‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 13 sur 232 · LIVRE I, CHA.PITRE III, a · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHA.PITRE III, a

tant des vues du Sénégal. Déjà près d'une heure s'était écoulée, et personne n'avait paru: je commençais à être las de voir fumer les toits des maisons voisines , se croiser les voitures et les piétons dans la rue, et s'enfuir vers le couchant les eaux de la Seine , lorsque enfin une porte s'ouvrit. Une jeune fille s'avança : je la reconnus à la couleur de sa peau pour être celle dont mon maître m'avait transmis le soin de retracer l'image. Un cachemire rouge était roulé avec beaucoup de grâce autour de sa tête ; ses cheveux étaient si soigneusement relevés par devant, qu'ils étaient tous cachés par son turban ; mais en revanche ils pendaient en abondance par derrière, partagés en tresses innombrables qui descendaient presque jusqu'à terre ; ses nattes étaient lustrées avec je ne sais quelle pommade qui leur donnait le plus vif éclat et répandait une délicieuse odeur. Chacun de ses mouvements en agitait quelques-unes, et celles qui se trouvaient le plus rapprochées de ses épaules venaient se rabattre et flotter sur son sein. A ses oreilles étaient suspendus deux grands cercles d'or, et à

son COU un collier composé également d'anneaux d'or , mais beaucoup plus petits et pareils à des bagues attachées de distance en distance sur un fil d'argent. Sa robe était en mousseline bleu d'azur faite selon la mode française, mais serrée négligemment autour de sa taille par une ceinture de grains de corail.

Je n'ai encore parlé que de sa toilette , venons à sa personne. Au dire des voyageurs qui ont décrit les mœurs des tribus maures du Sénégal , ces peuples voient la beauté dans l'embonpoint du corps et font boire de force aux jeunes filles , afin de leur arrondir la taille, le plus de lait qu'ils peuvent. Sous ce rapport , la Mauresse que j'étais chargé de peindre n'aurait pas excité l'admiration dans son pays , tandis qu'elle aurait encouru , dans le nôtre , le reproche de n'être pas assez svelte. Cependant, comme elle était fort grande , son embonpoint rendait à la majesté ce qu'il ôtait à la grâce ; ses yeux , plutôt bruns que noirs , auraient pu avoir le même charme qu'ont les yeux bleus dans nos contrées tempérées , si une expression un peu fière n'en avait pas sur»

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