‹ Aventures burlesques de DassoucyChapitre 36 sur 71 · EN FAVEUR DE MON AMY CHAPELLE · texte numérisé non relu

EN FAVEUR DE MON AMY CHAPELLE

Bien que de mon amy Chapelle Pour moy la plume assez cruelle M'ait assez galamment traité,

Et que maint Scribe au cul crotté, Plus badin que Jean de Nivelle Et plus sot qu'un asne basté, M'ait sans coupret déchiqueté Dans maint écrit et maint libelle, Plus menu que chair à pasté :

Je traitte cette cruauté De sottise et de bagatelle; Puisque, malgré l'iniquité De Loret et de sa séquelle, Que le grand diable a saqueté ', Je n'ay point passé la nacelle, Ny bû du fleuve de Leté.

Au contraire j'ay rapporté A ma tres-chere Damoiselle, A la France qui m'a preste Le doux nectar de sa mamelle, Jusques à la moindre parcelle Des outils de l'humanité.

Sans que leur plume m'ait osté Ny peau, ny crin, ny pied, ny aisle.

Mais ce n'est pas chose nouvelle De voir maint esprit deboité : Car, sous cette voûte éternelle, Quand on n'est pas bien garotté, Aucun de la race mortelle.

Quand la Lune se renouvelle, N'a pas l'esprit trop arresté.

Je suis de tous le plus gasté.

Ma pauvre plume d'Hyrondelle, Non plus que ma pauvre cervelle.

N'agit pas sans légèreté.

Aussi quand nostre amy fidelle, Nostre amy Chapelle a goûté.

Et qu'au lict il va sans chandelle, Si, parmy cette obscurité.

Son espi'it, faute de clarté, Par fois comme son pied chancelle, Ce n'est pas la faute à Chapelle,

1 De l'italien sacchettare, battre à coups de sachets pleins de sable.

Chapelle est plein de fermeté ;

La faute en est à la javelle

Qui cette liqueur a porté,

Si charmante et si naturelle,

Dont Chapelle boit à planté *,

Que Noé jadis a planté,

Que nous plantons, et par laquelle

Ce beau planteur fut supplanté ;

Car autrement l'amy Chapelle

N'auroit jamais assez pinte,

Pour pintant avoir avorté

Dans une encre si criminelle

D'un poison si fort infecté.

Chapelle est sans malignité,

Il est humain, il est traitable,

Et son esprit incomparable,

Sur le Parnasse tant vanté,

N'auroit jamais esté capable

D'une telle inhumanité.

Si le Diable ne l'eust tenté.

Mais aujourd'huy c'est bien le diable ;

Car il faut par nécessité

Parer le coup qu'il m'a porté :

C'est un destin inévitable.

Dieu, que mon sort est déplorable !

Que faire en cette extrémité?

Lecteur pieux et charitable,

Uze icy de ta charité.

Chapelle t'en a bien conté,

Dassoucy t'en fait le semblable :

Mais pour dire la vérité.

L'un et l'autre de son costé

N'a rien écrit de véritable ;

Croy, Lecteur, que c'est une fable

Et que le tour est inventé ^.

' Plantée, abondance.

2 La lettre à Chapelle se trouve dans les Rimes redoublées.

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