LIVRE II, CHAPITRE IX. iqi
Pour mieux lui faire sentir qu'elle n'avait pu troubler mon courage , je lui tournai le dos et m'éloignai du pas tranquille d'un homme qui se promène pour son plaisir. Je l'entendis, en fermant la porte, se livrer à l'accès de colère, suspendu par la stupéfaction où l'avait jetée mon impertinence ; les éclats de sa voix parvinrent encore à mes oreilles lorsque je fus sur l'escalier, et je ne me dérobai au son de sa glapissante fureur qu'en m'enfermant dans ma chambre. Làje jetai pêle-mêle dans une malle le peu d'effets que j'eusse déballés depuis deux jours ; et sitôt qu'à l'aide de mon genou appuyé sur le couvercle, je fus parvenu à comprimer le désordre des objets qu'elle contenait , je descendis quatre à quatre les degrés de l'escalier et je courus chez mon père pour lui raconter ce qui venait de se passer. Ma conduite ne lui parut nullement répréhensible.
Ce qui le rassurait, c'est qu'ayant fait le portrait de la femme du ministre de la police, il espérait exciter son intérêt en ma faveur et prévenir ainsi les rapports calomnieux que la com-
iga ALPHONSE DORIA.
tesse du Loiret pourrait adresser à la police impériale. Il quitta en diligence son atelier, ôta sa blouse grise, mit une cravate blanche et son fidèle habit vert dont le collet était tant soit peu noirci et graissé par le frottement de sa queue, et sans rien dire à ma mère , prit le chemin de l'hôtel du ministre.