I.[VRE II, CHAPITRE XIII
jardin. La lune ne jetait, ce soir-là, aucune lumière ; le vent gémissait dans les rameaux ; et les hurlements plaintifs d'un chien se faisaient entendre d'intervalle en intervalle. Je marchais , pour ainsi dire , à tâtons ; le bruit seul de mes pieds sur le sable m'aidait à reconnaître le sentier que je devais suivre ; de temps en temps , j'allais donner contre des buissons épineux qui m'eussent mis le visage en sang, si je n'avais eu la précaution d'étendre tantôt les mains , tantôt les pieds , pour explorer le passage. Enfin, au détour d'une allée, j'aperçois une petite lumière qui me sert de fanal : je reconnais la cabane suisse. Je cours vers l'escalier , et en deux ou trois sauts je me trouve en face de Dagana , qui m'avait entendu et venait au devant de moi.
Elle était vêtue d'une robe noire; un diadème de turquoises taillées en forme d'étoiles et surmontées d'un croissant, ornait sa tète; deux larges bandes de mousseline, attachées au sommet de la couronne, venaient retomber sur ses épaules. A son cou était suspendu un collier de
pierres blanches carrées , sur chacune desquelles étaient tracées des figures d'animaux ou de monstres inconnus; sur sa poitrine était déployée une pièce d'étoffe triangulaire, à fond noir, portant des figures symboliques brodées en or et en argent. Elle portait dans sa main droite une longue baguette couverte également dans toute sa longueur de caractères mystérieux. Une expression inaccoutumée de gravité était répandue sur sa figure ; elle semblait prête à remplir un ministère dont la redoutable majesté disposait son esprit au recueillement.
Je ne pus m'empécher de sourire , en la trouvant habillée d'une façon si extraordinaire ; et pendant qu'elle me faisait signe, d'un air de reine, que je pouvais m'asseoir, je la pris par la main , et la faisant tourner malgré elle:
ce En vérité, vous êtes magnifiquement costumée, lui dis-je ; mais quel personnage jouezvous ce soir ? Je ne me rappelle aucun roman dont l'héroïne soit vêtue de cette manière: à moins que vous n'ayez voulu représenter la drui-