LIVRE II, CHAPITRE XII
noirs m'éblouirent des étincelles que l'amour en faisait sortir ; l'agitation de son coeur soulevait son sein, et entrecoupait ses paroles passionnées. Je l'assurai que je n'avais pas d'autre vœu que de passer nia vie avec elle ; que le doute qu'elle m'exprimait me faisait la plus mortelle injure ; que j'étais prêt à lui prêter de la manière la plus solennelle tous les serments qui pouvaient lui garantir l'éternité de ma tendresse; mais j'ajoutai que je désirais connaître le genre de cérémonie destiné à consacrer notre mutuel engagement.
Dagana reprit d'un ton sérieux :
« Vous avez votre culte; et moi, j'ai le mien ; tout ce que je vous demande, c'est une promesse de m'aimer toujours. Je ne vois pas de raison , si elle est déjà gravée dans votre cœur, pour que votre bouche hésite à me la jurer. Il ne s'agit pas, pour moi, de vous convertir à mes croyances, rien n'est donc plus inutile que de vous les expliquer; seulement je me bornerai à vous dire que ma fidélité, une fois engagée à la vôtre sous leur redoutable garantie, sera plus
indestructible que les rochers qui servent de fondements à la terre, plus solide que le diamant, plus prompte que la lumière , plus brûlante que la flamme, plus puissante que le temps, la distance, la misère, la persécution et la mort. »
Dagana tenait en ce moment une de mes mains pressées fortement contre son cœur ; un enthousiasme surnaturel, dont j'étais l'objet, l'embellissait de charmes irrésistibles. Elle semblait ne tenir la vie ardente qui étincelait dans ses regards, que de l'espérance de se donner pour jamais à moi ; je ne m'appartenais plus, et , perdu, subjugué, livré à tout le désordre d'une indomptable passion , je tombai à ses genoux en m'écriant que je la suivrais partout , et que mon unique désir était de voir arriver le moment qui nous unirait.
En cet instant j'entendis le son d'une trompette : il me parut venir de très loin, et n'avait duré que quelques secondes. Bientôt il se fit entendre de nouveau ; cette fois je crus qu'il sortait du fond du jardin; après un court intervalle il frappa une troisième fois mes oreilles,
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et je fus certain qu'il s'échappait d'un lieu souterrain.
« On nous appelle, me dit Dagana en se levant ; suis-moi. » Elle semblait émue, sa voix était un peu altérée et ses yeux brillaient du plus vif éclat. Elle me p*'écédait en tenant une lampe suspendue au bout d'une petite chaîne, et lorsqu'elle descendit au milieu des ténèbres qui enveloppaient la cabane par l'escalier de bois, situé en dehors , je ne saurais peindre tout ce qu'il y avait de pittoresque , de gracieux et de magique à la fois, dans cette lumière vacillante qui combattait les ombres autour de nous et projetait de pâles reflets sur la figure inspirée de Dagana , dans la démarche recueillie et majestueuse de celte fille du désert, dans ses cheveux soulevés sur ses épaules par la brise de la nuit , dans son costume mystérieux qui était celui d'une prétresse ou d'une sorcière.
Le calme profond qui régnait sous les noirs massifs de verdure dont la cabane était entourée n'était troublé que par le craquement du fragile escalier sous nos pas. Les hurlements
lamentables d'un chien , pareils à ceux que j'avais entendus en traversant le jardin, se faisaient entendre avec plus de force dans le lointain, et le vent nous apportait les sons encore plus éloignés d'une horloge de quelque église sonnant minuit.
Arrivés au niveau du sol, nous tournâmes à droite. Dagana se dirigea vers une porte placée sous une voûte, comme le sont dans les jardins un peu vastes celles des glacières; elle poussa cette porte, qui n'était pas fermée, et, s'arrétant un moment sur la première marche d'un escalier tournant, assez étroit, elle se retourna vers moi , et , j)ar un regard plein de tendresse , me rendit tout mon courage. Puis, après avoir descendu environ trente degrés , nous entrâmes dans une salle basse, au plafond cintré comme celui d'une cave, et bien digne d'une description détaillée.
Le plancher était couvert d'une poussière assez noire et assez dure qui me parut être de la limaille de fer; aux murs étaient suspendus les objets les plus singuliers ; des pieds d'ani-