LIVRE II, CHAPITRE XIII
prits malfaisants; mais l'homme qui rejette ou ne suit habituellement aucune croyance divine, ne peut surmonter, en certaine conjoncture, le sentiment de sa petitesse; son cœur, formé par la Providence pour avoir foi dans une puissance supérieure, retrouve malgré lui cette foi, dans un moment où elle ne lui servira qu'à lui inspirer de vaines terreurs : il croit alors, mais pour trembler; il croit dans un pouvoir invincible; mais ce pouvoir est celui des esprits infernaux. Aussi je suis convaincu que les hommes les plus accessibles à la crainte des fantômes et des revenants sont les incrédules et les philosophes.
Les dispositions religieuses que je portais naturellement dans le cœur, devaient, pour cette raison, me rendre plus sensible à la crainte telle que la scène à laquelle j'assistais était faite pour l'inspirer. Comme j'avais négligé de les cultiver au profit de la vérité, le merveilleux et le fatitastique avaient bien plus de prise sur mon imagination.
Je me trouvai donc atteint, comme je viens
de le dire, d'un véritable accès de peur; mon esprit se troubla; les lumières de la réflexion s'éteignirent en moi; un nuage s'étendit sur mes yeux; tous mes sens conspirèrent à me tromper : ce que mon imagination s'attendait à voir je crus le voir en effet; et j'ai encore bien de là peine, aujourd'hui, à me persuader que je n'ai pas aperçu au moment où Dagana avait dit : le voici ! un esprit échappé de l'enfer ayant forme humaine, vêtu de flammes rouges qui flottaient comme des draperies autour de ses membres impalpables; et l'impression fut si forte que j'eus, pendant huit jours, l'odorat infecté d'une odeur de soufre que j'avais cru respirer.
Mais reprenons notre récit. Dagana, élevant la voix et se tournant vers moi :
«Je t'engage ma foi, me dit-elle; je t'appartiens corps et ame : que ce corps et cette ame répondent de mes serments, à celui qui nous écoute dans ce monde et dans sou éternel royaume ! Me fais-tu la même promesse ? »