CHAPITRE XIIL
Dassoucy prouve que la poésie tout à fait impertinente est bonne à quelque chose, et dit que de toutes les poésies la plus meschante c'est la poésie platte.
Car enfin, pour parler sainement des Vers, il n'y a que les médiocres qui soient meschans ; car, s'ils sont médiocrement bons, ou médiocrement meschans, ils n'engendrent que du dégoust, et ne produisent que de la mélancolie. La Poésie excellente émeut les passions et se fait admirer; et celle qui est tout à fait impertinente fait rire, mais la médiocre ne produit aucun effet : c'est pourquoy il faut qu'elle soit toute une, ou toute autre. Mais ce n'est pas assez d'exceller dans ce genre comme ce Curé, car il ne suffit pas de rencontrer dans son plus haut degré cette impertinence, qui est si nécessaire à cette sorte de Vers, il faut qu'elle soit encore accompagnée d'une certaine naïveté, que les meilleurs Esprits ne sçauroient comprendre, et que tant plus on est excellent, on peut moins imiter, comme il paroist clairement dans la Grande Bible des Noëls, où, bien que plusieurs beaux Esprits se soient eiforcez d'imiter dans leurs Noëls nouveaux ces précieux Noëls de l'antiquité, aucun n'en a trouvé, ny n'en trouvera jamais le secret; et les vieux Noëls, toujours préférez par tout et en toute rencontre aux nouveaux, seront toujours d'autant plus honorez et plus estimez dans tous les siècles, qu'ils sont plus sots, et plus excellemment remplis de cette admirable sorte
1 \'oyez ])lus loin.
DE DASSOUCT. 293
d'impertinence et de naïveté; car, enfin, est-il quelque homme de bon sens qui sçache de quoy il fait rire, et quand on doit rire, qui ne rie de tout son cœur voyant ces Vers que j'ay tirez d'un livre qui fut vendu vingt pistoles à un encan, intitulé : Les pois pilez '. C'estoit le Christ qui prenoit congé do Saint Matthieu, en ces termes :
DIALOaUE.