LIVRE II, CHAPITRE IX
quiète, son désir insatiable de briller; il alla même jusqu'à lâcher le mot d'intrigue. Sa femme, à qui la colère tenait lieu de fard, et qui, après avoir épuisé, pour railler le peu d'énergie de son mari, une liste d'injures peu dignes d'une épouse de sénateur et d'une dame de' la cour, termina en lui disant que sans do.ute à l'époque où il portait le bonnet rouge il avait un peu plus de sang dans les veines. Alors , elle se leva, et me fit signe de la suivre.
Nous arrivâmes jusqu'à son boudoir , et là , l'œil enflammé par la scène qui venait d'avoir lieu :
« J'ai besoin , Monsieur , d'avoir une explication avec vous; en réfléchissant sur ce que vous m'avez répondu hier quand je vous interrogeais sur le moment auquel vous aviez pénétré dans mon boudoir, il m'a paru impossible que vous n'eussiez pas entendu quelque chose d'un entretien que j'avais ici avec une femme de mes amies ; je ne conçois pas comment vous auriez pu sortir de mon appartement, puisque la porte en était fermée à clé.
l88 ALPHONSE DORIA..
Avouez-moi donc la vérité ; vous étiez caché dans ce corridor et vous avez entendu tout ce que nous disions? »
L'intrigante comtesse attachait sur moi ses regards perçants; je ne crus pas la chose digne de me coûter un mensonge , et je répondis :
«Il est vrai que je me trouvais enfermé; et ii ne serait pas impossible que j'eusse entendu quelques mots... »
Le visage de la comtesse changea plusieurs fois de couleur: il devint d'abord plus rouge qu'il n'était, puis extrêmement pâle.
« Cela suffit, reprit-elle après une pause de quelques minutes : vous voici dépositaire d'un secret qui, intéressant mon honneur, m'est plus précieux que ma vie. Choisissez entre ma haine et mon amitié, mon ressentiment et ma protection, ma vengeance la plus implacable et ma confiance la plus intime. En un mot , vous savez combien je suis dévouée à l'empereur et tout ce que je sacrifie à son service; associezvous à mon zèle , vous en serez récompensé au-delà de toute espérance; mais si vous me