‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 127 sur 232 · LIVRE II, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XIII

incroyable volubilité, un épouvantable grimoire, dans ce bouquin tenu en équilibre sur les deux bras d ebène de la négresse. A mesure que ma compagne déchiffrait ce vieux livre dont les pnges toutes noircies exhalaient une insupportable odeur, et que, sans faire injure à Dagana, je puis nommer l'Evangile infernal, sa prononciation devenait plus rapide, sa voix plus perçante, et son emphase plus animée; la fatigue couvrait de pourpre son visage; ses veines étaient toutes gonflées ; son haleine suffisait à peine aux efforts extraordinaires qu'elle faisait pour continuer sa lecture, qu'elle soutint jusqu'à ce que la voix lui eût manqué tout à fait. Alors elle s'adossa épuisée de fatigue contre la muraille. Saisi de dégoût et de pitié beaucoup plus que de crainte, j'en fis autant et me plaçai à côté d'elle.

Tout à coup ses yeux deviennent hagards, sa physionomie respire la terreur, un tremblement convulsif agite tous ses membres; elle semble voir quelque chose au milieu du cercle

de fer dans lequel nous étions tout à l'heure; I. i6

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elle s'écrie distinctement en français : Le voici! La négresse sonne de nouveau de la trompette et en tire un son prolongé tout à fait lugubre. Dagana saisit l'extrémité d'une chaîne de fer dont l'autre bout tenait au mur par un anneau, et me faisant signe de toucher aussi cette chaîne , nous en forme un rempart à tous deux.

J'avoue que je ne pus me défendre , en ce moment, d'une certaine frayeur; les choses sensibles ont un si grand empire sur nous que le caractère le plus ferme peut se troubler en face de vaines apparences avant qu'il ait eu le temps de faire usage de la réflexion. D'ailleurs il y a, dans l'idée d'une apparition surnaturelle, quelque chose de si accablant pour la raison de l'homme, que les esprits les plus forts se trouveraient, à cet égard, pris au dépourvu. L'homme qui serait peut-être le mieux à l'abri de pareilles craintes est celui qui croit et pratique la religion : la raison en est qu'il adore et prie sans cesse un être invisible et toutpuissant, capable de le défendre contre les es-

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