LIVRE II, CHAPITRE X. Iq
un balcon en dehors. Rien ne saurait être plus pittoresque ; elle était bâtie d'une manière toute rustique avec des troncs d'arbre, liés les uns aux autres par un ciment grossier. Le toit en était en chaume et couvert çà et là de touffes d'herbes. Un cep de vigne s'étendait au-dessus de la porte; le lierre serpentait capricieusement sur le reste de la façade et, en encadrant une petite fenêtre, produisait l'effet le plus poétique du monde.
Cette fenêtre s'ouvre, et j'aperçois Dagana coiffée d'un chapeau de paille à rubans flottants, pareil à celui que portent les paysannes du canton de Berne. Elle me fait signe de monter : j'obéis avec empressement; je la trouve dans un petit salon dont l'ameublement en bois de rose, était d'autant plus élégant qu'il affectait les formes d'un mobilier villageois. Celte pièce avait un autre balcon ouvert, donnant sur une belle pelouse, d'un vert frais et tendre et d'une herbe fine comme le duvet. A quelques pas de la cabane, une nappe d'eau
ruisselant de cinq à six pieds de hauteur sur de
petits rochers ombragés d'un saule pleureur, faisait entendre ce murmure qui porte à la rêverie.
Dagana était assise sur une natte disposée en divan tout autour de la pièce; elle était habillée d'une étoffe légère à carreaux, et dont la coupe était modelée sur le costume bernois; sa robe découvrait avec décence son cou ferme et poli où la vie et la jeunesse jouaient en muscles gracieux ; une écharpe ne voilait qu'à demi ses épaules faites au tour, dont la pente fuyait d'une fuite ravissante. Jamais son oeil n'avait brillé d'un plus vif éclat, ni ses joues d'une teinte aussi voisine de l'incarnat qui colore le visage des femmes blanches.
Je lui fis compliment sur la beauté du jardin et sur le charme pittoresque de ce lieu.
« On n'eût jamais supposé , lui dis-je, qu'une habitation pût à la fois se trouver dans Paris, et en paraître si éloignée. »
Je m'assis auprès d'elle et j'attendis, tn livrant mes yeux au plaisir de l'admirer , le