C. Et quoy donc
M. Adieu donc.
Est-il rien de plus sot et do plus impertinent que de faire parler ainsi ces personnes célestes? Cependant est-il rien de plus plaisant et de plus naïf? Et ne m'avoiierez-vous pas que ces Vers, qui feroient rire Saint Matthieu, et le bon Dieu meamo, s'il estoit encore sur la terre, valent mieux que tous les Vers médiocres qui sont au monde, qui ne sentent ny sel, ny sauge, et qui, comme une viande sans suc et sans goust, au lieu de contribuer à la nourriture et se convertir en bonne substance, ne servent qu'à charger l'estomach et affadir le cœur? Ouy, trcs-assurément. Aussi, ne pouvant souffrir ny la Poésie, non plus que la Musique médiocre, il ne faut pas s'étonner si, méprisant les médiocres productions de ce bel Esprit, j'en estois persécuté. Aussi, comme il n'est rien qui ronde l'homme plus habile que les persécutions et les traverses, et qu'il n'est point de plus fort cguillon pour réveiller une ame endormie et
1 Beaucoup de farces ont paru sous ce titre, qu'elles prenaient du théâtre où elles avaient été jouées. L'enseigne des Pois pilez était une pile do poids. Le Dialogue cité par Dassoucy ne se retrouve nulle part.
l'exciter à la vertu que les ennemys de nostre bonheur et de nostre gloire, pour me conserver la bienveillance de cette Royale Princesse, qui m'aidoit de tout son pouvoir à triompher de mes envieux, et d'essayer de mériter le pain qu'elle me donnoit de si bonne grâce, je faisois comme ce Curé, je travaillois jour et nuit, et me ruinois en chandelle pour contribuer quelque chose à son divertissement : quand j'avois fait des Vers, jecomposois un Motet; et, quand j'avois fait un Motet pour sa Chapelle, je composois une chanson pour sa chambre. Ainsi j'estois éternellement occupé, et je ne laissois passer aucune occasion de luy témoigner la grandeur d'un zèle et d'une affection qui en vérité n'avoit point d'exemple. Aussi la voyant tombée malade, autant par la trop grande application qu'elle avoit aux affaires de son Estât que pour le peu d'exercice qu'elle faisoit, et connoissant que l'abondance qui feroit vivre les pauvres est celle qui tuë les riches, et à combien de périls la vie des Grands est exposée quand elle est attaquée par l'ignorance des Médecins, j'en composay une Pièce, non contre la Médecine, mais contre l'ignorance des Médecins.