus qu'à vous? Messieurs les sots, sots tant bons que méchans, tant endiablez que stupides (car il en est de toutes les couleurs) ne vous souvient-il point de l'honneur que vous me procurâtes auprès du fils naturel du grand roy Charles de Valois, Monsieur d'Angoulesme \ quand après vous avoir tiré de dessus le pavé, pour vous mettre auprès de moy dans un poste avantageux, vostre ingratitude en vain lit tous ses efforts pour me débusquer du service de ce grand Prince, où après vous avoir remis sur vostre fumier, à vostre grand perte, et à vostre extrême confusion, comme un Apollon à la teste des Muses, je parus si glorieux et si triomphant? Du temps du Roy Louys XIII, que ne fistes-vous pas pour moy auprès de ce grand Monarque ? quand, à force de mépriser mes vers et mes chansons, vous luy fistcs appercevoir qu'il falloit que j'eusse quelque mérite , puisque, pauvre comme j'estois, je ne laissois pas d'estre digne de vostre envie. Sans vous, mes chansons et mes vers eussent-ils esté dignes de ses oreilles ? et, sans vous, ce grand Prince auroit-il tenu à mes Muses si longtemps ouverte la porte de son cabinet? Auprès deceluy-cy, son digne Successeur, que n'avez-vous point fait pour moy ! et, sans vous, me pourrois-je vanter aujourd'huy de l'honneur que j'ay receu durant trois ans du plus grand Monarque du monde ? Quoy que ce grand Prince ne dédaignât point de proster l'oreille à mes chants, ny de les exécuter luy-mesme, estoit-ce assez pour approcher si prés de sa personne? Et ma Muse auroit-elle jamais pu espérer de l'entretenir au chevet de son lit, si le fond inépuisable de vostre sottise, qui a tousjours donné carrière à mon esprit, ne m'eût fourny des pensées assez agréables pour le divertir? Ne vous souvient-il plus, Messieurs les sots, des grands biens et des grands hon-

1 Fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet.

neurs que vous m'avez procurez à Thurin auprès de leurs Altesses Royales? fustes-vous jamais si bouffons, ny si plaisans, qu'en cette rencontre, quand après avoir diverty vingt ans durant le Roy Louis XIII, servy actuellement un Prince de ^on sang, et avoir donné par mes écrits à toute la France des preuves de ma capacité, vous fustes assez sots pour cracher contre le Ciel, et vous irriter contre mes talens? Sans vous, eussay-je eu jamais assez de force pour acquérir l'estime que l'on conserve encore pour moy dans cette cour, y auroit-on veu mon ame remplie de cette noble ardeur qui mène à la gloire, si vostre sottise ne m'en avoit attiré le désir? Et de cette belle Chanson, de cet adieu * que je fis, qui vous fit rougir de honte et pallir d'envie, et qui, hors la dureté de vos âmes pétrifiées, tira des larmes de tout ce qui n'estoit pas insensible dans ce Paradis terrestre, à qui en dois-je l'honneur qu'à vous qui m'en fournistes le pitoyable sujet? à qui dois-je ce riche et superbe vestement qui en fut la recompense, et de tant de dons et de riches presens que je receus de la magnanimité de ses généreuses puissances, à qui en dois-je rendre grâces qu'à vostre tres-procieuse sottise, qui m'inspira assez d'ardeur pour les mériter? Et vous, Luteriens de Montpellier, sots plus obstinez que les Démons, n'estiez-vous pas bien à plaindre, et n'eussay-je pas esté bien dur de n'avoir point de compassion de vos souffrances ? Vous quittiez vos marteaux et vos enclumes pour forger mes crimes, et laissiez vos aulnes, vos eguilles et vos cizeaux, pour déchirer ma réputation. Vous vous exposiez à la nécessité pour entretenir mon abondance, et tandis que je mangeois de grands pastez de pigeonneaux à la table de mes Juges, pauvres gens! vous mangiez des raves et dîniez tout de bout dans vos misérables tannieres. Je beuvois frais, et vous beuviez chaud, et vous dormiez sur des épines d'un sommeil interrompu, pendant que je reposois sur des rozes. Tout de bon, Mes-

' Adieu à Monseigneur le duc d'Angoulême. (Voy. ses Poésies).

118 LES AVANTURHS

sieurs, je croy que vous vous mocquez, de me combler de tant de biens et de tant de grâces ; je croy que vous resvez, de travailler si obstinément à ma gloire et à mon profit; quand vous m'auriez tiré de vos costes vous n'en feriez pas davantage. Je croy que vous me prenez pour vostre frère, comme en effet je le suis du costé d'Adam, quoy que j'aye bien de la peine à comprendre comme un père si bon et si sage ait jamais pft faire des enfans si sots et si méchans, et comment cette première matière qui servit à ce premier homme ait pii s'estre assez altérée, par la succession des temps, pour produire des hommes assez méchans et des peuples entiers assez sots, pour faire passer un enfant à neuf ans pour magicien, et à soixante-dix chercher du feu dedans la glace pour le rendre coupable des crimes dont la nature n'est plus capable; pour un insensé, celuy à qui les insensez ont fourny tant de matière pour devenir sage ; pour impie celuy que Dieu n'a exposé à vos persécutions que pour le raffiner dans l'exercice de la piété ; pour un Ecrivain ennemy des choses sacrées, celuy qui dans ses écrits a deffendu Rome des attentats de l'ennemy de sa gloire et de ses Autels S et qui a employé toute son encre et répandu tout son encens en faveur de ses saints Ministres et de ses sacrez Prélats ^ ; pour un homme exilé de sa patrie, celuy qui a déjà fait son paquet et plié ses chemises pour y retourner ; pour un fugitif de la Cour et exposé à la haine de son Roy celuy qui, la veille de son départ, luy donna la musique au chevet de son lit, et qui luy donne encore tous les jours la musique^ et les vers; pour un homme de qui le portrait a servy d'epouvantail de cheneviere', et de terreur publique aux méchans, celuy de qui le portrait n'a jamais esté veu que chez les libraires du Palais, qui brille encore au front de tous ses

1 Allusion à la Rome ridicule de Saint-Amant.

2 Voix" les Pensées de Dassoucy.

3 Mannequin propre à effrayer les oiseaux ; — personnage grotesque.

Ouvrages, et que les peintres les plus curieux recherchent aujourd'huy comme un Original digne de leurs copies, et que vous-mesmes, Messieurs les sots, par vos charitables soins avez rendu digne des yeux de la Postérité et du Temple de mémoire ; pour un débauché, celuy qui est, et a tousjours esté ennemy de tout excès, et de qui la continance et la tempérance ne paroist pas seulement dans toutes ses actions, mais encore dans tous les enfans que depuis cinquante ans il a rendus dignes du Cabinet des Roys, dont on en voit encore aujourd'huy briller auprès du Soleil un dont la sagesse et la discrétion fournit à toutes les vertus de plus rare et de plus fameux exemple. Enfin, ce sont ces mesmes Sots qui, servant d'échos à Touïr-dire, m'ont tant de fois tué dans leurs Grazettes *, et qui après m'avoir noyé à Ferrare et à Venise, auparavant que j'y eusse jamais mis le pied, m'ont tiré de la mer et de tous ses fleuves, pour me venir cuire à Montpellier, et qui enfin après m'avoir bien jette de la poësle au feu, éventré, mis à l'ètuvée, et haché menu comme chair à pasté, m'ont remis en mon premier état pour me refricasser de nouveau en Avignon, dont de leur grâce ils m'ont encore retiré sans aucune lezion ny solution de continuité, pour me confiner pour le reste de mes jours dans le saint Office, dont pourtant je viens de sortir aussi brillant et aussi entier que si je venois de naistre, sans que, dans tous ces voyages, que Messieurs les Sots m'ont fait faire, le temps seulement m'ait osté un cheveu de la teste. Aussi vous verrez que comme tout ce sot monde m'a tué durant ma vie, que ce mesme monde tuant me fera revivre après ma mort, et qu'après m'avoir mis en capilotade par tous les lieux du monde, ils rassembleront toutes les pièces de mon corps pour en faire un autre philosophe Anaxagoras ^ Et je ne doute pas que comme il faut mourir

1 La Muse historique de Loret.

2 Accusé d'impiété, il quitta Athènes pour Lampsaque, où on lui éleva deux autels dédiés à la Vérité et à l'Intelligence.

une fois tout de bon, que cette admirable espèce de Sots, qui m'a toujours condamné durant ma vie, ne me condamne encore après ma mort, afin que Dieu qui a toujours esté contre leurs pensées, changeant mes misères en des éternelles félicitez, me place dans le Ciel auprès du bon Lazare. Car enfin, hors de me faire cannoniser dans Rome, que pouvoient-ils faire davantage que ce qu'ils ont fait pour moy? En quel lieu do l'Univers pouvoient-ils trouver un théâtre plus grand et plus éclairé pour y faire paroistre leur méchanceté avec plus de honte, et étaller mon innocence avec plus d'éclat? 0 source inépuisable de sottise! ô précieuse manne des sots, cent fois plus nourrissante et plus exquise que la manne qui nourrissoit les Enfans d'Israël dans le Désert! Sots qui depuis si long-temps que je vis à vos dépens, n'estes pas encore las de me dcifrayer de toutes choses ; venez, non à milliers, mais à millions, et comme des torrens inondez toute la terre. Pour la félicité des sages, que le Ciel nous refuse sa rosée, les Astres leurs influences, la terre ses fleurs et ses fruits, mais non jamais cette précieuse engeance de sots, dont la semence, quoy que féconde, est icy bas si nécessaire, que nous n'en avons pas à demj. Croissez donc et muultipliez , Messieurs les Sots, et faites-nous, si vous pouvez, des enfans encore plus sots et plus méchans que vous, afin que les bons et les sages ne manquent jamais d'exercice et de persécution, sans laquelle nul ne peut se vanter d'aucun mérite. Oiiy, tres-sage Lecteur, apprends de moy, qui ne suis pas si sage que toy, que les fous, les sots et les méchans sont, comme j'ay déjà dit, les ombres dont ce Peintre éternel se sert pour donner le jour à ses tableaux, et faire paroistre l'excellence de ses ouvrages. Ce sont ces accords imparfaits et ces faux tons, dont ce grand Maistre de musique fait ses agréables dissonnances si nécessaires à l'harmonie du monde, et ces insectes, dont ce divin Esculape tire l'antidote qui de nos âmes infectées fait exhaler le poison, honore-les partout, et revere-les en tous lieux comme les outils de

ta gloire et les instrumens de ton salut, puisque ce ne furent pas les sages, mais les sots qui crièrent Toile, et qui condamnèrent le sang juste par qui furent lavées nos iniquitez, et pour monstrer que la pluspart des grandes actions doivent une partie de leur éclat à Messieurs les Sots, il ne faut que considérer les progrez d'Alexandre. Crojez-vous que ce grand Conquérant eust jamais estendu si loing la grandeur de son Empire, sans Messieurs les Sots ? sans les poiiilles que luj chantèrent les habitans de Tyr, se seroit-il jamais avisé de combler la mer pour les réduire à son obéissance? sans ces coquins qui furent assez sots pour l'appeler bastard et se mocquer de luy, eust-il jamais trouvé l'invention de prendre ce rocher inaccessible, qui seul estoit capable d'arrester le cours de ses conquestes; et cet autre Alexandre des Alexandres, mon Roy, le fléau des sots et la terreur des méchans, quoy qu'il doive beaucoup à son courage, auroit-il eu jamais la pensée de prendre la Bourgogne en plein hyver, si les sots ne l'eussent assez picqué pour l'obliger à montrer au monde ce que peut son esprit et sa valeur ?

Sans ces Grenouilles croassantes, ces sots marins, ce grand Monarque qui, dans ses exécutions, est plus viste que le vent, et plus prompt que l'éclair, auroit-il comme un tonnerre foudroyé tous leurs remparts, et comme un torrent inondé toutes leurs Provinces, si ces Pigmées audacieux ne se fussent attaquez à sa gloire, et sans ces bestes aquatiques, toute la terre qui a les yeux attachez sur ses prodiges, le verroit-elle aujourd'huy seul résister à tant d'ennemis, (et toute l'Europe sur bras) estre encore en pouvoir de les réduire à avoir besoin de sa pitié? Non, et, si le temps dure, vous verrez que ces Messieurs les sots, ennemis de ses progrez et jaloux de ses merveilles, seront encore assez sots pour luy faire prendre cette année la reste de la Flandre. Mais pour retourner à cette source première, croyez-vous que Dieu, qui fit les sots et les sages, et qui est venu mourir autant pour les uns que pour les autres,

eust jamais fait tant de merveilles sans les sots, qui, ne voulant point croire à ses paroles, l'appeloient Sorcier et Magicien , faloit-il plus d'un miracle pour convertir un sage, et n'estoit-ce pas assez d'avoir ressuscité le Lazare, pour faire connoistre à tous ce qui estoit bien sensé, qu'il estoit un Dieu? Ainsi tout ce que nous voyons aujourd'huy de mécreans et d'infidelles ne vient d'ailleurs que de cette pépinière de sots, à qui ny la vérité de ses paroles, ny la grandeur de ses merveilles ne purent rien persuader. Et enfin , sans Messieurs les sots, qu'auroit fait cette primitive Eglise ? Ces mesmes sots ne furent-ils pas ceux qui respandirent le sang de tant de Martirs, et n'est-ce pas sur ce précieux Sang que fut fondé ce grand bastiment de nostre salut, et n'est-ce pas de ce beau Sang qu'elle tire encore son principal éclat? Seroit-elle maintenant si pompeuse et si triomphante, si les sots d'aujourd'huy, pour le moins aussi obstinez que ceux du temps passé, ne contribuoient par leur persécution à la grandeur de ses trofées, et à l'honneur de ses victoires ? Conservez-nous donc cette précieuse graine (grand Monarque de l'Univers), je vous le demande les larmes aux yeux. Helas ! Seigneur, qu'aurois-je fait sans Messieurs les Sots? ce sont eux qui jusqu'à cette heure m'ont toujours fourny de pain, de vin, de chausses et de souliers, qui m'ont toujours tiré les bas, écume mon pot, et lardé mes poulets, qui m'ont toujours servi de bouffons et qui m'ont fait rire ; qui, à force de déchirer ma réputation, m'ont toujours procuré des habits tout neufs. Ce sont eux qui ont donné le jour à mes ouvrages, le fôu à mes vers, la grâce à mes chansons et l'éclat à ma vertu. C'est par eux que je me suis rendu digne du cabinet des Roys, de l'estime des Princes, et generallement de toutes les honnestes gens. C'est par eux que je suis aujourd'huy tout à fait uny à vous, et que j'ay l'honneur d'être aujourd'huy connu du plus grand et du plus saint de tous les Mortels, votre trés-saint et trés-sacré Lieutenant. Je sçay bien que quelque sot me dira que la voix du peuple est la

voix de Dieu, mais aussi je sçay qu'il y aura quelque sage qui dira que la voix du peuple est la voix des sots. Ils ont tous raison, et ce seroit folie de disputer contre une si constante vérité ; mais le tout est de bien s'entendre, car il y a autant de différence entre le peuple et la lie du peuple, comme il y a de différence entre la lie et le vin. Le vin nourrit et alimente, et on ne se sert de la lie que pour en écumer les plats et les pots. Mais afin que l'on ne prenne pas la lie pour le vin, ny le vin pour la lie, il faut que l'on sçache que ce n'est pas toujours la soye ny la toile qui distingue les sots d'avec les sages. Tel qui sous un habit de bure paroist un homme vulgaire, n'est rien moins que de la lie du peuple ; et tel qui dans son bel habit paroist un sage et fort honneste homme, n'est bien souvent qu'un sot empaqueté de soye, une hapelourde bien enchâssée, un faux brillant, à qui, pour se faire distinguer du commun, de rien ne luy servent ces apparences trompeuses, si les belles qualitez de l'ame n'en font la différence. Aussi quoy que le vin soit bien prés de la lie, le peuple sage est bien éloigné des mauvaises qualitez de cette lie populaire. C'est pourquoy bien loin d'estre condamne par la voix du peuple, j'ay tout le peuple pour moy; c'est par cette voix de Dieu que j'ay toujours esté connu pour avoir quelque mérite, et c'est par la voix des sots de ce peuple qui en est la lie que j'ay toujours esté si bien recuré, qu'il n'y a point de boutique d'orfèvre ny de potier d'étain si brillante que mon Parnasse. De cette canaille sotte et méchante, le plus honteux et le plus vil excrément se rencontre en Italie ; ce sont des gens parlans François, chassez de leurs pays qui font les lizieres de la France, sots rebutez pour leur ignorance et fugitifs pour leurs crimes, vermine toujours piquante, gueuse et affamée, membres putrides des pays étrangers, que l'Italie, l'égout de toutes les Nations, souffre ramper dedans son sein, comme on souffre partout les insectes ; bestes effectives, portant visages d'hommes, non pas hommes comme l'on croit, mais plus bestes que les

bestes. Et c'est de cette sorte d'animaux que saint Paul parle quand il dit, qu'il y a plus do différence de l'homme à l'homme, que de la beste à l'homme. Quand ceux-ci ont réglé toutes les affaires de tous les Etats et de tous les empires du monde sur le cû d'un tonneo.u, detracté de tout le spirituel et le temporel, ils se mettent sur la fripperio des particuliers, encore bien qu'ils ne les connoissent pas ; et lors que cette matière vient à leur manquer, comme la médisance est en eux une qualité inséparable de leur nature, comme la chaleur est au feu, ils ne pardonnent pas à eux-mêmes. Ce sont ces gueux que vous voyez aujourd'huj dans Rome entassez comme des punaises dans leurs mortaises, qui à ma grande gloire et à mon très-grand honneur ont trouvé toujours en moy un sujet digne de leur aversion. Ce sont eux qui, comme j'ay déjà dit, sur la foy des joyeux écrits de C...% disoient que je n'osois retourner en France, quoy que mon bien, qui consiste en lettres d'échange, fust déjà tout à Paris. Cependant il y a des gens qui passent dans le monde pour estre bien sages et bien fins, qui ont crû tout cela comme un article de foy. Dieu, quelle pitié! nous avons tant de peine à croire à l'Evangile, et nous n'avons point de honte de donner nostre créance aux plus méchans de tous les hommes! Ne meritons-nous pas bien d'estre déchirez, puisque nous prenons plaisir à déchirer les autres? Quoy donc! avec toute leur vertu pensent-ils se sauver des atteintes de la calomnie ? croyent-ils que la qualité ait des armes à l'épreuve de la médisance? ils pensent donc estre plus que Dieu, que les Saints, que les Papes et que les Roys ? S'ils sçavoient ce que l'on dit d'eux, ils auroient plus d'indulgence pour autruy, et ne prendroient pas le party des sots et des méchans contre les bons et les sages, qui font éclatter leurs vertus, qui excusent leurs foiblesses, et qui couvrent leurs desfauts.

1 Chapelle.

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