LIVRE II, CHAPITRE XIII. •J
Je gardai le silence, ne voulant pas même tourner les yeux sur elle. Alors fondant en pleurs avec une violence extraordinaire, elle me dit d'une voix entrecoupée par des sanglots :
« Auriez-vous cessé de m'aimer, parce que j'ai voulu rendre indestructibles les liens qui nous attachaient l'un à l'autre? Quoi que vous fassiez, vous, ne m'empêcherez pas d'être à vous jusqu'à mondernier soupir: cher Alphonse, voulez-vous me punir de vous avoir trop aimé ? »
« Si vous avez cru, lui répondis-je , que les moyens que vous venez d'employer fussent de nature à faire durer les sentiments que vous m'aviez inspirés, vous vous êtes bien trompée. Je veux croire que vous êtes la dupe de votre ardente imagination; et la candeur naturelle de votre caractère, qualité que j'ai tant appréciée en vous, me garantit que vous n'avez voulu exercer aucun empire sur la mienne; mais je vous déclare qu'à mes yeux rien n'est plus coupable que ce prétendu commerce avec les es* prits de l'abîme. Réprouvés par ma religion,
a^S ALPHONSE DORIA.
condamnés par les simples lumières de la morale, ces ténébreux mystères, encore bien qu'ils ne se réduisent qu'à d'impuissantes rêveries, devraienl-ils trouver place dans un cœur pur, et se mêler au plus libre, au plus doux et au plus céleste sentiment de l'homme, à l'amour?»
A ces mots, Da^ana se releva fièrement, jeta sur moi un regard hautain et méprisant, et me répondit :
« Ne vous permettez pas d'outrager la grandeur et la majesté de ces mystères qui sont audessus de votre intelligence et peut-être de votre courage : en les connaissant mieux, vous les respecteriez davantage; je n'insulte pas vos croyances, si vous en avez : ayez les mêmes égards pour les miennes. Vous êtes venu en ces lieux ; vous saviez dans qnel but je vous y avais appelé; vous avez consenti à placer sous la garde des puissances redoutables que je sers, la foi que vos lèvres m'avaient engagée; je ne vous ai donc ni trompé ni surpris. Si maintenant vous vous repentez de votre démarche, je ne vous retiendrai pas contre votre gré : partez,maisje vous préviens