‹ Aventures canadiennes des Sœurs grisesChapitre 3 sur 8 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

La si lointaine Rivière-Rouge, en effet, n'était que le seuil d'un . (Fiéria) couvrant 1.800.000 milles carrés.

Or, en 1858, cing missions centrales se partageaient déjà le nord de ce territoire.

La Congrégation des Oblats de Marie Immaculée, par les Pères Grandin, Grollier, Faraud, Lacombe, Végreville, Clut, Eynard, Tissot, Maisonneuve, Rémas, Gascon, s'élançant de ces missions, à la suite de Mgr Taché, avait conquis à la foi les Peaux-Rouges, jusqu'au Cercle polaire. Mais ces missionnaires, réduits, par leurs voyages incessants, par leurs travaux manuels forcés et leur nombre minime, à n'effleurer qu'à peine les âmes, réclamèrent bientôt le secours de celles qui donnent à l'enfance, peuple de demain, l'instruction assidue et l'éducation religieuse fondamentale.

ll Le lac Sainte-Anne, l'Ile à la Crosse et le lac la Biche réunis-

saienf assez de Sauvages ef de mélis pour être confés aux Sœurs Grises. :

À Mer Taché gagna done Montréal.

La Mère Deschamps, femme de haute intelligence et de grande foi, était supérieure générale. L'entrevue s'acheva à la ressemblance des scènes de nos Saints Livres. La mère des Macchabées n'eût point autrement parlé, et nul général n'envoya plus noblement ses soldats à la mort.

Le contrat venait d'être passé. Il stipulait que les Sœurs de la Charité fourniraient des sujels, jusqu'à épuisement, à l'unique spirituels et qu'on leur

il logement de leurs sainies Règles. Alors, pour ‘être loyal, Mgr Taché « voulut faire observer que, les missions étant pauvres et les ressources incertaines, on ne pouvait pas promettre beaucoup, ni prometire positivement ».

«— Nous savons bien, réplique la Mère Générale, que les bons Pères chargés des différentes missions ne laisseront pas soul nos Sœurs ; nous ne demandons que le vêtement et la nourriture.

— Mais les Pères eux-mêmes n'ont pas de quoi pourvoir à leur subsistance ?

— Dans ce cas, nos Sœurs jeûneront comme eux, et prieront Dieu de venir en aidé &üx uns et aux autres. »

Le 24 septembre 1859, les Sœurs Emery, Lamy et Alphonse arrivèrent au lac Sainte-Anne. En 1863, elles furent transférées à lbert, Le lac Sainte-Anne, où affluaient de plus en plus les métis, était marécageux, pauvre en terre arable et trop éloigné des Pieds-Noirs qui demandaient aussi la foi. Mgr Taché se trouvant au lac Sainte-Anne, en 1860, chaussa les raquettes et partit avec le Père Lacombe, à la recherche d’un emplacement plus propice. Ts s’arrêtèrent à quarante milles à l’est du lac. — Ce sera ici, dit Mgr Taché, en plantant son bâton dans la neige, et la mission aura nom Saint-Albert, patron du Père Lacombe.

Le 4 octobre 1860, Mgr Grandin, nouvellement sacré, abordai à l'Ile à la Crosse, avec les Sœurs Agnès, Pépin, Boucher, fonda trices du couvent, et le jeune P. Séguin, qui allait porter à Notre- Dame de Bonnc-Espérance, sous le Cercle polaire, les quarante et un ans de sa vie apostolique. Ils avaient mis soxante-trois jours à parcourir plus de trois cents lieues, depuis Saint-Boniface, par une chaîne montante de rivières, de lacs, par {rente-sept porlages,

et à travers toutes les contrariétés qui puissent entraver un voyage du grand Nord. Ils avaient échappé deux fois à une mort qu'ils avaient crue inévitable. Au rpide du Grand-Diable, la barque avait été arrachée au câble qui la retenait ct jetée, sens dessus dessous, contre des rochers inaccessibles. Personne ne put expliquer comment, après la messe célébrée sur la grève par Mgr Grandin, cette barque d'épave se mit à surnager pour se laisser reprendre. Le Père Séguin raconte ces péripéties et d'autres, dans une lettre à Mgr de Mazenod, fondateur des Oblats. En voici quelques passages :

«IL n'y avait pas moins de soixante ballots dans notre petite embarcation, ce qui est la charge ordinaire d'une barque, et vingtsix personnes qui faisaient, par conséquent, l'excédent du poids ; aussi notre barque était-elle calée. Je vous laisse à penser si nous étions à notre aise ; fout le monde se touchait, et c'est à peine si les rameurs trouvaient de la place pour faire jouer leurs rames. Nos trois Sœurs, accroupies dans. un. coin, faisaient pitié, car elles ivarént au milieu d'elles-une. sauvagesse avec, plusieurs petits en- Tant plu dégoûtants de malproprelé. Mais. ce qui leur. aïsait surtout mal au cœur, c'était de voir la sauvagesse croquer

TA belles dents la erminè qu'elle prenait, tantôt sur elle-même, tantôt sur ses enfants. jusque-là, aucun de nous n'avait senti cette “vérimine Lé dévorer, mais dans celte barque pleine de sauvages, nous en imes fous provision, el, jusqu'à ce que nous les quiflèmes, c'était à qui se frotterait le mieux ; car il n'y avait pas seulement la sauvagesse et ges enfants qui pouvaient nous en fournir, mais tous ceux qui étaient avec nous.

« Lorsque les rapides ne sont pas trop violents, ou les chutes trop élevées, les hommes s'attellent, par le moyen de colliers, à une corde qui est attachée à la barque, et la font-monter en tirant, comme des bêtes de somme, ayant souvent de l’eau jusqu'à la ceinture el même plus haut ; mais malheur à eux si le courant se rend maître de Ia barque, car alors il entraine tout, et si les hommes.

ne sont pas assez habiles pour quitter leurs colliers, ils sont traînés sur les rochers, dans les broussailles et quelquefois même au milieu du courant. Cela nous est arrivé deux fois dans le voyage, et deux Ge ne homes blessés; mas, ec Je Récaes de nes Sœurs, s, Îls ont pu se rétablir bien vite.

x Dans les portages, il faut passer souvent par des chemins affreux, tantôt au milieu de débris d'arbres tombés de vétusté, tantôt au milieu des ces, des épines, lesquelles non contentes de

déchirer les habits, se permellent énçore d'ensanglanter les mans “et Tes HBUFES f, oufFe ces embarras, no l'eau

el la vase jusqu'à miiambe, car la pluie, qui ne cessait de tomber ‘chaque jour, avait grossi les rivières d'une manière extraordinaire. 11 fallait parfois faire des échafaudages dans nos campements, soit pour y marcher; soit po nous coucher, SOUS peine de loger dans les ns la boue.

A propos de ces « misères et amusements » du chemin de l'Île à la Crosse, on ne peut pas ne pas livrer à l'histoire un mot du brave « coureur-des-bois » Vincent, qui fut le guide de tant de générations de Sœurs Grises, dans les dédales du Nord.

11 « descendait » l'une des sœurs de l'Ile à la Crosse dans un canot d'écorce ainsi lesté : un sauvage à l'avant, la sœur avec une filette au milieu, et lui, Vincent, au gouvernail, 11 racontait de la sorte son coup d'éclat au Père Adolphe Watelle, missionnaire à l'Ile à la Crosse :

«— Oui, mon Père, nous étions dans le rapide, et un ferrible. Le canot dansait, je ne vous dis que ça. Mais, malheur, à chaque saut q it dans les grosses vagues, la Sœur se mettait raide, et elle voulait se lever comme pour sauter sur les roches. Plus je lui disais : ma Sœur, restez tranquille, autrement nous sommes perdus, plus elle devenait nerveuse, en s'accrochant à un bord, ou à l'autre. Les Sœurs Grises, ça a pourtant coutume d'être vaillantes et de ne pas « s'exciter » dans les voyages ! Et avec ça elle pleu-

rait. Enfin, au moment le plus dangereux, comme on allait se faire « poigner » par le remous et verser, je me suis souvenu de quelque chose que j'avais entendu dire comme infaillible pour les sœurs quand j'étais à Sorel, dans le Québec, il y avait quarante ans passés, et je crisi: « Ma Sœur, au nom de l'obéissance, ne « grouillez » plus 1 » Mon Père, le tonnerre l'aurait frappée, qu'elle n'aurait pas « écrasé » plus net ; elle cala au fond du canot, à plat, et elle ne remua plus un doigt. C’est ainsi que nous ne sommes pas morts. »

Le couvent de l'Île à la Crosse, qui eut peut-être moins à souffrir de la faim que ceux de l'Extrême-Nord, fraversa cependant plus d'un mauvais jour. 11 fut le plus éprouvé de tous par les fléaux destructeurs.

Un premier incendie le dévora totalement, le 1* mars 1867 :

« Nous nous tenions là, debout sur le lac glacé, raconte Mgr Grandin, condamnés à voir périr le fruit de tant de travaux, l'objet de tant d'espérances.… L'incendie avait fait fondre la neige, nos pieds étaient mouillés, et pas un de nous ne pouvait changer de chaussures. Nous n'avions plus rien, pas même un mouchoir pour essuyer nos larmes. »

Les ruines étaient à peine relevées que l'inondation vint menacer les constructions.

Grand déversoir des eaux de l'est, du sud et de l'ouest, le lac de l'Ile à la Crosse débordait aux moindres crues, et allait, chaque printemps, gruger un peu du {errain el des bases de la mission. Par suite du déplacement des alluvions, le terrain, surélevé à l'origine, était descendu au-dessous du niveau du lac gonflé, Les en furent réduites à ne pouvoirsortir de leur anot où radeau. L'œuvre de l'orphelinat de l'Île à la Urosse, devenue impraticable, dut être abandonnée.

« Les dix religieuses partirent en pleurant. Les bons sauvages

les suppliaient de ne pas les délaisser, cherchaient à les retenir de Ten» su

Quatre ans après, Mgr Pascal O. M. I., vicaire apostolique de la Saskatchewan, écrivait à la T. R. Mère Générale :

« Hélas ! les remplaçantes n'ont pas su se maintenir, Ià où les Sœurs Grises ont vécu cinquante ans dans des conditions moins favorables. Le bon Dieu semble nous dire que les Sœurs Grises de Montréal, les apôtres par excellence des missions les plus dures de l'Ouest-Canadien, sont les seules capables de remplir ces postes si méritoires. Le R. P. Grandin et moi avons épuisé toutes les ressources de persuasion, sans succès. Un refus de foules les communautés. Les sauvages sont inconsolables… Vos Sœurs, qui reposent bas, au cimetière, semblent vous pleurer et vous réclament ! »

Les Sœurs Grises ne résistèrent point À ces voix ; elles revinrent à Teurs enfants ; et deux couvents desservent aujourd'hui la région.

En 1910, elles s'installèrent, à 55 kilomètres au sud de l'Île à la Crosse, en un site avantageux du lac Laplonge, sous le nom de Notre-Dame du Sacré-Cœur, Beauval.

En 1917, elles reprirent l'Ile à la Crosse elle-même, toutes les précautions ayant été assurées, cette fois, contre l'invasion des eaux.

Mais l'invasion répétée d'un autre fléau, le feu, ne put pas toujours être prévenue. L'h à le premier établissement, sé rua de nouveau contre celle forteresse dressée par le christianisme aux marches du paganisme. Deux fois encore, jusqu'à nos jours, le couvent devait périr : en 1920, au moment où s'achevait l'édifice, et en 1926, le jour où les dernières aumônes reçues venaient de se convertir en provisions

de bouche pour le reste de l'hiver. La saison froide atteignait son étape la plus dure. Le 19 février, À quatre heures, comme tout dormait dans l'orphelinat, les flammes crépitèrent fout à coup de Toutes parts. N'ayant point le temps de se vêtir, Sœurs et enfants se trouvèrent, en quelques minutes, dans une neige de trente-cinq degrés au-dessous de zéro, pieds déchaux, devant leur home effondré. « Ma Sœur Martel et moi, écrit Sœur Jubinville, avions perdu jusqu'à la croix de notre profession 1. À six heures et demie, tout était Ani. Nous nous trouvions à la chapelle des Pères, pour la sainte messe. Notre-Seigneur du moins nous restait. »

* Lorsque les missionnaires racontent aux « Vieux pays » ces irrépressibles conflagrations de notre Nord, ils ne manquent pas de s'entendre poser celle question : « Pourquoi ne bâtissez-vous donc pas en briques ou en pierres ? » La réponse n'est que trop invarigble : « Parce qu'il n’y a point de briques. Parce que aucune mission n'a encore eu les moyens de creuser des carrières et d'en tailler les blocs. Parce que les ressources du Nord s'épuisent au simple travail de prendre à la forêt voisine et libre les charpentes et les murs. »

La sœur missionnaire, du reste, se garde de murmurer en présence de sa demeure détruite : elle songe plutôt à la haute protection de la Providence et de Mère d'Youville qui ne permettent que très rarement l'œuvre du feu, dans ces maisons en bois, surchauffées par des foyers nombreux contre d'interminables hivers.

Elles pleurent davantage, tout en se résignant encore, ces courgeuses, lorsqu'un malheur, irréparable en lui-même celui-là, enlève au chantier apostolique une ouvrière aimée.

En 1922, Sœur Nadeau, l'excellente maîtresse de classe, traversait le lac de l'Ile à la Cross, avec quelques enfants en congé, Elle devait assister un malade du rivage qui l'appelait, tandis que les petits cueilleraient des fraises sauvages alentour. Le canot beurta un récit à fleur d'eau et chavira. La religieuse et trois enfants

‘ — Notre bonne Mère, ét

furent noyés. Sœur Nadeau avait vingt-neuf ans. Elle enseignait et guérissait à l'Ile à la Crosse depuis sept ans.

Les jours suivants, une autre victime tomba. Mais ce fut en holocauste, apaisant le bras de Dieu. La fièvre typhoïde avait enlevé “dans la force de leur âge plus de cent cinquante Montagnais. Rien ne semblait devoir préserver le rese del pauvre tribu, lorsque a

supérieure, fut atteinte en exerçant sa charité. communauté, à genoux, | tez-nous. Il y à eu assez de morts.

Il ne faut pas nous quitter ainsi à votre four. Unissez-vous donc à nous pour demander votre guérison à la Sainte Vierge !

«— Oh 1 quant à moi, répond en souriant la malade, je crois bien que je vais mourir. Mais ne craignez plus ; je vous promets, dès mon arrivée au ciel, de demander au bon Dieü”de vouloir bien mettre An à ce fléau qui vous désole. »

Comme la « Petite Sainte » qui s'engageai à passer son ciel à faire du bien sur la terre, la Sœur Grk

de l'épidémie. La typhoïde n'a point reparu depuis

Pour la troisième fois en dix années, les Sœurs de l'Ile à la Crosse reconstruisent maintenant leur couvent, leur orphelinat, leur hôpital. Les « anciennes » du paradis Soufiennent les combat: tantes d'ici-bas.

La troisième fondation de l'époque en ces régions du Nord-Ouest, fut celle du Lac la Biche, à quelque mille kilomètres au nord de Saint-Boniface. Les Sœurs Guénette, Daunais et Tisseur y arrivèrent le 26 août 1862, après un voyage de quarante-neuf jours à travers la prairie.

Si le lac la Biche, ancien entrepôt des missions du Nord, connut un jour une certaine prospérité, jamais mission ne l'achela par de plus longs et douloureux efforts. Les Sœurs partagèrent généreuse-

or

ment la peine. La preuve en est dans ces réflexions de la Mère Charlebois, visitatrice de 1880.

« — Nos chères Sœurs ont beaucoup vieilli ; je crois que l'insalubrité de leur maison en est la cause principale. L'industrieuse activité de nos pauvres Sœurs a apporté une grande amélioration dans l'ensemble de leur établissement. Je remarquai plusieurs petites armoires drôles par leur forme, mais qui servent avantageusement. Elles furent en partie fabriquées par nos sœurs, avec les caisses que nous leur envoyons de temps en temps. Je plaisantais un jour sur la scrupuleuse économie qui préside à fout ; à quoi une des sœurs répondit gaiement :

« — La pauvreté réelle est la meilleure économie !

« En visitant leur lavoir, misérable bicoque ouverte à out vent, je ne pus retenir une exclamation de triste surprise. Nos Sœurs se mirent à rire et elles me dirent :

«— Oh! ma Mère, nous sommes comme des reines maintenant.

« Je ne proférai pas un mot, pour ne pas trahir l'émotion de mon cœur. »

En 1898, les sœurs se transportèrent du lac la Biche au lac la Selle, au milieu de la réserve sauvage qui alimentait leur école, afin de détruire l’objection des distances qui retenaient les enfants et de porter échec au protestantisme menaçant. L'école industrielle du lac la Selle, bâtie en pleine prairie, n'a cessé de prospérer. Elle s'est récemment établie au voisinage de Saint-Paul-des-Métis,

Quant au couvent du lac la Biche, il passa, dans la suite, à la Congrégation des Filles de Jésus, de Kermaria. Les nombreux colons canadiens venus sur ces terres fertiles leur confent leurs enfants.

Les zones du lac Saint-Anne, du lac la Biche et en partie de l’Ile à la Crosse, étaient, au temps des fondations, le domaine des Cris, rameau, comme les Sauteux et les Maskégons, de la grande Famille

algonquine, L'immigration blanche s'y est plus ou moins établie

“depuis, sans prétendre à nuire d'aileurs à la race rouge. Celle-ci fut seulement amenée par le gouvernement canadien, d'aussi bon gré qu'il fut possible, à « prendre le fraité », c'est-à-dire à troquer l'étendue de ses terres primitives et de sa liberté contre des réserves inviolables de chasse, de pêche, d'exploitation et quelques autres privilèges.

Un vif portrait des Cris, les Cris des prairies en particulier, ceux à ormalent Le principal objet du je des Sœurs de 1860, nus à &e laissé par Mer Laflèche, ex-missionnaire de l'Île à Ta Crosse :

« Les sauvages des prairies qui sont les Pieds-Noirs, les À: boines, les Cris et une grande partie des Sauteux, sont de la pire espèce, et je crois qu'il n'y a pas d'exagération à dire que c'est l'homme descendu au dernier degré de l'échelle humaine. Cet état de dégradation et de méchanceté vient de leur manière de vivre ; ils sont ordinairement réunis en gros camps de soixante à quatrevingis loges, et souvent davantage, et mènent une vie errante et oisive, à la suite des innombrables troupeaux qui leur donnent la nourriture et l'habillement. Quand on a sous les yeux la vie dégoûfante de ces sauvages, on comprend que le travail, qui a été imposé

à l’homme comme une pénitence après son péché, l'a été pour son “bonheur plutôt que pour son malheur. Si les tribus des prairies sont devenues les sentines de tous les vices qui dégradent l'homme ; si le vol, le meurtre et par-dessus tout une dissolution épouvantable sont devenus une occupation journalière pour le grand nombre de ces barbares, c'est parce qu'un travail assidu leur est inconnu,

M. Thibault complétait d'avance ce tableau en écrivant à Mgr Provencher :

« Quand le dernier des bisons sera mort, on pourra alors tenter quelque chose du côté des prairies. »

La paresse, le vol, la dissolution, le meurtre n'ont pas été sssurément l'apanage exclusif des Cris païens. Ces vices tiennent par leur

racine au péché originel commun à tous les humains. Mais la religion révélée a toujours et partout la même efficacité pour relever la nature déchue ; elle la subjugue, elle la paralyse, elle en tue le fruit mauvais, et, sur la partie saine régénérée par la grâce, elle grelfe les vertus chrétiennes. Malgré le noi de M. Thibault, avant la mort du dernier bison, les Cris, sous l'influence de la grâce divine, ont mis quelque frein à leur vie licencieuse et à leurs promiscuilés honteuses ; de querelleurs nés, ils sont devenus assez doux ; les jongleries malfaisantes se sont retranchées dans le groupe, petit et méprisé, des récalcitrants ; ils ont aimé la Robe- Noire, écouté ses enseignements et procuré à leurs missionnaires les satisfactions attendues.

Honneur aux Sœurs Grises ! A elles, les ouvrières patientes de l'Évangile, Dieu donnera la grande part des récompenses éternelles gagnées par la conversion des Ci

La province « Sœur Grise » de Saint-Albert, qui ne le cède pas, proportion gardée, à sa voisine de Saint-Boniface comple présenfement dix maisons avec cent cinquante Sœurs.

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