LIVRE II, CHAPITRE XIII
cliements, d'additions, de ratures et de renvois qui la rendaient hiéroglyphique.
Il se borna à me dire , en souriant : « Cela doublera les frais de l'impression, ^i Du reste , j'avais fait un mystère à M. Hector de la composition de mon poème, et de la prochaine publication d'un chant sur la bataille de Pultawa. Je me réservais de surprendre mon maître en Apollon, en lui faisant hommage de la première production de son disciple. Le fragment que j'allais publier ne devant comprendre que deux feuilles, c'est-à-dire environ trente-deux pages, l'impression en fut terminée en quelques jours ; et le vendredi matin, jour de mon rendez-vous avec Dagana , j'en eus quelques exemplaires à ma disposition. J'avais fait mettre, en tête de cette publication , le titre suivant : Fragment (Vun poème épique intitulé : Charles XII en Russie.
L'imprimeur , en me remettant ces exemplaires , m'avait dit ; « Vous êtes bien hardi , jeune homme! » J'avais cru qu'il faisait allusion à l'heureuse audace de ma verve , aussi avais-je
a3o ALPHOIfSE DORIA.
répondu en rougissant : « Vous êtes trop bon , Monsieur. »
Revenu chez moi, je pressai contre mon coeur les inspirations de ma muse , je les couvris de baisers et j'entonnai, en les jetant en l'air avec une joie insensée, et en gambadant dans ma chambre comme un écolier , le vers d'Horace :
Exegi monumentum , etc.
Ma première pensée fut d'offrir à Dagana ce monument de mon génie. L'amour-propre , à défaut de l'amour , m'eût fait voler au rendezvous : aucun danger ne m'aurait fait reculer. Pour offrir mes vers à une femme qui m'aimait , et m'attirer ses louanges, je serais descendu au fond des enfers.
A l'heure indiquée , j'arrive devant la petite porte du jardin de M. Desprez. Je pousse, conformément aux instructions que m'avait données Dagana , un bouton de cuivre placé au dessus de la serrure : la porte s'ouvre aussitôt, j'entre, et je la referme avec précaution; une profonde obscurité réguait sous les arbres du