‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 107 sur 232 · LIVRE II, CHAPITRE X. aOI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE X. aOI

des triomphes , qui ne me viennent que d'un songe. C'est encore le même genre de plaisir que me donnaient les contes dont ma nourrice m'a bercée.

«Je vous dis tout cela pour que vous me connaissiez bien. Vous êtes appelé, mon ami, à faire en réalité le bonheur ou le malheur de ma vie ; le sort, dont j'ai le moyen de consulter les arrêts ( je vous dirai un jour comment je perce l'obscurité de l'avenir), vous a désigné pour exercer sur ma destinée une irrésistible influence; votre étoile a fermé le passage à la mienne, et il faut qu'elles gravitent ensemble dans les espaces du ciel , ou que lune soit consumée par l'autre. Vous m'avez dit, il y a déjà quelques mois , le jour de votre naissance , et depuis cette époque j'étudie la constellation qui préside à votre pèlerinage ici-bas ; je suis effrayée des menaces qu'elle me fait par sa forme, sa position, son lugubre scintillement, et la teinte rouge de ses feux. D'autres avertissements, qui me viennent d'une source mystérieuse et surnaturelle , me confirment cet em-

pire heureux ou malheureux que vous aurez sur ma destinée; mais un pkis sûr présage que tous ceux-là est cekii que je puise dans les mouvements de mon cœur.

« Je vous aime, Alphonse; et, loin de vouloir vous cacher les sentiments que vous m'inspirez, je vous les fais connaître parce que j'ai la douce idée que vous les partagez. Loin de chercher à combattre ma passion, je fais dépendre d'elle le sort de ma vie; mais il faut ici vous expliquer avec la plus grande franchise. Examinez bien votre cœur, racontez-moi ce qui s'y est passé depuis que vous me connaissez : m'aimez-vous réellement, je ne dis pas comme vos coquettes d'Europe se contentent d'être aimées, mais comme veut l'être une Africaine? méritez-vous qu'une fille de la terre du soleil, portant dans son cœur quelques rayons de cet astre, s'attache pour jamais à vous? êtes-vous capable, vous enfant du pays de l'inconslance, où le soleil est sans force, l'été sans orage, le sol sans tremblement, et les amours sans jalousie ni vengeance, où tout est pâle comme la teinte de vos

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