LIVRE ir, CHAPITRE \. HOD
avait conçu pour moi, qu'elle fut enchantée et ravie à son tour de ma réponse, et ne douta pas que mon cœur ne lui appartînt tout entier.
Cependant, entraîné par la force momentanée de ma passion, je tombai à ses pieds. « Charmante Dagana, m'écriai-je, c'est à vos genoux que je dois vous répéter le serment de vous aimer toujours ! v
Mais, prenant un front sérieux : « Kelevezvous, me dit-elle; les serments qui nous doivent enchaîner l'un à l'autre pour toute la durée de notre existence, veulent recevoir une consécration plus solennelle et plus redoutable. Je vous ai déjà dit que les idées, les usages, les mœurs, le culte de l'Europe, m'étaient restés antipathiques ou étrangers ; si j'en crois les tristes et déplorables témoignages d'infidélité qui suivent chez vous la cérémonie de l'union des époux, ce que vous appelez le mariage n'est qu'un mot destiné pour eux à couvrir de sordides calculs. Mais il existe une autre chaîne pour nous unir, chaîne mystérieuse, terrible, impossible à rompre, si l'on tient à se soustraire
QOfi ALPHONSE DORIA.
aux persécutions des puissances invisibles. Celle-là n'est pas forgée de main mortelle; et l'inconstance humaine ne peut se jouer impunément des serments qu'elle impose. Je vous ferai savoir la nuit et l'heure de cette cérémonie. ))
En prononçant ces paroles, Dagana s'était levée; son visage avait contracté une expression austère et majestueuse, l'enthousiasme se peignait dans ses yeux, la fierté dans son attitude. Un autre sentiment avait succédé chez moi à celui qui m'avait fait tomber à ses pieds ; une sorte de respect me pénétrait malgré moi ; et le mystère qui couvrait le sens de son langage, en excitant ma curiosité, donnait encore à Dagana plus d'ascendant sur mon imagination. Mais à toutes les questions que je lui adressai sur le genre de consécration qu'elle prétendait imprimer à notre promesse mutuelle, elle opposa un invincible silence.
Nous nous assîmes de nouveau à côté l'un de l'autre : elle voulut que je lui racontasse toutes les circonstances de ma vie, qui du reste n'é-