‹ Aventures burlesques de DassoucyChapitre 68 sur 71 · LIEUTENANT C · texte numérisé non relu

LIEUTENANT C

Toy qui, sans te lasser, nuict et jour en ces lieux. Fais aux crimes hydcux une si rude guerre. Et qui, pour écraser ces hydres furieux. Comme un autre Jupin porte en main le Tonnerre,

1 Répit.

* On rencontre souvent le nom de ce lieutenant criminel dans la Corrcspondcmcc administrative sous Louis XIV. (Depping).

414 LES AVAMT'RES

Magistrat sans jiarcil, Ministre glorieux, Etouffe les Scrpens, brise comme du verre Ces Dragons, ennemys des hommes et des Dieux, Et peuple les Enfers des Monstres de la Terre.

Mais, usant icy-bas des foudres de ton Roy, * Si tu sçais que là-haut un plus puissant que toy

Veut que du sang des siens tes faits lui soient comptables.

N'use au gré des mortels de ton glaive puissant ; 11 vaut mieux en un jour absoudre cent coupables Que dans un siècle entier perdre un seul innocent.

C'est par le rare effet de cette connoissance Que, fondant son espoir sur son intégrité. L'innocent, malheureux sous un Ciel irrité, Dans les plus noirs cachots repose son asseurance ;

Que dans tes justes mains l'intrépide innocence. Au lieu do soupirer dans sa captivité, Bénissant tes vertus et ta rare équité. Chante tes qualitez que tout le monde encense.

Aussi je ne crois pas, quelque injuste pouvoir Qui s'attaque à mon sort, que, contre ton devoir. Tu veuilles rebuter ma Muse gémissante.

Non, je ne le crois pas, grand Astre de Themis, Si tu sçais qu'il y va de ta gloire éclatante. D'avoir les escrivains et les Dieux pour amys.

Et finalement ayant eu avis que l'onme vouloit élargir sur ma simple Requeste, je luy envoyaj encore cette Lettre de remerciement.

« Monsieur,

« Je n'ay jamais eu après Dieu d'autre espérance qu'en vostre Justice : aussi j'apprends que vous daignez me la rendre toute entière, et que, sur ma Requeste, au premier jour, j'auray ma décharge : je croy, Monsieur, qu'il sera glorieux à vostre justice, qui ne laisse rien d'impuny, de chastier ce méchant oiiy dire, qui m'a procuré tant de mal, et que la France, dont la partie la plus raisonnable ne me hait pas, vous bénira d'avoir d'un

seul trait de plume coupé tant de millions de langues, et puny un si dangereux animal. Aussi croyez, Monsieur, que, si vostre vertu, qui est au-dessus de l'envie, pouvoit estre attaquée de ce monstre, si impertinent et si déraisonnable, ainsi que vous l'avez confondu, je le confondray en tous les lieux où il se rencontrera, et que ma plume, qui est tout ce qui me reste, apprendra à la postérité comme on doit révérer le mérite d'une personne de vostre qualité, et reconnoistre les grâces de cette sorte. »

Je fis encore ce Sonnet à Monsieur le Procureur du Roy:

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